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Noémie, otage de l’Hyper Cacher : «Chaque minute était interminable»

Le 9 janvier 2015, cette jeune infirmière est restée quatre heures réfugiée dans une chambre froide avant l’assaut de la police qui a mis fin à la prise d’otages. Alors que s’ouvre le procès des attentats de «Charlie Hebdo», Montrouge et de l’Hyper Cacher, elle témoigne.

 Noémie fait partie des otages qui se sont réfugiés dans une chambre froide de l’Hyper Cacher au moment de l’attaque d’Amedy Coulibaly, le 9 janvier 2015.
Noémie fait partie des otages qui se sont réfugiés dans une chambre froide de l’Hyper Cacher au moment de l’attaque d’Amedy Coulibaly, le 9 janvier 2015. LP/Jean-Baptiste Quentin

Elle a mis du temps à reprendre les transports en commun, à retourner dans un magasin ou à s'attabler au restaurant. « Cela va beaucoup mieux, rassure Noémie, plus de cinq ans après la prise d'otages de l'Hyper Cacher, mais les premiers mois ont été très difficiles. Encore aujourd'hui, je suis hypervigilante : dans un endroit clos, je ne peux pas m'empêcher de dévisager chaque personne qui rentre et qui sort. Mais, grâce à l'aide de mes proches et des thérapeutes, j'ai progressivement réussi à reprendre une vie normale. »

Le 9 janvier 2015, Noémie fait ses courses à l'Hyper Cacher de la Porte de Vincennes lorsqu'elle entend un bruit assourdissant. « J'ai tout de suite pensé à des coups de feu, mais j'ai pensé que ça provenait du périphérique, se souvient-elle. Mais en voyant la frayeur des autres clients courir dans tous les sens, j'ai compris. D'autant que l'attaque de « Charlie Hebdo » était dans tous les esprits. J'ai essayé de sortir du magasin, mais j'ai aperçu la silhouette du terroriste à l'entrée. » Elle part se réfugier avec d'autres clients pris au piège au sous-sol.

Faute d'issue de secours, c'est depuis une chambre froide de l'Hyper Cacher que cette infirmière, aujourd'hui âgée de 32 ans, va vivre cette prise d'otages. Elle refuse de remonter dans le magasin comme Amedy Coulibaly l'exige. Mais l'angoisse est maximale : les reclus ignorent le nombre d'assaillants : « Notre crainte était qu'ils soient deux et que l'un d'eux descende… »

« Les policiers ont été exceptionnels »

En tout, ils sont sept avec un bébé de 11 mois à subir cette attente insoutenable. « Chaque minute était interminable, mais on a su rester calme. Il en allait de notre survie, explique Noémie. Le bébé aussi a été formidable : il n'a jamais pleuré. » Depuis, le groupe est resté soudé. « On s'est revus plusieurs fois, nos liens sont très forts. C'est comme une famille. Si on a réussi à tenir le coup, pendant la prise d'otages et après, c'est grâce à ce soutien », souligne l'ex-captive.

Après plus de quatre heures d'anxiété, l'assaut est enfin donné. « Les policiers ont été exceptionnels, insiste Noémie. Ils nous ont dit de ne pas regarder autour de nous en remontant dans le magasin. On savait qu'on marchait dans un bain de sang, mais je les remercie de leur attention, car ça m'a permis d'éviter de conserver des images traumatisantes en tête. » Les otages qui sont restés aux côtés d'Amedy Coulibaly et de ses victimes abattues lâchement n'ont pas eu cette chance.

VIDÉO. Attentats de janvier 2015 : de Charlie à l'Hyper Cacher, 3 jours qui ont marqué la France

Noémie s'apprête désormais à déposer devant la Cour d'assises spéciale avec le soutien de son avocat Me Patrick Klugman. « Les acteurs principaux ne sont plus là, regrette-t-elle. Mais j'attends que des peines exemplaires soient prononcées contre les complices. Même s'ils ne savaient pas exactement ce qui allait se passer, on ne fournit pas une arme impunément ! »

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Depuis l'attentat, la jeune femme a repris son travail d'infirmière, mais plus dans un service de réanimation. Elle a surtout donné naissance à son premier enfant il y a quatre mois. La vie plutôt que la terreur.