Mort du petit Tony : pour son beau-père, l’enfant était «un rival qu’il fallait soumettre»

La cour d’assises de la Marne a examiné ce mercredi la personnalité du beau-père, pour qui l’enfant était devenu un «rival» et un «bouc émissaire» selon un expert psychiatre.

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 Maitre David Scribe est l’avocat de Loïc Vantal, accusé d’avoir battu à mort le petit Tony, 3 ans et demi.
Maitre David Scribe est l’avocat de Loïc Vantal, accusé d’avoir battu à mort le petit Tony, 3 ans et demi. PHOTOPQR/L'Union de Reims/R.Wafflart

« Je lui ai mis deux droites dans sa gueule. » « Il me narguait. » « Il se foutait de moi »… Les propos sont si violents que le psychiatre ayant expertisé Loïc Vantal tient à les restituer mot pour mot, pour la cour d'assises de la Marne. « Il »? L'accusé parle de Tony, le fils de sa compagne d'alors, un bout de chou de trois ans et demi, frappé jusqu'à la mort.

Le 26 novembre 2016 à Reims, l'enfant avait rendu son dernier souffle au terme d'un déchaînement aveugle de coups, permis par le silence coupable de sa jeune mère, Caroline Letoile. Tous deux sont jugés depuis lundi, et encourent respectivement trente et cinq ans de prison.

« Manipulateur », « menteur », « bagarreur », « provocateur », « impulsif », « égocentré », « immature »… le portrait dressé de Loïc Vantal ce mercredi est tout entier mâtiné de violence. Celle subie dans son enfance - des « coups de martinet dans la gueule » assénés par un père alcoolique, confirmés par sa mère. Une femme qui l'a conçu à contrecœur avant de le délaisser et dont elle est, à la barre, incapable de citer la moindre qualité…

Une violence reproduite sur les autres, à l'école, puis sur ses compagnes, notamment sous l'effet de l'alcool et du cannabis. Déscolarisé à 17 ans après deux tentatives de formation, plomberie puis déménagement – il échoue à l'épreuve théorique – il enchaîne les condamnations et les conquêtes, aussitôt délaissées. « Obsédé par le sexe », explique le psychiatre, il n'a de relation que « pour le cul ». A la sortie de l'échographie des trois mois, il rompt avec une compagne en ces termes : « Va crever toi et ton gosse. »

« Capable d'avoir des sentiments, mais pas de les exprimer », dit une ancienne petite amie, la seule à nuancer le propos, il ne supporte pas plus le rejet : il tentera de se jeter du 6e étage après une séparation. « La seule femme qu'il a aimée l'a quitté, alors il se venge sur les autres, analyse pour sa part l'enquêtrice de personnalité. Avec lui, c'est toujours la faute des autres. »

Les coups avaient un but «éducatif»

Au psychiatre, il dira ainsi que la mort de Tony était un « accident ». Que les coups et les fessées avaient un but « éducatif ». Mais, souligne l'expert, « il a plaisir à montrer qu'il est le maître ». « Tony était vu comme un rival, un être indocile qu'il fallait contraindre, dresser, soumettre », décrit l'expert, un « gêneur » devenu « bouc émissaire ».

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Face à lui, aucun rempart ne se dresse. Manipulée, elle aussi ? Caroline Letoile, 23 ans, est décrite unanimement comme « fragile », « influençable », « dépendante », « sans caractère ». Presque transparente. Incapable d'agir par elle-même, « elle fait partie d'un lot » dit l'enquêtrice de personnalité de cette fratrie nombreuse, où elle n'a pas d'identité propre. Enceinte à 15 ans, elle quitte l'école, enchaîne les compagnons. Elle est aussi victime d'attouchements alors qu'elle est mineure, puis d'un viol, à 18 ans, par son beau-frère. Des faits banalisés dans sa famille, qui la dissuadera de porter plainte. L'enquêtrice résume : « Elle a subi sa vie, son parcours, ses relations. »