Mort du petit Tony : «L’enfer pour lui, c’était Loïc Vantal et Caroline Letoile»

L’avocat général a demandé 30 ans de prison ce vendredi contre Loïc Vantal, accusé d’avoir battu à mort le fils de sa compagne. Contre celle-ci, Caroline Vantal, qui était jugée pour non-assistance, il a requis cinq ans, dont un avec sursis.

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 Tony, 3 ans et demi, est mort sous les coups du compagnon de sa mère le 26 novembre 2016.
Tony, 3 ans et demi, est mort sous les coups du compagnon de sa mère le 26 novembre 2016. DR

« L'enfer ce n'était pas les autres, l'enfer pour Tony c'était Loïc Vantal et Caroline Letoile. » Ce vendredi à la cour d'assises de la Marne, l'avocat général Matthieu Bourrette a requis les peines maximales à l'encontre du beau-père et de la mère du petit Tony, enfant martyr décédé le 26 novembre 2016 à Reims. Trente ans de prison pour lui, jugé pour coups mortels aggravés. Cinq ans — dont un avec sursis — pour la seconde, poursuivie pour non-assistance à personne en danger.

Sous couvert de recentrer le propos, dans ce procès qui aura souvent été celui de l'entourage défaillant du couple, Matthieu Bourrette n'a en réalité pas épargné « ceux qui ont su, et se sont tus » : la directrice de l'école, qui « envisageait un signalement », souligne-t-il avec ironie; l'infirmière de la PMI, qui avait examiné Tony sans le déshabiller; les voisins, qui entendaient les insultes; l'amie d'enfance, à qui Tony avait confié des violences; le propre père du petit, ne réagissant pas alors que celui-ci expliquait ses bleus ainsi : « Copain maman »…

Mais pour l'avocat général, les vrais coupables sont face à lui : l'un, adossé dans le fond du box, l'air impassible, quasi désinvolte. L'autre, encadrée de ses avocates, prostrée sur le banc — elle comparaît libre. Alors jeune mère de 19 ans parfois dépassée, c'est toutefois sa rencontre et l'emménagement avec Loïc Vantal, 24 ans, qui fera basculer la vie de Tony. Loïc Vantal, « l'homme du malheur », cette « machine à battre » mue par une « méchanceté presque sadique », attaque Matthieu Bourrette.

« 72 heures de douleurs intenses »

Passant sur les « fessées éducatives » revendiquées par Vantal dans les premiers temps de cohabitation, l'avocat général se concentre sur le huis clos de la dernière semaine et ses terribles constatations : « Pas un espace, pas un lieu, pas un meuble qui n'ait reçu le sang de Tony, rappelle-t-il. Cet appartement est devenu un abattoir, Tony est l'animal, Loïc Vantal le fait rentrer dans le couloir de la mort. »

L'avocat général les emmène dans la chambre, leur décrit les coups, jour par jour, dès le dimanche. « Les claques : Pam, pam, pam, pam ! » Tony est alors battu sans raison, parfois dès le réveil. « Le lundi, rien. C'est jour de relâche aux enfers », tacle-t-il. Vient le mercredi et son « tabassage en règle ». Les coups à la tête. Puis au ventre. « Alors que Tony est au sol ! ». L'enfant agonisera, rappelle-t-il, jusqu'au samedi, victime d'une rupture de la rate et du pancréas. « 72 heures de douleurs intenses », que les accusés ne peuvent pas ne pas avoir décelées.

« Mais il a fallu son silence pour que cela arrive », poursuit le représentant du parquet, au sujet de Caroline Letoile. Faute de complicité au sens pénal, Matthieu Bourrette parle d'elle comme d'une « complice morale active ». Face à l'émoi provoqué par l'affaire et son positionnement à l'audience — elle ne reconnaît pas les faits, expliquant avoir été sous emprise de son compagnon —, sa charge n'est pas moins féroce.

« Elle aurait dû me quitter »

Non, dit-il, Caroline Letoile n'est pas dépourvue de libre arbitre : « Elle a eu le cran de refuser d'avorter » de Tony, relève-t-il. Elle saura aussi mentir à sa sœur, à sa voisine, à son amie d'enfance. Annuler le rendez-vous chez le médecin. Ecrire des SMS à sa famille alors que Loïc Vantal, dit-elle, lui a pris son téléphone. Elle a également su faire preuve d'autorité, s'interposant entre Loïc et Tony… sans jamais dénoncer cet homme qui l'avait séduite trois mois plus tôt, malgré les mises en garde de plusieurs de ses ex-compagnes. « Cet homme ne s'est pas imposé chez elle, elle l'a choisi, accueilli, protégé », tonne-t-il, dénonçant leur façon respective de se déresponsabiliser.

Pour Loïc Vantal, c'est d'abord le mensonge, celui qu'il fait dire à Caroline Letoile — elle prétendra que l'enfant est tombé dans les escaliers. C'est surtout son habitude de rejeter la faute sur l'autre : « Elle aurait dû me quitter », s'est-il plusieurs fois défaussé, ou son passé d'enfant battu brandi comme excuse permanente. Il y a enfin cette façon de minimiser ses gestes, ses aveux ne suffisant pas à expliquer les fractures costales anciennes, les bleus relevés par dizaines sur le corps de Tony.

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Quant à Caroline Letoile, qui a souvent semblé s'accrocher à des formules toutes faites, il ne nie pas une « influence relative » de Vantal sur elle. Mais, conclut-il, « moralement, sa responsabilité est immense. Elle a privilégié l'amour qu'elle portait à Vantal, elle a fait un choix en conscience, mais ça c'est dur à admettre ! Le déni n'y changera rien. » Le verdict est attendu dans la soirée.