Mort du petit Tony : à la barre, la mère et son compagnon refusent d’assumer leurs actes

Accusé d’avoir battu à mort le garçon de 3 ans de sa compagne, Loïc Vantal n’a montré aucune empathie ce jeudi à son procès, ni fourni d’explication. Caroline Letoile, la mère, s’est retranchée derrière la peur pour justifier son inaction.

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 Tony, 3 ans et demi, est mort sous les coups du compagnon de sa mère le 26 novembre 2016. Ce jeudi, ils ont raconté les derniers jours du petit garçon.
Tony, 3 ans et demi, est mort sous les coups du compagnon de sa mère le 26 novembre 2016. Ce jeudi, ils ont raconté les derniers jours du petit garçon. DR

« J'ai pas d'explication. C'est arrivé, c'est tout, c'est comme ça. » Exceptionnellement, on l'a fait sortir de son box et conduit à la barre, pour que la cour entende distinctement son récit. Sa prise de conscience. Ses remords, peut-être. Mais au quatrième jour de son procès aux assises de la Marne, ce jeudi, Loïc Vantal est apparu incapable d'analyser ses actes, renvoyant l'image d'une brute épaisse dénuée d'émotion.

Il l'assure, pourtant : Tony, il « l'aimai (t) bien ». Mais ce bambin de 3 ans et demi, dont la bouille craquante a été projetée mercredi à l'audience, n'est plus. Le garçonnet est mort dans d'atroces souffrances le 26 novembre 2016 à Reims, victime des coups de Vantal et de l'inaction de sa mère, Caroline Letoile. Celle-ci est jugée à ses côtés pour non-dénonciation.

«On m'a appris comme ça, alors…»

Boule de muscle en veste de foot, crâne rasé, crête gominée et sourcil cranté, l'homme de 28 ans apparaît à la barre comme prêt à bondir. Aussi la présidente fait-elle un détour par son enfance, elle aussi faite de violences, pour ne pas le braquer. « Etant jeune, on m'a appris comme ça, alors… » répète d'ailleurs plusieurs fois l'accusé, en guise d'explication.

Pour lui, Tony « parlait mal à sa mère », se montrait provocant. Il s'était également remis à faire pipi au lit. Alors il le traitait de « crasseux », de « petit con », promettait de « lui mettre la gueule dans (sa) pisse ». Il le frappait, aussi. Puis retournait jouer aux jeux vidéo. « Mais vous n'éprouviez aucune émotion face à ce petit garçon qui pleure ? », demande la présidente. « Je ne me rendais pas compte. » « De quoi ? De sa souffrance, de sa peur, de votre force ? » « De tout. »

«Je me suis levé de mauvaise humeur»

« Enfin si, reprend-il, d'un ton égal. Une fois, je lui ai amis une claque vraiment fort, sa tête a cogné le sol et ça lui a cassé le nez. » Tony n'a alors plus que quelques jours à vivre. Un point de non-retour est franchi, Vantal le reconnaît. « Le mercredi, je l'ai vraiment frappé fort. Je me suis levé de mauvaise humeur, j'ai pété un câble. » Il regarde sa main : « Ce jour-là, j'ai fermé mon poing. » Des coups qui pour les légistes, ont entraîné la rupture de la rate et du pancréas - des douleurs « effroyables » - et la mort de Tony.

Tony est alors devenu son défouloir, un « rival », selon un expert psychiatre. « On dirait que vous le frappiez comme quelqu'un de votre taille… Vous vous souvenez combien il pesait? 16,9 kilos! Vos coups l'ont projeté contre une armoire. C'est normal? » « Non, mais c'est comme ça », marmonne l'accusé, qui enchaîne sur le récit, difficilement soutenable, de ce 26 novembre.

«Il a commencé à vomir, il répondait plus»

« En me réveillant, j'ai vu l'état du petit, je me suis dit : c'est pas vrai, c'est pas moi qui ai fait ça… Il a commencé à vomir, il répondait plus, il avait le regard dans le vide. C'était grave… J'ai commencé les premiers soins, j'ai dit à Caroline d'appeler les pompiers. » Il ajoute : « Puis je me suis roulé un joint et j'ai fini mon flash (NDLR : une petite bouteille d'alcool). »

Un « putain ! » sonore résonne alors dans la salle. C'est Anthony Alves, le père du garçonnet, qui, de rage, quitte l'audience face à ce récit dénué de la moindre empathie. Quelques heures plus tôt, c'est un récit bien différent qu'avait livré Caroline Letoile de cette dernière journée, assurant qu'elle avait cherché à quitter le domicile, mais que Loïc Vantal l'en aurait empêchée en l'enfermant à clé. Avant de réaliser l'urgence de la situation et de lui demander de mentir aux pompiers.

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VIDÉO. Mort de Tony : « L'immeuble porte le poids de la responsabilité »

A la barre, la jeune femme de 23 ans semble agonir sous le flot des questions, qui la renvoient à cette culpabilité morale - peut-être plus lourde encore que les cinq de prison qu'elle encourt -, celle de la mère. « Pourquoi vous n'avez pas demandé de l'aide? Vous aviez votre famille, c'est une chance! » la tance ainsi la présidente.

Dans son pull noir, cheveux châtains noués derrière la tête, Caroline Letoile plisse les yeux sous l'effet des larmes, la voix brisée, le poing recroquevillé sur son mouchoir. « La peur », répond celle qui, désormais, ne reconnaît plus les faits - ses avocates plaideront l'emprise. « Mais vous n'étiez pas victime de violences physiques ! » « Il n'y avait pas besoin. Il me rabaissait. Il me traitait de grosse, de conne, que j'étais qu'une merde… » « Et il suffit de vous insulter pour que vous ne protégiez pas votre enfant ? C'est inquiétant », lâche la présidente, intraitable.

«Pour moi, c'était une gastro», plaide sa mère

Caroline Letoile assure s'être interposée plusieurs fois, que les violences avaient lieu dès qu'elle quittait la pièce. « Intervenir après, ce n'est pas protéger. » « Il s'excusait, il disait qu'il recommencerait plus, il savait me rassurer… » plaide la jeune femme qui, comme son ancien compagnon, assure que Tony ne montrait rien de ses souffrances, semblait aller bien, alors qu'il vomissait et ne s'alimentait plus. « J'ai pas pensé que c'était aussi grave… Pour moi, c'était une gastro », sanglote-t-elle.

En face, le ton est glacial. « Madame, on vous a épargné les photos… Le légiste a compté 60 ecchymoses, dont un tiers au visage. Ce n'est pas possible que vous n'ayez rien vu! » Pleurs. « Quelle quantité de lésions faut-il sur le corps de votre enfant pour que vous pensiez que c'est grave? » « Il avait mon téléphone, il me surveillait », dit-elle aujourd'hui - ce que l'intéressé nie. « Mais vous pouviez sortir, alerter! » « J'ai jamais voulu tout ça… Je l'ai protégé avec ce que j'avais… » « Eh bien vous ne l'avez pas protégé du tout, madame », cingle la présidente.

Le verdict est attendu ce vendredi.

Un juré trop démonstratif

L’audience a aussi été marquée par un fait plutôt inhabituel. Au premier jour, deux jurés tirés au sort avaient publiquement prié la présidente de ne pas être retenus pour juger cette affaire douloureuse, qui a marqué la région. La première a été récusée, la seconde a dû siéger.

Fait rare, ce jeudi, c’est cette fois la cour qui a écarté un juré, à la demande de la défense de Caroline Letoile et de l’avocat général, qui lui reprochaient son manque d’impartialité. Un homme qui n’a cessé de maugréer, soupirer et secouer la tête durant tout l’interrogatoire de la jeune femme, en contradiction avec les règles qui imposent de ne jamais laisser transparaître leur opinion. Il a été remplacé par un juré supplémentaire, une femme.