Mort de la petite Andréa : un terrible infanticide jugé 23 ans après les faits

La cour d’assises de la Drôme juge à partir de ce lundi le père adoptif d’Andréa, petite fille de deux mois maltraitée puis tuée lors dans une crise de violence en 1998 au Portugal.

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 Le palais de justice de Valence sera le théâtre du procès d’assises d’un macabre infanticide remontant à… 1998.
Le palais de justice de Valence sera le théâtre du procès d’assises d’un macabre infanticide remontant à… 1998. PHOTOPQR//L'EST REPUBLICAIN/Alexandre MARCHI

Vingt-trois ans après la mort de la petite Andréa, les circonstances du décès de ce bébé de deux mois sont enfin jugées à compter de ce lundi par les assises de la Drôme. La justice aura mis plus de deux décennies à renvoyer Cyril S., 43 ans aujourd'hui, devant une cour pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Des faits commis en mars 1998 au Portugal.

Au début de l'histoire, Cyril S. apparaît comme un sauveur. Lorsqu'il rencontre Carla V., 46 ans aujourd'hui, cette dernière est enceinte et vit quasiment dans la rue à Paris. A cette époque, la jeune femme est décrite comme « douce, passive, s'exprimant peu ». Une enquête conduite à l'époque évoque « une sans domicile fixe, dans un état d'hygiène déplorable, avec une grossesse ni déclarée, ni suivie ».

Des brûlures au visage et à l'abdomen

Amoureux, Cyril S. reconnaît Andréa à sa naissance le 13 janvier 1998 à la Pitié-Salpétrière, à Paris. Dans la foulée, le couple part pour le Portugal, où les grands-parents de la jeune mère de famille vivent près de Porto.

La famille de Carla V. remarque l'état de santé déplorable d'Andréa. La grand-mère dira aux enquêteurs avoir constaté une lésion semblable à une brûlure sur le visage de l'enfant, ainsi que des brûlures à l'abdomen qui commencent à suppurer. La fillette est alors âgée d'à peine deux mois. Le grand-père déclarera de son côté avoir remarqué que les parents sortaient beaucoup le soir et que le bébé avait été laissé plusieurs fois seul dans le logement.

Les grands-parents menacent le couple d'emmener eux-mêmes Andréa à l'hôpital pour la faire soigner. Cyril S. et Carla V. répondent par la fuite : ils disent repartir en France, mais s'installent en fait dans un petit appartement au premier étage d'un café du nord de la région de Porto.

Le 18 mars 1998 au soir, le couple fait irruption dans le café portugais. Dans les bras de Cyril S., le bébé est inanimé. Le père assure que la fillette est tombée de la table à langer. Ce que confirme la jeune mère, sous la pression de Cyril S., dira-t-elle ensuite.

Transportée à l'hôpital, Andréa meurt une quinzaine de jours plus tard. Bilan de l'autopsie : une fracture à la tête, le cerveau est endommagé. L'enfant a des blessures compatibles avec le syndrome du bébé secoué « avec un secouement certainement très violent ». Les arrières grands-parents d'Andréa déposent plainte, une enquête est ouverte par les autorités portugaises. Cyril S. et Carla V. s'enfuient pour la France sans réclamer le corps de la petite fille, ni préparer ses obsèques.

Il prétend qu'elle s'est coincé la tête dans les portes d'un wagon

A ceux qui s'inquiètent du décès de la fillette, Cyril S. explique que lors de leur trajet en train en direction du Portugal, Andréa s'est coincée la tête dans les portes d'un wagon, ce qui aurait provoqué les blessures ayant entraîné sa mort. Une version qu'il donnera également lors de sa première audition en garde à vue. L'enquête se poursuit et le dossier voyage de juridiction en juridiction, au gré des domiciles de Cyril S.

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Séparée de son compagnon en 1999, Carla V. dépose une première plainte cette année-là. « Ils ont tous les deux été entendus en 2003 mais depuis, il ne s'est rien passé dans le dossier », assure Me Laure-Alice Bouvier, l'avocate de la quadragénaire.

Douze ans après, la mère écrit au parquet

En 2010, sa cliente apprend l'extinction de l'action publique et écrit au parquet de Paris. Douze ans après la mort d'Andréa, la mère de famille refuse que « ce crime reste impuni » et détaille les maltraitances subies par sa fille aînée. Selon sa version, le couple nourrissait mal l'enfant, et Cyril S. avait l'habitude d'enfermer le bébé dans la chambre pour que Carla V. ne puisse pas s'en approcher.

Le soir des faits, Andréa régurgite son lait mais la jeune mère n'est pas autorisée à s'en occuper avant la fin du repas. Toujours selon cette version, Cyril S. lui aurait alors balancé son assiette au visage et aurait pris Andréa dans ses bras, avant de jeter le bébé sur le canapé où elle rebondit et tombe au sol. Carla V. écrit ensuite que son compagnon joue « au football avec son petit corps ». « C'est ça qui a relancé l'affaire. Il a fallu retrouver son ex-compagnon », assure l'avocate. En février 2013, le parquet de Paris ordonne une enquête complémentaire.

Vingt-trois ans plus tard, Cyril S. est père d'un petit garçon né en 2017 et installé avec une femme de 20 ans sa cadette dans la Drôme. L'homme, engagé à la Protection civile de sa région, est décrit par des experts comme « violent et manipulateur », pouvant se montrer « plaisant, charmeur attentionné mais également très irritable, agressif voire violent dès qu'on s'oppose à lui ». Désormais mère de deux enfants, Carla V. s'est constitué partie civile. Depuis dix ans, son avocate attend : « J'espère que ce procès permettra à ma cliente de faire enfin son deuil. »