Migrants : les journalistes peuvent être éloignés lors de l’évacuation de camps

Le Conseil d’Etat a estimé ce mercredi que cette mesure ne portait pas une atteinte grave à la liberté d’informer.

 Des policiers usant de gaz lacrymogènes en novembre dernier pour empêcher des migrants d’accéder aux camions.
Des policiers usant de gaz lacrymogènes en novembre dernier pour empêcher des migrants d’accéder aux camions. AFP/Denis Charlet

Cette fois, la décision du Conseil d'Etat a bien jugé le fond de l'affaire, après le rejet d'un recours en référé. Les périmètres de sécurité mis en place par la police lors des évacuations de camps de migrants, qui ont pour conséquence de tenir à distance les journalistes, ne portent pas une atteinte excessive à la liberté de la presse, a jugé mercredi le Conseil d'Etat.

Le juge des référés, qui statue seul selon une procédure d'urgence, a ainsi débouté deux journalistes qui se plaignaient de ne pas avoir pu pénétrer à cinq reprises, les 29 et 30 décembre, dans les périmètres de sécurité entourant des opérations d'évacuation dans les régions de Calais (Pas-de-Calais) et Dunkerque (Nord).

« La protection de l'ordre public l'a emporté sur la liberté d'informer », a regretté Me Vincent Brengarth, avocat du Syndicat national des journalistes (SNJ), intervenu en soutien des deux reporters. « C'est d'autant plus choquant qu'on sait qu'il y a des violations répétées des droits humains (dans ces campements NDLR)», a-t-il ajouté, « et que le droit à l'information devrait donc y être renforcé ».

Pas « d'atteinte grave » à la liberté d'informer

L'un des requérants, Louis Witter, avait diffusé sur son compte Twitter des photos, devenues virales, montrant à Grande-Synthe (Pas-de-Calais) une personne en combinaison de protection lacérant une tente de migrant. Des photos prises selon lui lors d'un moment d'inattention des policiers.

Ce photoreporter et son confrère Simon Hamy avaient d'abord saisi un juge des référés du tribunal administratif de Lille. Mais celui-ci avait rejeté leur recours le 5 janvier, le jugeant dénué de caractère d'urgence. Les journalistes avaient donc fait appel devant la plus haute juridiction administrative.

« Il n'apparaît pas que ces mesures » de police « aient jusqu'à présent excédé ce qui était nécessaire pour assurer la sécurité des opérations et aient porté une atteinte grave et manifestement illégale à l'exercice par les journalistes de leur profession », conclut le Conseil d'Etat dans sa décision.

Le ministère de l'Intérieur avait fait valoir que « ces mesures d'éloignement visent à faciliter l'exécution matérielle de leur mission par les forces de l'ordre, à assurer le respect de la dignité due aux personnes évacuées, et à prévenir les atteintes aux tiers que de telles opérations pourraient engendrer ».

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L'administration affirme que ces évacuations sont destinées à faire cesser des occupations irrégulières de terrains en exécution d'expulsions ordonnées par la justice ainsi qu'à offrir une mise à l'abri des migrants et une aide administrative. Selon les associations, très critiques de ces opérations, environ un millier de migrants sont actuellement entre Calais et Grande-Synthe, exposés à des expulsions quasi quotidiennes de leurs campements de fortune.