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Meurtre de Virginie Bluzet : «C’est comme si la mort de ma fille n’intéressait plus personne»

Vingt-trois ans après le meurtre de Virginie Bluzet à Beaune (Côte-d’Or), la justice envisage de fermer le dossier. Le père de la jeune femme estime que deux pistes supplémentaires méritent d’être creusées : celles de Pascal Jardin et de Michel Fourniret.

 La mort de Virginie Cluzet, en février 1997, restera-t-elle inexpliquée ? Le parquet général de Dijon a requis en septembre un non-lieu et la fin des investigations.
La mort de Virginie Cluzet, en février 1997, restera-t-elle inexpliquée ? Le parquet général de Dijon a requis en septembre un non-lieu et la fin des investigations. AFP/Samira BOUHIN

Les bars de la route des Grands Crus sont pleins en ce vendredi soir d'hiver à Beaune (Côte-d'Or). Virginie Bluzet, jolie blonde de 21 ans, passe la soirée avec des amis. Une dispute éclate avec son petit ami et la jeune femme quitte les lieux. Quarante jours plus tard, le 17 mars 1997, elle est retrouvée menottée, partiellement dénudée et le visage masqué par un bâillon dans la Saône à Verdun-sur-le-Doubs (Saône-et-Loire).

Vingt-trois ans après, son meurtrier court toujours. Durant toutes ces années, la justice n'a réussi à dégager qu'une seule piste : celle du petit ami de Virginie, mis en examen pendant un temps avant de bénéficier d'un non-lieu en 2002. Et la justice semble s'être résolue à ne jamais résoudre ce crime.

Le parquet général de Dijon a ainsi requis, le 24 septembre dernier, un non-lieu dans cette affaire et la fin des investigations. « Je ne comprends pas, souffle Michel Bluzet, le père de Virginie, qui n'a jamais cessé de se battre pour connaître l'identité de l'assassin de sa fille. C'est comme s'ils voulaient abandonner, passer à autre chose. Que la mort de ma fille n'intéressait plus personne. » Ce mercredi, Me Didier Seban, l'avocat de la famille Bluzet, sera donc devant la chambre de l'instruction de Dijon afin de s'opposer à cette demande.

Des similitudes troublantes avec l'affaire Blétry

Pour Me Seban et sa consœur Me Corinne Herrmann, il reste en effet de nombreuses pistes à explorer pour enfin établir la vérité sur la mort de Virginie Bluzet. La première mène, selon eux, à Pascal Jardin condamné en 2017 – puis en 2018 en appel - à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre de Christelle Blétry, commis quelques semaines avant la disparition de Virginie et à moins d'une soixantaine de kilomètres de Beaune. Comme Virginie Bluzet, Christelle Blétry était jeune et jolie. Comme Virginie Bluzet, elle a disparu en pleine nuit après une soirée avec des amis. Comme Virginie Bluzet, Christelle Blétry fréquente à cette époque le Tropicana, une boîte de nuit de Torcy où Pascal Jardin a ses habitudes.

Autant d'éléments qui poussent les avocats de la famille Bluzet à demander de nouvelles investigations sur le parcours de ce sexagénaire au profil inquiétant. Lors de son procès, le psychiatre Daniel Zagury avait évoqué les « traits psychopathiques » de Jardin et un comportement proche de certains « délinquants sexuels et tueurs en série ». Le psychiatre avait aussi considéré le mode opératoire du meurtrier « compatible avec la commission d'autres crimes. »

Le tueur de Christelle Blétry avait d'ailleurs lui-même livré un élément troublant lors de ses deux procès. Questionné sur la mort de la jeune femme, il avait affirmé qu'elle avait frappé à la vitre de sa voiture, qu'ils avaient eu une relation sexuelle et qu'elle était partie. Face aux doutes de la cour, il avait assuré que la situation n'était pas inédite et s'était souvenu d'une scène similaire avec une certaine… Virginie.

Des comparaisons d'ADN réclamées

Malgré ces éléments, « la justice n'a jamais comparé l'ADN de Pascal Jardin avec ceux des scellés Bluzet, soulignent Mes Didier Seban et Corinne Herrmann. Elle n'a jamais non plus cherché à vérifier les activités et le parcours de Pascal Jardin au moment du meurtre de Virginie. » « Rien ne semble vraiment le raccrocher à cette affaire, tempère une source proche de l'enquête. Mais sa personnalité et sa proximité géographique avec le meurtre de Virginie Bluzet méritent que des vérifications soient menées. »

L'autre piste qui nécessite de nouvelles investigations mène à Michel Fourniret. Le tueur en série « a sévi à plusieurs reprises dans l'Yonne » et se rendait « régulièrement à Dijon pour échanger de l'or auprès d'une numismate », rappellent les avocats de Michel Bluzet. Monique Olivier, l'ex-femme du tueur, a d'ailleurs assuré, au cours d'un interrogatoire, qu'un « meurtre avait été commis en 1997 » par le couple. La justice n'a toutefois jamais réussi à établir de lien formel entre ces déclarations et une affaire criminelle.

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Mais la justice a, ces derniers mois, ouvert de nouvelles pistes quant à l'itinéraire criminel du tueur en série. Dans le cadre de l'enquête sur la disparition d'Estelle Mouzin, les scientifiques ont découvert sur un matelas ayant appartenu à Michel Fourniret une dizaine d'ADN inconnus en plus de celui de la fillette disparue en 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne). « Il faut procéder aux comparaisons de l'ADN de Virginie Bluzet avec ceux mis en évidence dans l'affaire Fourniret », demandent donc Mes Seban et Herrmann.

Très proche de la maman de Christelle Blétry, qui a attendu plus de 18 ans pour que le meurtrier de sa fille soit interpellé, Michel Bluzet supplie de son côté la justice « de creuser toutes les pistes, même si elle n'y croit pas. J'ai 72 ans, j'aimerais que le meurtrier de ma fille soit arrêté avant ma mort. »