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Meurtre de Victorine : peur et émotion à Villefontaine

La mort de l’étudiante de 18 ans alimente un certain climat de peur à Villefontaine (Isère), où beaucoup redoutent que le meurtrier soit quelqu’un du coin. Reportage.

 À Villefontaine, après le choc de la découverte du corps de Victorine(ici la marche blanche le 4 octobre), c’est la peur qui s’est emparée de la ville.
À Villefontaine, après le choc de la découverte du corps de Victorine(ici la marche blanche le 4 octobre), c’est la peur qui s’est emparée de la ville. AFP/JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

Presque compulsivement, elles tirent sur une cigarette qui leur permet de contenir leurs larmes. Une semaine après la découverte du corps de leur amie Victorine, le lundi 28 septembre, dans un ruisseau de Villefontaine (Isère), elles ont voulu déposer une nouvelle rose blanche au pied de la croix dressée en mémoire de la jeune femme de 18 ans.

« On était avec elle au collège et au lycée, soufflent les deux copines. C'était notre amie. C'est dur. » Sur le parking du Stade de la prairie, à quelques mètres du lieu où l'étudiante aurait été agressée, elles discutent avec Harry, un camarade de classe de Victorine en BTS communication. Proche de la jeune fille, lui ne parvient pas à retenir ses larmes. « Depuis une semaine, je n'arrive plus à rien, dit le garçon. On a besoin de savoir qui lui a fait ça. » À Villefontaine, l'émotion est encore vive, mais cède peu à peu place à la peur, guidée par cette obsédante question : qui a pu tuer Victorine Dartois ?

VIDÉO. Grande émotion pour les obsèques de Victorine

En dix jours, dans cette commune de l'Isère de 20000 habitants plus proche de la banlieue lyonnaise que des sommets enneigés des Alpes, les habitudes ont changé. Les parents qui le peuvent attendent leurs ados à la sortie du lycée. Les enfants ne vont plus seuls à l'entraînement de foot au stade de la Prairie.

« Le coin avait déjà mauvaise réputation avant, souffle Yasmine. Pourtant, j'accompagnais quand même mon fils à pied car on habite juste à côté. Mais ce soir (NDLR : mardi), je ne voulais pas emprunter toute seule le même chemin que cette pauvre Victorine… » « Maintenant, si mon fils rate le bus, j'irai le chercher », promet aussi Fouad, présent au stade de foot le soir où Victorine a disparu. « L'émotion est forte, le choc terrible, confie aussi le père Stéphane Simon, qui a encore réuni ce mercredi soir les camarades de paroisse de Victorine pour échanger, discuter. On sent aussi un peu d'inquiétude chez ces jeunes », habitués à fréquenter les mêmes lieux que la benjamine de la famille Dartois.

« Il faut qu'il soit arrêté, et vite »

« Il faut que l'on sache, lance, presque comme une supplique, un ami qui a passé l'après-midi avec Victorine le jour de sa disparition. On se demande tous qui a fait ça, si c'est le malheur du hasard, si c'est quelqu'un que l'on connaît… » Absents ce dimanche lors de la marche blanche, mais venus déposer une rose ce mardi soir, Jeremy et sa compagne résument le sentiment général : « Il faut qu'il soit arrêté, et vite. Pour la famille évidemment, mais pour toute la ville aussi. »

Conscients de l'emprise de la peur sur la commune, les gendarmes ont « doublé les patrouilles dans le secteur », souligne le général Yann Tréhin, qui commande le groupement de l'Isère. Un escadron de gendarmerie mobile est aussi présent en renfort, et multiplie les contrôles d'identité dans le secteur du stade, autant pour rassurer que pour faire remonter aux enquêteurs la présence d'un éventuel curieux un brin suspect.

Dix enquêteurs de la section de recherche de Grenoble travaillent désormais à plein temps sur cette enquête au sein de la cellule HomRoche - Hom pour homicide, Roche pour le village collé à Villefontaine où a été découvert le corps de la jeune femme. Une preuve « du sérieux avec laquelle est prise cette enquête », salue Me Kelly Monteiro, l'avocate de la famille Dartois.

Dix enquêteurs sous l’autorité de trois juges d’instruction mènent les investigations pour remonter le fil du meurtre de Victorine./DR
Dix enquêteurs sous l’autorité de trois juges d’instruction mènent les investigations pour remonter le fil du meurtre de Victorine./DR  

Les gendarmes sont désormais sous l'autorité de trois juges d'instruction, qui mènent des investigations pour « enlèvement et séquestration » - pour comprendre ce qui s'est joué entre la disparition de la jeune fille et la découverte de son corps -, et « meurtre ». Selon un proche de l'enquête, plus d'une centaine de scellés ont été analysés ou sont toujours en cours d'expertise. Des prélèvements ont notamment été faits dans le ruisseau afin de comparer l'eau qui s'y écoule et celle retrouvée dans les poumons de la jeune femme. L'objectif est de confirmer que Victorine a bien été noyée à l'endroit où son corps a été découvert.

En quelques jours, les gendarmes ont aussi réalisé « 130 auditions de témoins » et contacté « 662 personnes dans l'enquête de voisinage ». Samedi, sur les lieux de la disparition de Victorine, ils ont interrogé les conducteurs de « 1100 véhicules » et « 63 piétons » habitués de ce secteur.

Les personnes présentes aux obsèques photographiées

Ce mercredi encore, discrètement, les enquêteurs de la SR de Grenoble sont venus photographier les personnes présentes dans la foule pour les obsèques de Victorine. « Rôdeur, vol qui aurait mal tourné… toutes les pistes sont envisagées, souligne une source proche de l'enquête. On peut aussi avoir affaire à une connaissance de la victime, une discussion qui dégénère, une dispute… »

Une incertitude qui pourrait durer et qui pèse sur Villefontaine, où tout le monde échafaude des théories plus ou moins vraisemblables allant du « psychopathe » à une « bande de filles jalouses ». « Victorine, elle savait se défendre si elle était embêtée, donc elle a dû être abordée par quelqu'un qu'elle connaît », imagine Harry. Beaucoup d'habitants estiment aussi que « ce ruisseau, il faut être du coin pour le connaître, on ne le voit pas depuis la route ».

Le spectre d'un « gars du coin », d'une connaissance, hante aussi les amies de Victorine, selon qui la jeune fille, « peureuse », ne se serait « jamais laissée aborder par n'importe qui. Alors forcément, on se dit que c'est peut-être quelqu'un qu'elle connaît qui a fait ça… Ce serait encore pire… »