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Meurtre de Victorine : les aveux en pointillé de Ludovic Bertin

Après deux jours de garde à vue, le meurtrier présumé de l’étudiante de Villefontaine (Isère) a été mis en examen ce jeudi soir. S’il conteste tout mobile sexuel, son récit du drame comporte des zones d’ombre.

 Ludovic Bertin, père de famille de 25 ans, vivait dans la même commune que Victorine, à Villefontaine.
Ludovic Bertin, père de famille de 25 ans, vivait dans la même commune que Victorine, à Villefontaine. FB

C'est désormais la question centrale de l'enquête sur la mort de Victorine Dartois : la jeune étudiante a-t-elle été tuée pour un mobile sexuel? Vingt jours après la découverte du corps de cette étudiante en BTS en communication de 18 ans dans un cours d'eau de Villefontaine (Isère), les investigations des gendarmes ont connu une brusque accélération. Ce jeudi, le principal suspect, Ludovic Bertin, a été mis en examen pour « meurtre précédé d'une tentative de viol ». Une qualification pénale passible de la réclusion criminelle à perpétuité. Ce père de famille de 25 ans, qui vivait dans la même commune que Victorine mais ne la connaissait pas, a été placé en détention provisoire dans la soirée.

VIDÉO. Meurtre de Victorine : le principal suspect encourt « la perpétuité »

C'est donc bel et bien le scénario d'une mauvaise rencontre qui semble se dessiner. Selon ses déclarations en garde à vue à la section de recherches de Grenoble, Ludovic Bertin a croisé « par hasard » Victorine sur le parking du stade de la Prairie à Villefontaine vers 19 heures, ce funeste samedi 26 septembre. La jeune femme rentre à pied d'une virée shopping avec des copines. Elle a raté son bus. Lui fait un jogging. Il l'aurait bousculée involontairement en courant et de là aurait éclaté une dispute violente.

Des traces d'étranglement au cou

« Il aurait très rapidement paniqué et saisi à deux reprises [Victorine] par le cou en serrant très fort », a sobrement résumé ce jeudi le procureur adjoint de Grenoble, Boris Duffau. D'après nos informations, Ludovic Bertin a déclaré avoir piqué « une colère » après des propos qu'aurait tenus la jeune femme et qui l'auraient contrarié. L'autopsie confirme des traces d'étranglement au niveau du cou de Victorine qui serait néanmoins décédée par noyade.

Le jeune suspect, qui gérait une société automobile et vivait en couple, avec un nourrisson, aurait ensuite déposé le corps inanimé de Victorine dans un ruisseau à proximité, difficilement accessible, afin de le dissimuler. Il conteste avoir tenté de violer l'étudiante. Mais les enquêteurs et le parquet doutent fortement de cette version. Le jean de la victime a été découvert retiré et déposé à côté du corps… Ce qui explique que les juges ont retenu à ce stade le crime sexuel.

« Ludovic Bertin ne nous a pas tout dit, a insisté Me Kelly Monteiro, l'avocate des proches de Victorine. La famille ne croit pas que Victorine [ait pu] s'emporter face à cette bousculade. Elle reste en état de sidération et attend encore des réponses. » Les Dartois décrivent en effet une jeune femme « gentille, jamais dans l'agressivité ou la violence ».

« Il ne menait pas une vie tranquille, il n'était pas serein »

Une fois le meurtre commis, Ludovic Bertin serait rentré chez lui, à moins d'un kilomètre de là, aurait mis ses vêtements dans un sac-poubelle avant de ressortir pour les jeter dans un conteneur. En y laissant, selon nos informations, un indice qui a contribué à le confondre. Ses effets ont été saisis cette semaine par les gendarmes et sont en cours d'expertises ADN. Le jeune père de famille, né à Vénissieux (Rhône) de parents martiniquais, avait déjà été condamné une dizaine de fois pour des délits liés aux stupéfiants ou à des vols. Ses peines de prison avaient été aménagées. Il fréquentait également divers individus connus de la gendarmerie pour des casses ou des violences.

L'étau s'est resserré autour de lui en fin de semaine dernière. Après avoir auditionné des centaines de personnes et passé au crible les délinquants sexuels fichés du secteur, les enquêteurs ont reçu un témoignage inespéré. Selon nos informations, un sous-officier de la compagnie de Bourgoin-Jallieu, régulièrement au contact de la population locale, a eu vent par un ami de Ludovic Bertin que celui-ci s'était épanché sur son implication dans le meurtre. Après des recoupements techniques - téléphonie notamment -, le jeune homme a été interpellé mardi après-midi par le GIGN sur l'aire d'une station-service de Saint-Quentin-Fallavier (Isère).

« Il se déplaçait beaucoup à gauche et à droite en voiture dans les derniers jours, confie un proche des investigations. Il ne menait pas une vie tranquille, il n'était pas serein. » Ludovic Bertin était un inconnu de la famille Dartois. « Son nom ne leur parlait pas, si ce n'est que la sœur de Victorine pense avoir été avec son frère à l'école primaire », a expliqué Me Monteiro. Ludovic et Victorine étaient voisins mais rien ne les prédestinait à se croiser…