Meurtre de la joggeuse : le petit village de Gray pleure Alexia, l'enfant du pays

«Comme une bombe qui nous tombe sur la tête». Le maire de Gray résume en une phrase le sentiment de toute une commune.

Gray (Haute-Saône), mercredi. Fleurs et bougies ont été déposées par les habitants émus devant le bar-PMU tenu par les parents d’Alexia.
Gray (Haute-Saône), mercredi. Fleurs et bougies ont été déposées par les habitants émus devant le bar-PMU tenu par les parents d’Alexia. MAXPPP/ L’EST RÉPUBLICAIN/ DOMINIQUE ROQUELET

Depuis les hauteurs de Gray, dominant la campagne environnante encore nappée de brumes, les cloches de la basilique Notre-Dame résonnent longuement en cette matinée de Toussaint. Les fidèles sont venus, plus nombreux qu'à l'accoutumée pour cette messe qui revêt une signification particulière : la plupart d'entre eux se sont réveillés en apprenant la confirmation que le corps carbonisé découvert lundi était bien celui d'Alexia Daval, 29 ans, disparue depuis samedi. Depuis sa mairie, située à quelques encablures, Christophe Laurençot reconnaît lui-même son trouble. « Je suis en état de choc, c'est comme une bombe qui nous tombe sur la tête, lâche-t-il, la voix empreinte d'émotion. J'avais encore un espoir, je l'avoue... Nous sommes tous en deuil, car Alexia était une enfant du pays. »

La jeune femme, qui avait effectué toute sa scolarité dans cette cité franc-comtoise, avait aussi suivi le catéchisme avant de se marier, en juillet 2015, à Notre-Dame, avec Jonathann, son amour de jeunesse. Une union célébrée par le père Laurent Bretillot, dont les premiers mots mercredi sont allés à la famille de la jeune femme, avant d'appeler les fidèles à ne pas céder à la haine. « La Toussaint n'effacera pas les blessures et n'éteindra pas la colère. Parler de pardon est indécent face à de tels actes, mais ne saisissons pas le poison de la vengeance : ce serait encore faire de la publicité à l'horreur », a-t-il exhorté. « Les mots nous manquent, les moyens nous manquent pour aider cette famille, et c'est insoutenable, réagit à l'issue de cette messe Anne, 69 ans, venue s'associer en prière à leur douleur. Je ressens tout cela de façon totalement viscérale, mais je me sens impuissante. » « On ne peut pas partager leur souffrance, malheureusement », souffle Joëlle, une autre fidèle très touchée, qui habite Esmoulins, commune où se situe le bois où le corps d'Alexia a été retrouvé. « C'est dur, confie-t-elle, de me dire que je vais ouvrir chaque jour mes volets sur cet endroit synonyme de malheur... »

Élan de solidarité

Dans le centre-ville de Gray, les habitants, qui s'étaient mobilisés par centaines pour effectuer des battues à la recherche d'Alexia le week-end dernier, ont converti cet élan de solidarité en déposant fleurs et bougies au pied du bar-PMU tenu par les parents d'Alexia. Quelques instants de recueillement, les larmes aux yeux, parfois en famille. Céline est venue avec sa fille de 5 ans qui observe, la mine triste, ce mausolée improvisé. « On a essayé de lui expliquer avec des mots simples, détaille la mère de famille. Une élève de l'école s'est noyée en mai... Je lui ai dit qu'elles étaient désormais toutes les deux, avec Alexia, au ciel.»

Une cellule d'enquête à pied d'œuvre

Après la découverte et l'identification du corps d'Alexia Daval, les gendarmes de la section de recherche de Dijon ont entamé une phase plus discrète de l'enquête. Une cellule composée d'une vingtaine d'hommes est à pied d'œuvre pour passer au crible l'entourage d'Alexia Daval et comprendre l'état de ses relations familiales, amicales et professionnelles. Un gros travail est aussi effectué sur la téléphonie mobile et les systèmes de vidéoprotection, ainsi que sur les éléments apportés par les 30 000 commentaires déposés sur la page Facebook de la gendarmerie.

Appel à témoins lancé

Une dizaine de personnes se sont spontanément présentées pour témoigner : les enquêteurs souhaitent notamment savoir avec certitude si Alexia Daval a été vue en train de courir samedi matin, et quel parcours elle a emprunté. Des drones ont survolé le bois d'Esmoulins où le corps a été brûlé et dissimulé sous des branchages. Un appel à témoins a été lancé mercredi pour savoir si des mouvements suspects ont été repérés le week-end dernier dans cette zone isolée, accessible par un petit chemin dont il faut connaître l'existence, en particulier la nuit. En dépit de la forte dégradation du corps, l'autopsie, prévue ce jeudi, pourra détecter d'éventuelles fractures, blessures par balles ou à l'arme blanche. L'expertise du « bol alimentaire », en fonction de l'état de digestion du dernier repas et la composition de celui-ci, est déterminante pour cerner l'heure de la mort. Enfin, les prélèvements sur le corps et sur les branchages peuvent révéler l'utilisation d'hydrocarbures, leur type et leur quantité, et ainsi orienter les enquêteurs vers la piste d'une éventuelle préméditation.