Meurtre d’Alexia : à l’ouverture de son procès, Jonathann Daval maintient être seul impliqué

Interrogé ce lundi par le président de la cour d’assises de Haute-Saône, l’accusé a reconnu avoir tué sa femme en octobre 2017 à Gray. L’audience se poursuivait avec l’audition des enquêteurs.

 Les parents d’Alexia, Isabelle et Jean-Pierre Fouillot et l’avocat de la famille, lundi à Vesoul, pour l’ouverture du procès de leur gendre Jonathann Daval.
Les parents d’Alexia, Isabelle et Jean-Pierre Fouillot et l’avocat de la famille, lundi à Vesoul, pour l’ouverture du procès de leur gendre Jonathann Daval. AFP/Sébastien Bozon

Le fourgon de l'administration pénitentiaire s'engouffre dans les rues vides de Vesoul (Haute-Saône), confinée et encore endormie. Les caméras le traquent, comme elles suivent quelques minutes plus tard, pas à pas, l'arrivée du clan Fouillot et de ses avocats, venus à pied jusqu'au tribunal. « On veut mettre en exergue les horreurs qu'a subies Alexia. On ne ferait pas ça à un animal », répète Isabelle Fouillot, la mère de la jeune femme tuée en octobre 2017.

Sur la place du palais de justice prise d'assaut par les journalistes, les plateaux pour les chaînes de télévision s'enchaînent déjà. Il est à peine 8 heures, ce lundi 16 novembre, et le procès de Jonathann Daval, jugé pour le meurtre de son épouse, a déjà été déclaré ouvert par les médias. Une quarantaine d'entre eux ont été accrédités pour suivre ce procès très attendu, d'autant plus qu'il se déroulera sans public en raison du confinement.

Un accusé amaigri, l'air apeuré

« Faites entrer l'accusé », demande, solennel, le président Matthieu Husson, peu après 9 heures. Et l'accusé, le voici, passant soudainement de l'ombre de sa prison de Dijon (Côte-d'Or), à la lumière de la cour d'assises de Haute-Saône. Dans la salle lambrissée, dotée de vitres en Plexiglas en raison de la pandémie de Covid-19, ses petits yeux cernés clignent avec insistance face aux nombreux spots, tel un lapin pris dans les phares d'une voiture. Vêtu d'un pull marinière à rayures rouge, cheveux coupés court, Jonathann Daval apparaît amaigri, apeuré. Son premier regard se porte vers ses proches, sa sœur, son beau-père et sa mère, venue le soutenir en fauteuil, en raison d'une sciatique au dos.

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Le président doit réclamer son attention, lui évitant ainsi de croiser, sur le banc d'à côté, les regards de son ex-belle-famille, dont pas moins de dix-huit membres se sont constitués partie civile. « Pouvez-vous décliner votre identité ? » « Daval, Jonathann », répond de sa petite voix enfantine l'accusé, autorisé à tomber le masque durant les moments où il est interrogé.

Pour entamer ce procès au cours duquel tout le monde attend de savoir qui est vraiment cet homme, ce meurtrier présumé aux airs d'enfants, Matthieu Husson relève cette précision importante. « A l'état civil, je note que votre prénom ne comporte qu'un 'n', est-ce correct ? » Jonathan, donc, opine du chef, sans préciser les raisons de ce caprice. Et se rassied, sa tête dépassant à peine du box.

«Oublier la médiatisation»

En plus des trois magistrats, cinq femmes et un homme composent le jury qui aura à se prononcer sur cette affaire ultramédiatisée, un féminicide dont l'examen est prévu sur cinq jours, avec un verdict attendu vendredi dans la soirée. Pour avoir tué son épouse Alexia, jeune employée de banque de 29 ans, dont le corps avait été retrouvé partiellement brûlé dans un bois proche de Gray le 30 octobre 2017, Jonathann Daval, 36 ans désormais, encourt la réclusion à perpétuité. Le rôle du mari éploré, qu'il a joué trois mois durant jusqu'à son arrestation et ses aveux avaient participé de l'extrême médiatisation de ce dossier.

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« Vous ne devez pas être jugé différemment parce que cette affaire a connu un retentissement particulier. Je vous dois l'impartialité », a ainsi tenu à préciser Matthieu Husson en préambule, l'invitant à « oublier la médiatisation » et à s'exprimer « librement et avec sincérité ». « Concentrez-vous sur ce qui sera dit ici. Regardez la cour, les magistrats et les jurés. Ce seront eux qui vous jugeront », l'a-t-il exhorté, recueillant un regard reconnaissant de l'informaticien.

Rappelant les multiples versions et les revirements improbables de Jonathann Daval, et avant de plonger à proprement parler dans l'examen des faits, le président a tenu enfin, à s'assurer de la réponse à une question qui n'a rien d'anodine, tant elle a été sujette à controverses durant les trois ans d'enquête. « Maintenez-vous être impliqué dans la mort de votre épouse, et maintenez-vous être le seul impliqué ? » De sa voix chevrotante, comme au bord des larmes, Jonathann glisse un petit « oui » dans le micro.