Meurtre à la perceuse : le suspect interpellé après sa remise en liberté par erreur

L’homme, qui avait avoué en garde à vue le meurtre d’un Chinois à Paris, avait été relâché quelques heures après pour défaut de procédure. Mais la police n’a jamais perdu sa trace et il a été interpellé une semaine plus tard, ce vendredi matin.

 Un Chinois de 34 ans, Jie Z., a été retrouvé mortellement blessé le 22 septembre dans un studio du 81 bis de la rue de l’Ourcq à Paris (XIXe).
Un Chinois de 34 ans, Jie Z., a été retrouvé mortellement blessé le 22 septembre dans un studio du 81 bis de la rue de l’Ourcq à Paris (XIXe). LP/Benoît Hasse

L'homme soupçonné d'avoir tué et torturé Jie Z., un Chinois de 34 ans, dans un appartement de la rue de l'Ourcq (Paris, XIXe) a été interpellé ce vendredi matin, a-t-on appris de sources concordantes. Xueli D., 39 ans, était activement recherché depuis sa remise en liberté il y a une semaine à la suite d'un défaut de procédure.

Le 22 septembre, Jie Z. est retrouvé mortellement blessé dans un studio du 81 bis de la rue de l'Ourcq. Rapidement, Xueli D., le locataire du logement, est soupçonné par les enquêteurs du 2e district de la police judiciaire parisienne et un mandat de recherche est délivré pour le retrouver. Le 24 septembre, l'homme se présente de lui-même au commissariat de Pantin (Seine-Saint-Denis) et il est remis entre les mains du 2e DPJ. Le suspect est placé en garde à vue.

Durant ses auditions, le suspect reconnaît avoir porté les coups mortels à la victime mais, dit-il, en voulant se défendre. Selon lui, Jie Z. s'en serait pris à lui car il pensait que sa compagne avait une relation amoureuse avec lui. Munie d'un marteau, la victime se serait rendue au 81 bis pour en découdre. Dans la bagarre, Xueli D. aurait réussi à saisir une cale de porte et une mèche de perceuse avec lesquelles il aurait frappé son agresseur. D'après les premières constatations des enquêteurs, Jie Z. présentait des traces de perforation aux chevilles, au ventre, une plaie à la gorge et des hématomes au crâne.

Le magistrat débordé

À l'issue de sa garde à vue, Xueli D. est déféré au parquet le lendemain, vendredi 25 septembre, pour être présenté à un juge d'instruction.

Une information judiciaire pour « meurtre précédé d'un autre crime, torture et acte de barbarie » est alors ouverte. La justice dispose dès lors d'un délai de 20 heures pour le présenter au juge en vue de sa mise en examen. Mais dans cette affaire, selon nos informations, le magistrat aurait été débordé et n'a pu le recevoir dans les délais prescrits par la loi. La justice n'ayant plus le droit de le retenir, l'homme est alors… remis en liberté.

En théorie, dans une telle situation, un mandat d'arrêt est délivré le plus rapidement possible afin de pouvoir à nouveau interpeller le suspect directement au dépôt du tribunal. Un mandat d'arrêt a bien été décerné à son encontre par le juge dans le cadre de l'information judiciaire. L'homme est, malgré tout, sorti libre du tribunal judiciaire…

Interpellé non loin des lieux du crime

Mais les forces de l'ordre ne perdent pas sa trace : Xueli D. est maintenu sous surveillance discrète. Si une semaine s'est écoulée entre sa remise en liberté et son interpellation, c'est en raison d'un délai administratif et des procédures judiciaires nécessaires à une nouvelle arrestation. Ce vendredi, vers 11 heures, les policiers de la 2e DPJ appréhendent donc le suspect dans le XIXe, non loin des lieux du crime.

Ces situations ne sont pas rares, nous indiquent des magistrates. « Le délai de 20 heures est un délai raisonnable à respecter pour ne pas maintenir les personnes en détention. Mais dans les grosses juridictions, il est difficile à tenir car les juges sont submergés, et les escortes policières sont insuffisantes pour faire monter le mis en cause du dépôt du tribunal jusqu'à leur bureau », remarque Katia Dubreuil, présidente du Syndicat de la magistrature.

Selon Céline Parisot, de l'Union syndicale des magistrats (USM), le problème se présente régulièrement pour les comparutions immédiates : « Le mis en cause n'est pas présenté car le dépôt est mal organisé et en manque d'effectif. »