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Meudon : Meriem dénonce son mari violent, mais doit vivre sous le même toit

C’est un cas symbolique de la difficulté de traiter les procédures de violences conjugales. Faute de preuves, Meriem, une jeune habitante de Meudon (Hauts-de-Seine), est contrainte de vivre sous le même toit que son mari contre qui elle a porté plainte.

 Meriem, maman d’un bébé de un an, dort à même le sol dans cette chambre. La jeune femme de 26 ans dit subir chaque jours des coups, des insultes et des viols.
Meriem, maman d’un bébé de un an, dort à même le sol dans cette chambre. La jeune femme de 26 ans dit subir chaque jours des coups, des insultes et des viols. DR

« Il me gifle dès que je refuse de lui obéir. Je vis dans la peur, je n'arrive plus à manger, ni dormir, ce n'est pas une vie. » Au téléphone, Meriem, 26 ans parle vite et à voix basse, comme si le temps pressait et qu'elle pouvait être entendue par son époux. La jeune Algérienne, arrivée en France en 2013, nous confie vivre sous l'emprise et la menace de son mari, Mahfoud, également Algérien.

Meriem a déposé plainte contre son époux pour violence et viol le 26 septembre, auprès du commissariat de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Dans la foulée, une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Nanterre, et le dossier transféré au commissariat de Meudon, lieu de résidence du couple.

Le 30 septembre, une confrontation entre les époux a eu lieu au cours de laquelle chaque partie est restée sur sa position. Depuis, le mari est revenu au domicile conjugal. Faute de mesures coercitives ou préventives, c'est le père de Meriem qui assure la protection de sa fille. Le 8 octobre, celui-ci a d'ailleurs déposé une main courante, pour des insultes et des menaces, contre son gendre.

Les réponses inversées par inadvertance

Aujourd'hui, les avocats de la plaignante dénoncent un dysfonctionnement judiciaire. Le parquet de Nanterre évoque, lui, un dossier fragile. « Cette affaire montre qu' un an après le Grenelle des violences faites aux femmes, les dysfonctionnements perdurent dans la chaîne pénale », constate Marie Isis Laurent, l'avocate de Meriem. « Le jour de la confrontation, l'officier de police judiciaire nous a expliqué qu'il débutait et que les affaires criminelles ne l'intéressaient pas. Or ma cliente risque sa vie, elle est enfermée avec un type qui la considère comme son objet. »

Convaincue du danger imminent qu'encourt sa cliente, l'avocate bombarde le parquet de Nanterre de courriels alarmants, misant sur une erreur technique survenue dans le dossier pour faire pression sur les autorités. En effet, sur le procès-verbal de confrontation, les réponses de Meriem et Mahfoud ont été inversées par inadvertance, ce qui peut laisser croire que le mari a reconnu une « relation sexuelle non consentie ». Mais l'enregistrement audiovisuel fait foi, et un PV rectificatif va être rédigé. Une maladresse qui tombe mal dans un dossier comme celui-là.

Un mariage arrangé, un enfant non désiré

Contacté, le parquet de Nanterre indique que « même dans les affaires de violences conjugales, on ne peut faire l'impasse sur la preuve ». « La version de la jeune femme n'est pas pour l'instant corroborée par l'enquête de voisinage et elle a refusé un examen médico-légal. L'enquête continue », précise Catherine Denis, la procureure de Nanterre.

Meriem et Mahfoud se sont mariés religieusement en avril 2017 et civilement deux mois plus tard. Un mariage arrangé. La famille de la jeune fille aurait reçu en dot, selon les déclarations sur PV du mari, « 1200 euros, un mouton, une parure (chaîne-gourmette) et un repas au restaurant ». De cette union est né un fils, aujourd'hui âgé de un an.

Selon Meriem, les violences auraient débuté juste après le mariage, et se seraient accentuées après la naissance de l'enfant, non désiré par son conjoint. « Il me donne des gifles, il me tape sur la tête […]. Ce n'est pas tous les jours parce que je fais en sorte de lui obéir pour ne pas être frappée », confie la jeune femme sur PV, précisant que les violences ont toujours lieu « à la maison, jamais lorsqu'il y a du monde ».

«Je dois être à sa disposition»

Des mensonges, prétend Mahfoud, confiant ne donner aucun ordre à sa femme, et ne jamais l'insulter, ni la frapper. « Je suis plus que tendre avec elle. Je suis plus qu'humain », s'est-il défendu lors de la confrontation.

Meriem dénonce la privation de sortie et de nourriture, la dépendance financière ainsi que des relations sexuelles forcées. « Je dois être à sa disposition. Il m'a dit : Si j'ai envie mille fois, tu dois dire oui. Parfois, il m'impose des relations sexuelles plusieurs fois dans la journée », déclare-elle, affirmant être contrainte de dormir par terre depuis un mois… Des viols que l'auteur présumé conteste.