Mémo de vie : une plate-forme sécurisée pour aider les victimes de violences

La plate-forme Mémo de vie permet aux victimes de violences de consigner de façon sécurisée ce qu’elles subissent au quotidien. Une aide à la prise de conscience personnelle et à un éventuel dépôt de plainte. Julien, usager depuis deux mois, témoigne.

 La plate-forme Mémo de vie, créée par la fédération France victimes, s’adresse aux victimes de violences ainsi qu’à leurs proches.
La plate-forme Mémo de vie, créée par la fédération France victimes, s’adresse aux victimes de violences ainsi qu’à leurs proches. France victimes

C'est une application web gratuite et sécurisée d'un genre particulier : Mémo de vie permet aux victimes de violences d'établir une sorte de « journal intime » des faits qu'elles subissent. « La plate-forme permet une navigation privée et discrète, comme un tiroir fermé à clé où tout fait, document, photo ou vidéo peuvent être consignés », explique Jérôme Bertin, directeur général de la fédération nationale d'aide aux victimes France victimes, créatrice de cet outil mis en ligne en novembre dernier. La journée européenne des victimes ce lundi et le lancement du site parcours-victimes.fr, autre outil numérique conçu en partenariat avec le Fonds de garantie des victimes, sont l'occasion d'un bilan.

Après trois mois d'existence, Mémo de vie a été consulté par 8 000 victimes (environ 90 par jour) et recense d'ores et déjà 800 comptes. Quelque 150 personnes ont fait appel à l'une des 130 associations du réseau France victimes pour être accompagnées.

Qui peut s'en servir ?

« Tous ceux qui sont victimes de violences répétées ( violences intrafamiliales, harcèlement scolaire …), ou tous ceux qui sont en contact avec ceux-ci, proches ou témoins, peuvent s'en servir; et les professionnels, policiers, gendarmes, médecins ou autres associations, le prescrire », avance Isabelle Sadowski, directrice juridique de France victimes.

« Mémo de vie permet d'établir un historique des violences, poursuit Jérôme Bertin, qui peut aider les victimes à prendre conscience de ce qu'elles traversent et servir au moment d'un éventuel dépôt de plainte. »

Intervenante sociale à l'association Le Relais (France victimes 18) à Bourges (Cher), Manon Bouchard, qui a participé aux tests d'utilisation menés en amont, accompagne aujourd'hui des usagers de la plate-forme. Pour elle, Mémo de vie permet « une libération de la parole ».

« Le jour où la personne est prête à parler des faits, elle peut reconstituer son histoire sans filtre et sans perte de mémoire, décrit-elle. Il y a un mot de passe, un code, une double sécurité lorsque l'on navigue et un bouton d'urgence « Vite je quitte », qui déconnecte la personne au besoin. C'est une béquille personnelle, assortie d'un « coffre-fort » pour les documents, qui peut faciliter les démarches d'une victime qui souhaiterait ensuite être soutenue par des professionnels. »

«Je parle, c'est parfois plus facile»

Suivi par le Relais, Julien (qui tient à rester anonyme), en instance de séparation et en proie aux violences de sa compagne, utilise Mémo de vie depuis deux mois sur le conseil de l'association.

« Cela fait six ans que nous sommes ensemble. Les violences physiques, morales, le harcèlement et les humiliations ont débuté il y a trois ans. J'ai eu tendance à rester pour notre enfant… Ma compagne m'a enfermé dans une bulle. Lorsque je faisais chambre à part, elle venait me réveiller en hurlant pour me cracher dessus… Cette application web, j'ai essayé de m'en servir tout de suite pour raconter ce que je subis. Parfois, j'ai du mal parce que cela fait mal quand on relit… Mais ça me permet d'avancer. D'extérioriser tout ça, de pouvoir reconstituer ce qui s'est passé, pas comme un vague souvenir. Cela aide beaucoup. »

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Julien, qui peine souvent à écrire, se sert de la possibilité de s'enregistrer. « Je m'enferme dans mon atelier, le seul endroit où je peux être tranquille et pleurer, et je parle, c'est parfois plus facile. » Il décrit des scènes d'une violence inouïe, et ce sentiment d'impuissance face à la souffrance de sa compagne, issue d'un pays ravagé par la guerre et qui n'a jamais été soignée pour ses traumatismes.

Il explique qu'elle nie les violences qu'elle lui inflige, voire « les inverse » et que l'application web peut aussi lui servir à conforter sa version des faits, maintenant que la justice s'est saisie de son dossier pour la question de la garde de leur enfant. Surtout, outre le soutien du Relais, Mémo de vie conforte cette conviction qui fait qu'il a accepté de témoigner : « Surtout, il ne faut pas rester seul. »