Meaux-Chauconin : une marche blanche pour obtenir la vérité sur la mort d’un détenu

Le garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, a diligenté une inspection après la mort de Jimony, le 2 février. L’enquête judiciaire se poursuit.

 Des centaines de personnes ont participé ce dimanche à une marche blanche pour obtenir la vérité sur les circonstances de la mort d’un détenu mardi.
Des centaines de personnes ont participé ce dimanche à une marche blanche pour obtenir la vérité sur les circonstances de la mort d’un détenu mardi. AFP/Sarah BRETHES

« Pas de justice, pas de paix ». Plusieurs centaines de personnes ont participé dimanche à une marche blanche jusqu'à la prison de Meaux (Seine-et-Marne) pour réclamer « la vérité » sur la mort d'un détenu de 28 ans, des faits qui font l'objet de deux enquêtes, judiciaire et administrative.

Vêtus de T-shirts noirs frappés du slogan « Justice pour Jimony » et de menottes ensanglantées, les manifestants, parmi lesquels la militante anti-violences policières Assa Traoré, ont marché en silence et dans le froid jusqu'à l'entrée du centre pénitentiaire, où ils ont scandé « On veut la vérité ». Jimony Rousseau est décédé mardi à l'hôpital de Jossigny, huit jours après y avoir été transporté par le Samu en arrêt cardio-respiratoire.

Selon les premiers éléments de l'enquête, livrés mercredi par la procureure de Meaux Laureline Peyrefitte, le détenu aurait refusé, le 25 janvier, « de réintégrer sa cellule depuis la cour de promenade, et adopté un comportement tour à tour très agité et agressif ». « Il se serait opposé violemment à son menottage, notamment en mordant au sang l'un des surveillants ».

« Arrêt cardiaque prolongé »

Lors de son transfert au quartier disciplinaire, « les surveillants constatant qu'il était devenu subitement calme, ont appelé l'unité médicale ». Le jeune homme a ensuite été emmené à l'hôpital par le Samu, en arrêt cardiovasculaire.

L'autopsie réalisée mercredi a conclu à « l'existence d'un œdème cérébral dû à un arrêt cardiaque prolongé », selon la procureure, qui a assuré que les « ecchymoses et contusions » retrouvées sur son corps n'avaient « pas eu d'incidence sur le processus mortel ». « Les causes plus précises du décès seront ainsi à rechercher dans des examens complémentaires approfondis qui vont être très prochainement effectués », a ajouté la procureure.

Quelques manifestants devant la prison de Meaux. AFP/Sarah BRETHES
Quelques manifestants devant la prison de Meaux. AFP/Sarah BRETHES  

Dimanche, la sœur du jeune homme a lancé « un appel à témoins » à l'adresse des détenus, des surveillants et de la direction du centre pénitentiaire. « Mon frère était en bonne santé, on nous dit qu'il a fait une crise cardiaque, je n'y crois pas », a-t-elle lancé aux manifestants réunis devant l'entrée de la prison. « Assa Traoré a dit que les Noirs et les Arabes n'étaient pas en sécurité dans ce pays, on en a la preuve », a ajouté la tante du jeune homme.

Des détenus ont refusé de regagner leurs cellules

Après la manifestation, vers 15h15, une soixantaine des 800 détenus du centre pénitentiaire ont refusé de regagner leur cellule après la promenade, indique l'administration pénitentiaire. Les Eris (équipes régionales d'intervention et de sécurité) sont intervenues, et la direction de la prison est venue s'entretenir avec eux. Les détenus ont finalement regagné leur cellule vers 18 heures.

Après le décès de Jimony Rousseau, le parquet a ouvert une information judiciaire pour « recherche des causes de la mort », confiée à la police judiciaire de Versailles. Les enquêteurs ont commencé vendredi à entendre la hiérarchie de la prison, précise une source proche de l'enquête.

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Le garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, a de son côté diligenté une inspection afin de « faire toute la lumière sur cette affaire ». Le détenu décédé était incarcéré depuis le 6 janvier en attente de son procès pour « des faits de violences habituelles par conjoint » et rébellion.