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Décès pendant un accouchement : l’anesthésiste ivre risque 3 ans de prison

Helga Wauters, 51 ans, comparait ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Pau, six ans après la mort de Xynthia Hawke des suites d’un accouchement qu’elle avait réalisé sous l’emprise de l’alcool.

 Pendant l’instruction, Helga Wauters, alcoolique, a minimisé les faits qui lui sont reprochés, imputant la faute, tantôt au matériel de la clinique, tantôt à l’équipe médicale qui l’assistait.
Pendant l’instruction, Helga Wauters, alcoolique, a minimisé les faits qui lui sont reprochés, imputant la faute, tantôt au matériel de la clinique, tantôt à l’équipe médicale qui l’assistait. PhotoPQR/Sud Ouest

Xynthia Hawke avait 28 ans et s'apprêtait à accoucher. Ce bonheur s'est transformé en tragédie. Cette nuit-là, à la clinique d'Orthez (Pyrénées-Atlantiques), elle a été prise en charge par Helga Wauters, une médecin-anesthésiste en proie aux démons de l'alcoolisme. La praticienne en état d'ivresse a multiplié les erreurs. Xynthia n'a jamais pu voir son enfant, la jeune mère est morte quatre jours plus tard. Ce jeudi, Helga Wauters comparaîtra pour « homicide involontaire » devant le tribunal correctionnel de Pau.

Il est 22 heures ce 26 septembre 2014. Le Dr. Helga Wauters entre au bloc numéro 4 pour l'accouchement délicat d'une jeune parturiente. Le terme prévu est dépassé de huit jours, la péridurale posée dans l'après-midi n'a pas soulagé les douleurs. Décision est prise de placer Xynthia Hawke sous anesthésie générale et de procéder à une césarienne. Helga Wauters l'intube, l'obstétricien sort le bébé qui est sain et sauf. Il est alors 22h22.

Censée être endormie, la maman présente pourtant des signes de réveil. Elle vomit et s'agite à tel point qu'elle parvient à s'extuber. Ses mains et son visage bleuissent. Dans le bloc, c'est la panique. Helga Wauters ventile Xynthia Hawke avec un ballon d'oxygène, refusant d'utiliser un respirateur. Ce sont finalement les médecins du Smur qui interviennent et constatent la situation catastrophique : la sonde d'intubation est mal posée, elle a été placée dans l'œsophage et non dans la trachée. Il faut réintuber. L'urgentiste parvient à stabiliser la patiente, mais se dit surprise que la réanimation n'ait pas été entamée alors que « l'arrêt cardiorespiratoire était évident ». Transférée à l'hôpital de Pau, Xynthia Hawke décède le 30 septembre, quatre jours plus tard.

L'anesthésiste ne savait pas se servir du respirateur

Très vite les regards se tournent vers Helga Wauters. Son absence de réaction, sa défaillance à poser le diagnostic d'arrêt cardiaque sont mis en évidence par les témoignages des membres de l'équipe médicale présents ce soir-là. Le 2 octobre 2014, elle est mise en examen pour « homicide involontaire ». L'enquête a révélé qu'elle ne savait pas se servir du respirateur. Fait aggravant attesté par une expertise toxicologique, l'anesthésiste était ivre. Elle avoue qu'elle portait toujours, dans la poche de sa blouse, une petite bouteille d'eau mélangée à de la vodka. Un alcool qu'elle ingérait matin, midi et soir, « pour ne pas trembler », dit-elle. Le médecin confie même « être incapable d'aller au bloc opératoire sans avoir bu d'alcool ».

Ce tableau tragique et inquiétant tranche pourtant avec le parcours d'une femme qui avait tout pour réussir. Née à Bruxelles d'un père gynécologue et d'une mère professeure d'économie, elle suit, adolescente puis étudiante, la voie de l'excellence. Sportive, elle intègre l'équipe nationale de hockey sur gazon et poursuit ses études de médecine jusqu'à son doctorat d'anesthésiste. Mais au fil du temps, Helga Wauters se met à boire, une addiction qui se serait aggravée après une rupture sentimentale.

A partir de 2009, son alcoolisme affecte sa vie professionnelle et elle doit être admise en cure de désintoxication. Dépressive, elle ne peut reprendre le travail et démissionne. Après une seconde cure, elle retrouve un poste à l'hôpital de Soignies, en Belgique en 2012. Mais elle est licenciée quelques mois plus tard pour faute grave : appelée pour une césarienne, ses collègues constatent qu'elle a bu. Retour en cure. Puis au travail. Dans son nouvel établissement, la direction connaît son passé et met en place une surveillance particulière : l'anesthésiste doit se plier à des éthylotests à tout moment. Mais en février 2014, sollicitée pour la pose d'une péridurale lors d'une césarienne, elle se montre une nouvelle fois incapable de réaliser ce geste pour cause d'ivresse et doit être sortie du bloc par le gynécologue.

Aucune vérification de son CV en France

Etrangement, aucun de ces très graves incidents n'ont été signalés à l'Ordre national des médecins belge. Elle est licenciée. Quelques mois plus tard, elle est embauchée en France par une agence de recrutement sans qu'aucune vérification ne soit faite sur son CV. Son contrat à Orthez démarre le 12 septembre 2014. Deux semaines avant la nuit fatale qui vaudra la mort à Xynthia.

Pendant l'instruction, Helga Wauters a minimisé les faits qui lui sont reprochés, imputant la faute, tantôt au matériel de la clinique, tantôt à l'équipe médicale qui l'assistait. Elle a déclaré avoir fait « tout ce qu'elle devait faire », estimant avoir été à « 70 % de ses capacités ». Elle dira même au juge d'instruction : « Ce n'est pas parce que j'ai bu que je ne sais pas fonctionner ». Le 8 juillet 2015, alors qu'elle était sous contrôle judiciaire, l'anesthésiste est interpellée au volant de sa voiture, ivre une fois de plus. Elle déclarait alors boire entre « cinq et dix verres de Ricard » par jour. Helga Wauters encourt une peine de trois ans de prison ferme.