Lutte antidrogue : enquête sur les relations troubles entre un policier et son indic

Un fonctionnaire de l’Office anti-stupéfiants (Ofast) a été mis en examen et écroué, selon nos informations. Ce dernier aurait notamment «rémunéré» un informateur sans respecter les règles en vigueur dans ce domaine.

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 Interpellé chez lui le 26 janvier, le policier a ensuite été placé en garde à vue dans les locaux de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), à Paris (illustration).
Interpellé chez lui le 26 janvier, le policier a ensuite été placé en garde à vue dans les locaux de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), à Paris (illustration). LP/Yann Foreix

C'est une affaire sensible, menée dans la plus grande discrétion. Un policier de l'Ofast ( Office anti-stupéfiants ), âgé de 37 ans, a été mis en examen ce vendredi soir par un juge de la juridiction interrégionale (JIRS) de Paris, avant d'être écroué. Le parquet a ouvert une enquête pour « blanchiment de crime ou délit commis à titre habituel, non-justification de ressources en lien avec des faits de trafic de stupéfiants et association de malfaiteurs, révélation de secret de l'enquête ou de l'instruction, et détournement de fichier ».

Dans les grandes lignes, ce brigadier de police est soupçonné d'avoir entretenu des relations non-conformes aux règles avec un indicateur de son service – un « tonton » – et d'avoir dérobé une partie des primes qui lui étaient destinées. Cet informateur, un homme déjà connu de la police et de la justice, a lui aussi été mis en examen quelques heures plus tôt pour trafic de stupéfiants, blanchiment et corruption passive, avant d'être emprisonné.

L'affaire commence au printemps dernier lorsque les enquêteurs de l'Office central de lutte contre la grande délinquance financière (OCRGDF) mènent des investigations avec le concours de la DEA, l'agence fédérale américaine chargée de lutter contre le trafic de drogue. Les fonctionnaires français sont sur la piste des flux financiers d'une affaire d'importation de cocaïne.

« Lors des écoutes téléphoniques, les policiers ont compris qu'un fonctionnaire de l'Office anti-stupéfiants était en contact avec un indicateur », précise une source proche de l'affaire. C'est une pratique autorisée mais qui obéit à des règles strictes. Et cet « informateur » ne faisait pas partie de ceux qui lui étaient officiellement attribués. Selon nos informations, l'enquêteur des stups se serait emparé de la source d'un de ses collègues et en aurait profité pour empocher une partie des primes prévues pour récompenser ses informations.

Jugé «discret et efficace» par sa hiérarchie

Les rémunérations dévolues aux délateurs sont fixées en fonction de la sensibilité du renseignement fourni. Le montant des primes peut monter à plusieurs dizaines de milliers d'euros pour un bon tuyau sur un réseau international. Les sources sont gérées par les enquêteurs, et ces derniers sont supervisés par leur chef de service. Pour finir, c'est le directeur général de la police ou de la gendarmerie qui valide le montant, sur proposition du chef de service ou de l'enquêteur et un reçu est délivré au « tonton ».

Le fonctionnaire et son contact ont été interpellés mardi 26 janvier à leurs domiciles. Le policier a été placé en garde à vue à Paris, dans les locaux de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN). Sa hiérarchie estime qu'il était jusqu'alors un fonctionnaire « discret et efficace ». « Ce collègue est un très bon gestionnaire des sources. Il est parvenu à faire tomber plusieurs réseaux de trafiquants de cocaïne et son travail à l'Ofast a permis dernièrement de saisir deux millions d'euros », précise une source policière.

Un simple «cafouillage» ?

Malgré les éléments recueillis par les enquêteurs de la financière, son entourage doute du bien-fondé des accusations portées contre lui et estime que tout cela relève plus « du cafouillage » et de « la confusion » que de la malhonnêteté. « Le problème vient du fait qu'il n'a pas enregistré correctement sa source car ces deux hommes entretenaient des liens particuliers et le policier l'aurait rémunéré hors du cadre légal », ajoute cette même source.

« L'indic » a été placé en garde à vue dans les locaux de l'Office, à Nanterre (Hauts-de-Seine). « La situation de ce jeune homme est dangereuse, souffle une troisième source proche du dossier. Il court le risque de subir des représailles lancées par les trafiquants qui ont été interpellés grâce aux indications qu'il a fournies à la police. » Rien n'a filtré sur le contenu de leurs auditions. Sollicités, les conseils des deux hommes ont refusé de faire le moindre commentaire sur cette affaire. « C'est un dossier désagréable pour nous comme pour l'institution, remarque un magistrat. Il convient que ce policier reste en détention provisoire jusqu'à ce qu'il soit entendu au fond lors de l'instruction, car il faut éviter toute pression ou échanges d'informations entre les personnes impliquées dans cette histoire. »

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L'Office anti-stupéfiants, chargé de coordonner la lutte contre le trafic de drogues sur le territoire français, est né le 1 er janvier 2020. Il est venu remplacer l'OCRTIS, dont la réputation avait été fortement entachée après la chute de son patron, François Thierry, soupçonné d'avoir mis en œuvre des opérations d'importation surveillée, avec l'aide du trafiquant Sofiane Hambli.