Les parents du petit Grégory misent sur l’ADN pour connaître enfin la vérité

La cour d’appel de Dijon doit se prononcer ce mercredi sur les demandes des époux Villemin. Ils misent sur de nouvelles expertises, dont l’élaboration d’un portrait-robot génétique et des recherches ADN en parentèle, pour identifier l’assassin de leur enfant en 1984.

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 Les parents du petit Grégory, Jean-Marie et Christine Villemin (ici au palais de justice de Dijon en 1989) demandent de nouvelles comparaisons génétiques.
Les parents du petit Grégory, Jean-Marie et Christine Villemin (ici au palais de justice de Dijon en 1989) demandent de nouvelles comparaisons génétiques.  Le Parisien

Dans cette affaire si ancienne et plombée par le poids du silence, le salut viendra-t-il de la science? Ce mercredi, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Dijon (Côte-d'Or) doit se prononcer sur les dernières demandes formulées par Christine et Jean-Marie Villemin, les parents du petit Grégory. Le 16 décembre, les avocats des parents du garçonnet retrouvé pieds et poings liés dans les eaux de la Vologne (Vosges) le 16 octobre 1984 ont sollicité une nouvelle série d'expertises scientifiques. « Il faut absolument tout tenter pour essayer de résoudre ce crime abominable : l'assassinat d'un enfant de 4 ans », insiste Me François Saint-Pierre, l'un des conseils du couple Villemin.

Ces demandes portent notamment sur de nouvelles comparaisons génétiques. Neuf profils ADN inconnus ont été isolés dans le dossier : des empreintes relevées sur des lettres du corbeau, sur l'embout de la seringue d'insuline qui a pu servir à endormir l'enfant ou bien sur des vêtements. Les comparaisons avec le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) n'ont jusqu'ici jamais « matché ». Pas plus qu'avec les personnes dont le profil a été prélevé depuis le début de l'enquête.

« Mais, pour une affaire de cette ampleur, le nombre de prélèvements est relativement faible, plaide Me Marie-Christine Chastant-Morand, l'avocate historique du couple. Il n'y en a eu que 373 dont 244 n'ont servi qu'à éliminer d'éventuelles pollutions de scellés (des magistrats, des gendarmes etc.). Au final, cela ne fait que 129 personnes dont une centaine de la cellule familiale plus ou moins éloignée. Nous avons sollicité le prélèvement de 37 nouvelles personnes, principalement dans le milieu professionnel des protagonistes de l'époque. »

Afin d'élargir les chances d'aboutir, les parents de Grégory ont également demandé une « recherche en parentèle » dans le FNAEG. Il s'agit de rechercher des comparaisons entre une empreinte génétique avec d'autres susceptibles d'être issues de la même parenté. L'ADN d'une personne étant composé à parts égales de l'héritage maternel et de l'héritage paternel, des comparaisons élargies sont possibles. Le recours à cette technique avait notamment permis de faire progresser l'enquête sur le meurtre d'Élodie Kulik en 2002 dans la Somme.

Le portrait-robot génétique

Dans la même veine, les époux Villemin ont sollicité le recours à la technique du portrait-robot génétique. Il s'agit, à partir d'une empreinte ADN, de définir les traits morphologiques (couleur des yeux, des cheveux…) de son propriétaire. Toujours dans une perspective scientifique mais dans un autre domaine, les parents de Grégory ont souhaité de nouvelles comparaisons sur le papier des lettres du corbeau. « Deux rapports ont fait état de défauts d'impression, constate Me Chastant-Morand. Cela pourrait être intéressant de faire des comparaisons avec les cahiers retrouvés chez les uns et les autres. »

Le parquet général s'est montré globalement favorable à ces demandes lors de l'audience. « S'il en était besoin, je redis toute notre détermination pour faire tout ce qui sera possible, dans cette affaire, pour découvrir la vérité », a indiqué le procureur général de Dijon, Thierry Pocquet du Haut-Jussé dans une récente interview accordée à nos confrères de l'Est républicain.

Il est enfin une autre expertise particulièrement attendue. Il y a trois ans, la précédente juge en charge de l'enquête avait commandé une expertise en « stylométrie » à un laboratoire suisse. Cette technique novatrice permet d'attribuer un texte à son auteur à partir de la sémantique et de la syntaxe d'un texte. Comme Le Parisien l'avait révélé, cette analyse mettrait en cause un acteur clé du dossier. Mais c'est aussi une méthode si iconoclaste qu'elle suscite déjà de vives critiques. De manière surprenante, le rapport n'a toujours pas été versé au dossier.

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« Comme c'est une technique très rarement utilisée, le juge a souhaité avoir des informations complémentaires sur la méthode employée », avance une source proche du dossier. Nul doute en effet que les conclusions de cette expertise seront largement discutées. Une demande de contre-expertise n'est d'ailleurs pas à exclure le moment venu.

L'enquête sur le décès de Grégory avait connu une brusque accélération en juin 2017 lorsque Marcel et Jacqueline Jacob, le grand-oncle et la grand-tante de l'enfant, avaient été mis en examen pour « enlèvement et séquestration suivi de mort ». L'hypothèse privilégiée est alors celle d'un crime collectif. L'année suivante, ces mises en examen avaient été levées pour des raisons de procédure. Mais depuis quelques semaines, l'enquête est à nouveau dans une phase active.