Les appartements de location abritaient des tripots éphémères

Des organisateurs de parties de poker clandestines dans le sud de Paris louaient des appartements sur des plates-formes Internet pour éviter les policiers. Ils ont été interpellés samedi soir.

 Le recours à des logements loués pour quelques jours est une première dans le cadre d’une affaire de jeux illégaux.
Le recours à des logements loués pour quelques jours est une première dans le cadre d’une affaire de jeux illégaux. LP/Jean-Baptiste Quentin

C'est un appartement lambda du XIIIe arrondissement proposé, comme des milliers d'autres à Paris, à la location sur des plates-formes Internet. Samedi soir, convaincus depuis plusieurs mois qu'une équipe organisait des parties de poker illégales, une quinzaine de policiers du Service Central des Courses et Jeux (SCCJ) ont investi les lieux et découvert une véritable salle de jeu clandestine.

« Tout était propre, souligne une source proche de l'enquête. Les organisateurs faisaient ça bien pour rappeler aux joueurs le confort des cercles de jeu. » Autour de la table, une dizaine de joueurs et plus de 3000 euros en liquide. Preuve du sérieux des parties organisées clandestinement, celle qui donnait les cartes est… croupière professionnelle en poste dans un établissement légal. Outre cette jeune femme, trois hommes âgés de 25 à 31 ans ont été déférés lundi. Les joueurs ne sont, eux, pas poursuivis.

En novembre dernier, les policiers de la PJ parisienne obtiennent un tuyau : tous les vendredis et samedis soir, des amoureux du poker se réuniraient dans le sud de Paris pour jouer de l'argent. La fermeture des clubs de jeu en raison des mesures sanitaires, la récente obligation de présenter des papiers en règle pour jouer dans la capitale ou encore l'interdiction de fumer dans les salles de jeu, semble ainsi avoir donné envie à quelques amoureux des cartes de contourner les règles.

Les joueurs prévenus des parties sur les réseaux sociaux

Mais contrairement à nombre de tripots clandestins qui se tiennent dans l'arrière-salle de bars, les organisateurs de cette partie clandestine ont innové. « Ils louaient un appartement sur des plates-formes Internet, souligne une source proche de l'enquête. Cela permettait de changer de lieux tous les week-ends et de ne pas éveiller les soupçons. » Fréquent dans les affaires de prostitutions ou des fêtes clandestines, ce recours à des logements loués pour quelques jours est une première dans le cadre d'une affaire de jeux illégaux. Les organisateurs se chargeaient de transformer l'appartement en salle de jeu, apportant les cartes, la table à jouer ou les jetons…

Quelques heures avant la partie, les joueurs étaient prévenus sur les réseaux sociaux. Certains habitués étaient même alertés en cours de partie qu'un joueur peu en veine venait de laisser sa place à la table. Pendant des semaines, leur ballet est surveillé par les enquêteurs.

Samedi soir, les policiers du SCCJ passent à l'action. Une croupière et un organisateur présumé sont placés en garde à vue. Le dimanche matin, trois autres personnes chargées de la logistique ou de louer les appartements sont interpellées. Sur leurs comptes en banque, les policiers ont découvert plus de 30000 euros, preuve du caractère lucratif des parties. Quatre des organisateurs seront prochainement jugés pour « réalisation et organisation d'opérations de jeux de hasard ou d'argent prohibés en bande organisée », précise le parquet de Paris.