Les anti-avions convoquent le réchauffement climatique à leur procès

Jugés ce lundi pour s’être introduits sur un aéroport à Bordeaux et perturbé le trafic aérien, des jeunes militants écologistes ont justifié leur action par les menaces sur la planète.

 Les jeunes prévenus qui avaient envahi l’aéroport en octobre dernier ont reçu avant la séance du tribunal de Bordeaux le soutien de militants écologistes.
Les jeunes prévenus qui avaient envahi l’aéroport en octobre dernier ont reçu avant la séance du tribunal de Bordeaux le soutien de militants écologistes. Twitter/@xr France

Ils risquent jusqu'à cinq ans de prison et 18 000 euros d'amende pour s'être introduits, le 3 octobre dernier, sur le tarmac de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac (Gironde). Malgré tout, Alexandra, Gaëtan, Amilcar, Thomas, Juliette, Lucie et Marie-Alexandra, une jacinthe fraîche accrochée au manteau, affichaient un sourire derrière leur masque ce lundi après-midi avant de comparaître devant le tribunal correctionnel de Bordeaux. « On savait ce que l'on risquait en menant cette action », pointe Juliette, 31 ans, artisane en maroquinerie. « Les enjeux sont dérisoires à côté de ce qui attend la planète si on ne réduit pas le trafic aérien, à l'origine de 5 % du réchauffement climatique mondial », ajoute Amilcar, 35 ans, fonctionnaire et conseiller municipal d'opposition à Talence, près de Bordeaux.

Le 3 octobre 2020, avec leurs cinq autres camarades, ils ont franchi, à l'aide d'une échelle, les grilles et barbelés de l'aéroport pour atteindre le tarmac en marge d'une « marche sur les aéroports » organisée par l'ANV-COP21 (Action non-violente) et Extinction Rebellion sur une dizaine de sites en France pour réclamer une réduction du trafic aérien. Arrêtés par la gendarmerie sur la piste après y être restés six minutes, ils passeront six heures en garde à vue avant d'être convoqués devant le tribunal pour entrave à la circulation d'un aéronef : un avion avait dû retarder son atterrissage.

Pour Claire, la mère d'un des prévenus, présente devant le tribunal, « il faut soutenir nos enfants à se lancer dans la désobéissance civile, notre génération a loupé le coche, mais aujourd'hui il ne suffit plus de marcher mais d'agir, le temps presse ».

«Une cause noble», mais des règles à respecter

A la barre, Didier Swingedouw, chercheur au CNRS et membre du GIEC, est venu témoigner de l'urgence d'agir. « Si on dépasse les 2 °C de réchauffement, les milieux marins vont monter de plusieurs mètres », alerte le climatologue. « Est-ce que faire tourner un avion et donc consommer du kérosène durant neuf minutes de plus a changé quelque chose? » grince le président. Les prévenus, aux casiers judiciaires vierges, répondent posément. L'une d'entre eux retrace devant la juridiction la chronologie des accords passés pour protéger la planète, un autre redit l'urgence de la situation. « On a marché, manifesté, signé des pétitions, on a vu les propositions de la convention citoyenne pour le climat être mises sous le tapis, on a épuisé tous les recours. »

« Personne ici ne peut dire que vous ne défendez pas une cause noble », s'élance le procureur qui insiste sur le délit à juger : l'entrave à la navigation d'un avion. « Profiter de ce moment pour en faire une tribune politique n'est pas de bon aloi. Si n'importe qui enfreint la loi pour défendre une cause c'est l'anarchie », insiste Sébastien Farfart qui a requis une amende de 400 ou 500 euros intégralement assortie d'un sursis simple.

L'avocat des militants a fait un parallèle avec le procès des faucheurs d'OGM, « où la crainte que ça se réalise n'était pas suffisante. Aujourd'hui le péril n'est plus hypothétique, même l'Etat a reconnu la réalité du danger que représente l'émission de gaz à effet de serre », martèle Me Galinat avant de rappeler les manquements de la France à respecter ses engagements. « On ne compte plus les actions judiciaires, les amendements pour tenir le climat entre nos mains encore quelques années », a conclu l'avocat avant de demander la relaxe. Le jugement a été mis en délibéré au 29 mars.