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Le meurtrier présumé d’Amandine Estrabaud devant les assises

La cour d’assises d’Albi (Tarn) juge à partir de ce jeudi Guerric Jehanno, accusé d’enlèvement, séquestration, viol et meurtre. Amandine Estrabaud, 29 ans, a disparu à son domicile de Roquecourbe le 18 juin 2013. Son corps n’a jamais été retrouvé.

 Amandine Estrabaud a disparu le 18 juin 2013. Elle avait 29 ans.
Amandine Estrabaud a disparu le 18 juin 2013. Elle avait 29 ans.  DR

Depuis sept ans, Monique Sire, cette habitante de Roquecourbe, près de Castres (Tarn), est sans nouvelles de sa fille, disparue de son domicile de Cantegaline, à quelques kilomètres du village. Elle avait 29 ans. Du 8 au 14 octobre, cette mère sera partie civile au procès de son meurtrier présumé, Guerric Jehanno, jugé par la cour d'assises d'Albi pour « enlèvement, séquestration, viol et meurtre ». « J'attends de ce procès que la justice soit rendue, que Guerric Jehanno dise où est le corps de ma fille », confie la mère d'Amandine Estrabaud.

Le 18 juin 2013, Amandine quitte le lycée de Castres où elle travaille comme assistante d'éducation pour rentrer en stop dans le village où elle habite depuis quelques mois. Personne ne l'a jamais revue. Inquiets, ses proches préviennent rapidement les gendarmes qui notent ce jour-là des traces de véhicule près de sa maison, dont la porte est trouvée grande ouverte. Une boucle d'oreille et une chaussure d'Amandine sont aussi découvertes.

Durant trois ans, les enquêteurs ont examiné les profils de 52 suspects potentiels. Plusieurs indices les mènent finalement à Guerric Jehanno, un maçon qui travaillait sur un chantier proche de la maison de la victime le jour de sa disparition. Après une première garde à vue en juin 2014, cet ami du frère d'Amandine, résidant lui aussi à Roquecourbe, est mis en examen et placé en détention en avril 2016.

Des confidences à quatre codétenus

Si cet homme, aujourd'hui âgé de 32 ans, a toujours assuré être innocent, Monique Sire reste persuadée de sa culpabilité. « J'ai lu le dossier d'instruction et je n'ai aucun doute même si aucune trace d'ADN et de corps n'a été retrouvée, assure la mère d'Amandine. Ma fille n'est pas partie volontairement, elle venait de se séparer de son copain mais avait des projets, elle voulait vendre sa maison. Toutes les autres pistes ont été refermées. Après sa disparition, il a eu un comportement bizarre, tombant en dépression et disant à sa mère qu'il n'était pas un assassin. Ce qui est sûr, c'est qu'Amandine a été agressée par quelqu'un qu'elle connaissait. »

Guerric Jehanno savait qu'Amandine venait de se séparer, il aurait eu le béguin pour elle à une époque. En détention, il aurait fait des confidences à quatre codétenus sur la disparue, dessinant un plan du lieu où il aurait enterré Amandine, dans une forêt du Sidobre. Des confessions jamais réitérées devant les juges d'instruction.

Malgré des recherches, aucun corps n'a été retrouvé. Maître Pierre Debuisson, l'avocat de Monique Sire, attend le procès pour confronter Guerric Jehanno à ces éléments troublants. « Tout converge vers une suspicion forte envers lui, détaille-t-il, insistant sur les aveux aux codétenus et le repérage en amont de la maison de la victime. Je pense qu'il a tenté une approche de séduction, en isolant Amandine derrière la maison, où des traces de lutte ont été constatées, mais comme c'est une femme qui avait du caractère, elle l'a rejeté, il a vu rouge, il a dû perdre son sang-froid. »

Aucune preuve tangible, selon l'avocat de l'accusé

Des accusations qui font bondir Simon Cohen, le conseil de Guerric Jehanno, qui argue de l'absence de preuves tangibles : pas de traces de sang, pas un bout de tissu, pas un cheveu de la disparue. « Il n'y a rien contre ce jeune homme puisque aucun élément n'a apporté la preuve certaine de la disparition de la victime, martèle-t-il. On fait comme si elle avait été tuée pour trouver un assassin. Il n'y a pas de témoin, pas de mobile, pas de corps, pas un indice matériel. »

« Guerric Jehanno n'a fait d'aveu à personne et encore moins à des codétenus qui ont un intérêt dans ces témoignages, poursuit l'avocat. La forêt a été fouillée et rien n'a été trouvé. La présomption d'innocence veut que l'on doute des indices et que l'on adhère au doute. On fait actuellement l'inverse. On adhère aux indices et l'on doute du doute. » Guerric Jehanno encourt la réclusion criminelle à perpétuité.