Le meurtrier de Véronique Duchesne sera-t-il retrouvé?

Dix ans après la découverte du corps de cette agente immobilière de 47 ans, retrouvée étranglée dans les Côtes-d’Armor, les investigations reprennent.

Le meurtrier de Véronique Duchesne sera-t-il retrouvé?

Dix ans jour pour jour après la disparition tragique de Véronique Duchesne, une élégante agente immobilière de 47 ans, la plage de la Comtesse, à Saint-Quay-Portrieux (Côtes-d'Armor), n'a pas beaucoup changé. En octobre 2010, cet îlot apprécié des promeneurs était le théâtre d'un meurtre qui n'a toujours pas été élucidé. Une nouvelle juge d'instruction vient de relancer des investigations. Trois magistrats instructeurs se sont déjà succédé en une décennie, des dizaines de pistes ont été étudiées avec écoutes téléphoniques, enquêtes de voisinage, recherches tous azimuts pour tenter de trouver qui a tué Véronique Duchesne.

Au printemps dernier, sa famille saisit un nouvel avocat pour relancer la machine judiciaire. Après avoir épluché les 7 000 cotes du dossier, Me Jean-Guillaume Le Mintier demande l'ouverture d'autres commissions rogatoires pour éclaircir des zones d'ombre. Lucie Carre, nouvelle juge d'instruction à Saint-Brieuc en charge du dossier, relance le dossier. « On a envie que ça bouge, explique la fille de la victime, lasse d'attendre. La gendarmerie a fait un travail extraordinaire. On aimerait que tout cela débouche, l'espoir est revenu de voir un jour un procès. »

En août 2011, le conjoint de Véronique Duchesne avait été placé sous le statut de témoin assisté, un statut intermédiaire entre le simple témoin et la mise en examen. Selon l'avocat de ce dernier, Me Richard Forget, le mis en cause, toujours témoin assisté à ce jour, est « content qu'on puisse enfin découvrir qui a tué sa femme. Lui qui sait qu'il n'a rien à se reprocher ». Il ne voit cependant pas comment « il y aurait plus d'éléments maintenant qu'il n'y en a eu à l'époque ».

Le couple endetté jusqu'au cou

Ce 6 octobre 2010, Véronique Duchesne, vêtue avec soin comme souvent, était vue pour la dernière fois par un promeneur sur la plage de la Comtesse, marchant vers la presqu'île accessible à marée basse. Elle aimait se rendre là, derrière les rochers, pour se ressourcer, bouquiner quand le temps le permettait ou simplement admirer la mer. Ce jour d'automne, elle est accablée par les problèmes. Elle vient de se disputer avec son mari à propos d'une procédure judiciaire lancée contre lui pour escroquerie.

Lui aussi dans l'immobilier, le mari a accumulé les déboires et est sous le coup d'une interdiction de gérer l'agence qu'ils tiennent ensemble. Sa femme est la responsable de leur affaire dans les faits et cet entremêlement des fonctions et des responsabilités entraîne Véronique Duchesne dans les ennuis financiers de son époux. Le couple est endetté jusqu'au cou. Depuis quelque temps, la quadragénaire prend des antidépresseurs pour tenir. On en retrouvera à très forte dose lors de l'autopsie.

En début d'après-midi, son mari l'appelle « pour savoir où elle est ». Vers 16 heures, il téléphone de nouveau à sa femme pour prendre des nouvelles. Sans réponse, il contacte le frère de cette dernière pour savoir s'il a des informations. Mais plus personne ne l'a vue depuis qu'elle a acheté un paquet de cigarettes et s'est dirigée vers l'îlot de la Comtesse, où un témoin l'a aperçue à 14h23.

Son visage est tuméfié, elle a été étranglée

Son corps sera retrouvé trois jours plus tard, flottant à la pointe du Minard à Plouézec. Son visage est tuméfié. La famille pense au suicide, mais des traces de strangulation orientent les gendarmes vers une agression. L'autopsie révélera qu'il n'y avait pas d'eau dans ses poumons. Véronique Duchesne ne s'est pas donné la mort mais a été étranglée.

L'enquête se dirige vers le mari. Le trou de deux heures dans son emploi du temps correspond à l'heure de la mort présumée. Pour savoir où et quand Véronique Duchesne a été tuée, les gendarmes de la section de recherches de Rennes jettent des mannequins à l'eau afin de reconstituer la dérive d'un corps en fonction des courants et des marées. Ils multiplient les investigations, vérifient les sorties d'hôpitaux psychiatriques de la région, écartent les pistes farfelues, les dénonciations, ferment les portes les unes après les autres.

Le procureur de la République de Saint-Brieuc avait déclaré dans Ouest-France en 2017 : « On est face à un homicide, mais nous n'avons jamais trouvé l'auteur. Il y a eu un suspect, mais nous n'avons pas pu prouver son implication. » Un non-lieu a même un temps été envisagé, mais au final n'a jamais été pris, laissant la porte ouverte à de nouvelles investigations.

De son côté, le mari a toujours nié être impliqué dans la mort de son épouse. Il défend la thèse qu'elle aurait fait « une mauvaise rencontre » comme le rapporte son avocat. Une position qui ne convainc pas le conseil des enfants de la victime : « Son téléphone borne bien sur la plage au moment du décès », explique Me Le Mintier. Il avance l'hypothèse d'une dispute conjugale qui aurait pu mal tourner.

Les nouvelles investigations permettront-elles de faire la lumière sur ce meurtre ? La famille de la victime l'espère pour obtenir la vérité sur la mort de cette femme « toujours bien habillée et maquillée, qui faisait bonne figure même dans les moments difficiles ».