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Le chantre de «l’aïki-thérapie» mis en examen pour viols et actes de barbarie

L’homme, un ancien journaliste, a été incarcéré la semaine passée à Toulouse. Plusieurs jeunes personnes, dont les filles de sa compagne, elle aussi sous les verrous, ont dépeint avoir subi des violences, voire des viols.

 Le suspect a notamment été mis en examen pour des viols quotidiens qu’il aurait commis sur la fille de sa compagne âgée à l’époque de 17 ans. (Illustration)
Le suspect a notamment été mis en examen pour des viols quotidiens qu’il aurait commis sur la fille de sa compagne âgée à l’époque de 17 ans. (Illustration) AFP/Yasuyoshi Chiba

Nul doute que ce quinquagénaire aux cheveux ébouriffés a pu exercer un certain magnétisme sur ceux qui l'entourent. Professeur d'aïkido, ancien journaliste clamant être passé par de prestigieux médias tels que Charlie Hebdo ou Libération, auteur de trois livres portant sur le nucléaire et l'« aïki-thérapie », une pratique respiratoire de son cru, l'homme aux multiples casquettes sait se mettre en avant dans son quotidien, comme sur Internet. Une facette bien plus sombre et préoccupante du personnage a pourtant été déterrée par les enquêteurs du service régional de police judiciaire de Toulouse. Ils l'ont interpellé la semaine passée, - lors d'une arrestation mouvementée, avec le soutien des policiers de la BRI - dans l'Orne, où il vivait depuis quelques mois, comme l'ont révélé dimanche nos confrères de la Dépêche du Midi.

Après deux jours de garde à vue, l'homme a, selon nos informations, été mis en examen pour des « viols avec torture ou actes de barbarie », qu'il aurait régulièrement commis sur la fille de sa compagne âgée à l'époque de 17 ans, des « tortures ou actes de barbarie » et « privation de soins » répétés sur elle et ses deux sœurs encore mineures, ainsi que pour le viol d'une de ses élèves d'aïkido. Il est aussi soupçonné de violences sur au moins trois autres élèves de son association implantée dans l'Ariège. Sa compagne, une aide-soignante de 51 ans, accusée de complicités de viols, ainsi que de maltraitances similaires sur ses filles, a elle aussi été mise en examen, jeudi soir à Toulouse. Le couple a été placé en détention provisoire.

Une personnalité « brillante », « mais aussi despotique »

Dans ce dossier, que l'avocate de l'ex-journaliste, Me Nathalie Dupont-Ricard, qualifie d'« extrêmement volumineux », avec sa soixantaine d'auditions, transparaît le profil complexe du suspect, qui a nié les faits lors de ses auditions, assurant que les relations sexuelles étaient consenties.

Les enquêteurs décrivent une personnalité « brillante, séductrice, mais aussi despotique, perverse, déviante et extrêmement violente » envers ceux qui l'entourent. Jusqu'à se poser la question d'une domination, proche de celle que pourrait exercer un gourou sur ses adeptes. « C'est un dossier particulier en raison d'une éventuelle emprise, de sa conception de la famille, de la thérapie qu'il exerçait », expose Me Nathalie Dupont-Ricard, qui assure que son client « n'a pas pris la mesure de la gravité des faits qu'on lui reprochait ».

Le parcours de ce père d'un enfant de 20 ans laisse perplexe. Il s'est vanté sur des CV disponibles en ligne d'avoir exercé des professions telles que psychiatre, anthropologue, chercheur au CNRS ou éducateur spécialisé, sans jamais avoir validé aucun de ces diplômes, a appris Le Parisien. Récemment devenu professeur d'aïkido en Ariège, il n'aurait pourtant jamais eu le niveau requis pour enseigner.

Des impostures créées au fil des ans

Plusieurs fois, au fil de son existence, ce natif du Jura a dû quitter précipitamment son lieu de vie, rattrapé par les impostures qu'il avait façonnées. À Paris, ses collègues de France 3 ont fini par découvrir qu'il n'était pas le directeur des programmes qu'il affirmait être. Dans la Drôme, la fédération d'aïkido a aussi constaté un beau jour qu'il avait réussi à acquérir des responsabilités, sans même avoir été licencié.

C'est en Ariège, où le quinquagénaire s'est installé en 2017 après l'incident de la Drôme, que la majorité des faits dénoncés se seraient produits. Il y emménage avec une femme rencontrée, selon l'avocate de cette dernière, lors d'une conférence sur l'aïkido trois ans plus tôt. Cette employée d'un Ehpad a trois filles qu'elle ne voit alors guère, aujourd'hui âgées de 19, 16 et 10 ans. Au fil des mois, selon les témoignages des sœurs, leur mère se met à vouer une admiration sans borne à son compagnon. Elle lui verse de l'argent et accepte de respecter l'emploi du temps millimétré qu'il lui dicte.

Puis, en 2018, les filles rejoignent le couple. Le début de l'enfer pour la fratrie, contrainte, selon ses dires, à cesser toute relation avec l'extérieur. Viennent les privations de repas, les marches de plusieurs kilomètres imposées par le nouveau chef de famille, seules et sans eau, l'obligation de rester des heures sur les genoux… Parfois, les coups qui pleuvent sont aussi assénés par leur mère.

L'aînée, « manipulée » et même « lobotomisée »

Pour l'aînée, le martyr prend une toute autre ampleur. Elle relate avoir été contrainte plusieurs fois par jour, entre août 2018 et novembre 2019, à des relations sexuelles particulièrement violentes avec son beau-père, avec l'assentiment de sa mère. C'est la jeune femme qui donnera l'alerte en portant plainte en janvier dernier à Toulouse, trois mois après avoir claqué la porte du domicile familial. Aux policiers, elle dit avoir été « manipulée » et même « lobotomisée » par lui.

En creusant dans la vie de l'écrivain, les enquêteurs ont aussi pu déterminer que ces violences, notamment sexuelles, ont pu dépasser le cadre familial. Jusqu'à s'immiscer dans le dojo où enseignait le suspect. Lors de son audition, une adhérente a dénoncé avoir subi un viol lorsqu'elle avait 27 ans, alors qu'il exerçait sur elle sa méthode respiratoire, l'aïki-thérapie.

Quel rôle pour la mère de famille ?

Certains élèves dépeignent aussi des violences. L'un dit avoir eu peur que son enseignant ne lui casse le poignet. « Il me faisait saigner du front à force de m'appuyer la tête sur le tatami », lâche aussi un jeune, âgé de 14 ans à l'époque des faits. D'autres maltraitances ont-elles pu avoir lieu précédemment, dans une des 1000 autres vies, réelles ou fantasmées, du suspect ?

C'est un des nombreux points que doivent encore établir les enquêteurs. Il leur faudra aussi déterminer le rôle exercé par sa compagne. Cette femme, dépeinte par ses proches comme dépressive et fragile, est à ce stade soupçonnée d'avoir laissé ses filles à la merci de son compagnon, en minimisant leur détresse. « L'emprise ressort assez clairement dans ce dossier, l'enquête a révélé beaucoup de choses sur ce monsieur qui s'est construit tout un personnage qui s'écroule désormais », insiste l'avocate de la mère de famille, Me Julie Racoupeau. « Lui est quelqu'un qui exerce une certaine fascination sur les gens qu'il côtoie et sur elle, clairement. Il reste à faire le point sur son rôle à elle. L'instruction permettra de faire la lumière sur capacité de discernement, de jugement ».