La mort absurde de Joaquim à Montpellier devant la justice

Cet étudiant de 20 ans avait été poignardé à mort en pleine rue en 2017, après une futile altercation. Son meurtrier présumé, un marginal récidiviste jugé à partir de ce lundi, nie l’intention homicide. Ce drame avait provoqué un choc à Montpellier.

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 Le 2 novembre 2017, Joaquim Tougeron était tué de plusieurs coups de couteau dans le centre de Montpellier. Le procès de son meurtrier présumé s’ouvre ce lundi devant la cour d’assises.
Le 2 novembre 2017, Joaquim Tougeron était tué de plusieurs coups de couteau dans le centre de Montpellier. Le procès de son meurtrier présumé s’ouvre ce lundi devant la cour d’assises. PhotoPQR/Le Midi Libre/François Barrère

La scène est d'une violence inouïe, stupéfiante par sa soudaineté. Elle a été filmée le soir du 2 novembre 2017 par la vidéosurveillance du Carrefour City de la rue Saint-Guilhem, dans le centre de Montpellier (Hérault). Sous l'œil froid et clinique de la caméra, un homme surgit subitement dans le cadre, court vers deux personnes dans la rue, empoigne l'une d'elles et lui porte violemment des coups de couteau au thorax avant de fuir. Il est exactement 21h52 et 58 secondes, Joaquim Tougeron, 20 ans, s'écroule, le cœur mortellement transpercé. Il est déclaré mort par les secours à 22h30.

Comment en est-on arrivé à un tel drame ? Ce sera l'objet des débats qui démarrent ce lundi devant la cour d'assises de Montpellier. Mohammed Guendouz y est jugé pour assassinat. C'est la thèse de l'accusation : cet homme aujourd'hui âgé de 32 ans a prémédité son geste. Lui nie, assure qu'il ne faisait que se défendre à la suite d'une altercation avec la victime.

Tout s'est noué en dix minutes. Avant les faits, Joaquim Tougeron et Mohammed Guendouz ne se connaissaient pas. Le jeune homme de 20 ans, étudiant en géographie, vient d'emménager dans le quartier pour ses études. La vie s'annonce heureuse pour lui. Ce soir-là, il voulait montrer son appartement à sa petite amie. Au niveau du Carrefour City, une dispute éclate entre les deux qui sont décrits « comme fous amoureux » par leurs proches.

Un des coups atteint le cœur

Mohammed Guendouz, qui habite dans le quartier, s'interpose, le ton monte entre les deux hommes. Guendouz affirme que l'étudiant l'a frappé en premier, ce que semble démentir la vidéo où on le voit porter un coup à Joaquim avec un objet. Plusieurs témoins tentent de les séparer puis finalement chacun repart de son côté.

Dix minutes plus tard, Mohammed Guendouz surgit dans la rue où Joaquim avait demandé à un passant d'utiliser son téléphone pour appeler sa petite amie, et il poignarde à deux reprises l'étudiant avant de s'enfuir. Un des deux coups est porté avec une telle violence qu'il transperce la poitrine de Joaquim et atteint le cœur.

L'enquête est rapide : les investigations établissent que Mohammed Guendouz a regagné brièvement son domicile après l'altercation, avant d'en ressortir aussitôt pour se rendre, sans chaussures, au Carrefour City qui vient de fermer. Il se jette contre les portes, puis se met à courir et rattrape Joaquim. Guendouz affirme qu'il aurait poignardé le jeune homme parce que celui-ci venait de l'agresser. Une version totalement démentie par la vidéo mais aussi par les différents témoignages. Malgré ces éléments accablants, le meurtrier est resté sur sa position. Pour le parquet, Guendouz a prémédité son geste, est remonté dans son appartement pour prendre un couteau, et a attaqué délibérément le jeune homme.

Déjà plusieurs condamnations pour des agressions au couteau

« La famille est anéantie, le procès va être un moment difficile pour elle, explique maître Luc Abratkiewicz, qui défend les proches de Joaquim. Ils ont le courage de venir témoigner pour leur enfant, et aussi pour comprendre comment celui qui l'a tué a pu en arriver là. » Au moment des faits, Mohammed Guendouz n'est pas un inconnu de la justice. Son casier montre six condamnations entre 2010 et 2015, plusieurs pour des agressions au couteau.

Un temps mis en examen pour tentative de meurtre dans les Hauts-de-Seine, il avait finalement été condamné à deux ans de prison pour violences avec armes. A Montpellier, il a aussi été condamné en 2015 pour avoir blessé à coups de couteau deux personnes dans la rue. Là encore, malgré des éléments de vidéosurveillance, il avait nié être en possession d'une arme et affirmé que c'est lui qui avait été agressé. L'expertise psychologique décrit un homme « irritable, impulsif ». « Une violence qui échappe à son contrôle, ce qui le rend dangereux pour autrui. »

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Cette instabilité aurait-elle dû nécessiter des peines plus contraignantes lors des dernières condamnations de Mohammed Guendouz ? Ce sera certainement une des questions à ce procès. A l'époque, il avait été décrit comme « une bombe à retardement » et ses voisins le craignaient. L'un d'entre eux a même raconté aux enquêteurs avoir été blessé au couteau par Mohammed Guendouz. Mais il n'avait pas porté plainte.

Un souvenir douloureux dans la ville

Maître Jacques Martin, avocat à la longue carrière pénale et ancien bâtonnier, a accepté de reprendre en urgence la défense du meurtrier présumé. Il n'est pas question pour lui évidemment de nier les coups de couteau. « Ce sera aussi le procès de l'indifférence, et des ruptures, celles qui ont émaillé le parcours de M. Guendouz. Il a été contraint par sa famille de venir en France en provenance des Aurès en Algérie, cela a été le drame de sa vie. Il ne parlait pas français en arrivant. Il était pourtant parvenu à fonder une famille, avoir une enfant avant d'être rejeté. Encore une rupture », avance l'avocat.

A Montpellier, l'audience devrait raviver un souvenir douloureux dans la ville, où la mort incompréhensible d'un jeune étudiant avait choqué la population et provoqué des rassemblements en sa mémoire.