La justice ordonne la restitution de toiles de Derain aux héritiers d’un marchand d’art juif spolié

La petite fille de René Grimpel se bat depuis des années pour récupérer ces tableaux.

 La cour a infirmé le jugement du tribunal correctionnel qui avait refusé en août 2019 la restitution des trois œuvres de Derain.
La cour a infirmé le jugement du tribunal correctionnel qui avait refusé en août 2019 la restitution des trois œuvres de Derain.  AFP/John MACDOUGALL

L'Etat va devoir se séparer de trois des œuvres du peintre fauviste. Dans un arrêt publié ce mercredi, la cour d'appel de Paris a décidé de condamner l'Etat à restituer trois toiles d'André Derain aux héritiers de René Gimpel, grand collectionneur d'art juif spolié pendant la guerre.

Selon l'arrêt, la cour a infirmé le jugement du tribunal correctionnel qui avait refusé en août 2019 la restitution des trois œuvres, « Paysage à Cassis », « La Chapelle-sous-Crecy » et « Pinède, Cassis », conservées au musée d'art moderne de Troyes et au musée Cantini de Marseille.

Il existe des « indices précis, graves et concordants » selon lequels les trois tableaux sont bien ceux qui ont été spoliés et « dont la vente est nulle », en application de l'ordonnance du 21 avril 1945, écrit la cour dans sa décision. En première instance, le tribunal avait jugé au contraire qu'il subsistait des « incertitudes persistantes quant à l'identification des tableaux », qui ont voyagé, changé de nom, parfois été rentoilées au fil des décennies.

« On est très contents d'être reconnus »

« C'est formidable », s'est félicitée l'avocate des héritiers, Corinne Hershkovitch, qui avait entamé en 2013 des démarches auprès des musées. « La cour nous a suivis sur des points qu'on avait mis en avant et on est très contents d'être reconnus », a-t-elle ajouté. Les descendants du galeriste parisien attendent encore de récupérer l'ensemble des œuvres spoliées ou disparues dans le tumulte de la guerre. Après des années d'enquête, ils avaient affirmé avoir retrouvé les Derain, acquis par leur aïeul lors de la vente de la collection Kahnweiler en 1921 à Paris.

René Gimpel, un des plus grands collectionneurs d'art du début du XXe siècle, résistant, avait fui Paris en octobre 1940 pour la Riviera française. Arrêté en 1944 et déporté au camp de Neuengamme, il est mort en janvier 1945.

« Il faut s'accrocher pour prouver la mauvaise foi des acheteurs »

Claire Grimpel, l'une de ses petites-filles, tient tête depuis plusieurs années à l'Etat français, afin qu'elle et les quatre autres petits enfants puissent récupérer ces trois toiles exposées. En tout, les nazis ont fait main basse sur 82 caisses comportant plusieurs objets, meubles et tableaux. « Nous avons fourni au ministère de la Culture tous les éléments prouvant la spoliation », nous assurait-elle l'an passé.

« Il faut s'accrocher pour prouver la mauvaise foi des acheteurs et des intervenants ! La majorité des affaires se terminent au civil avec un arrangement financier », avait aussi commenté Jean-Luc Boyer, commandant de police à l'OCBC (Office central de lutte contre le trafic des biens culturels), à propos de ce dossier, qui se solde finalement par une décision en faveur de la famille Grimpel.