L’effroyable fin de l’un des cerveaux du gang des Pink Panthers

Milan Ljepoja était l’un des pivots du redoutable gang qui a dévalisé plus de 300 bijouteries à travers le monde au début des années 2000. Il avait été un temps incarcéré à la Santé. Il a été torturé et assassiné par un clan rival en Serbie.

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 De Milan Ljepoja, les policiers serbes n’ont retrouvé que quelques traces ADN et des vêtements brûlés.
De Milan Ljepoja, les policiers serbes n’ont retrouvé que quelques traces ADN et des vêtements brûlés. DR

Le beau Danube bleu a pris les couleurs pourpres du sang. Milan Ljepoja, l'un des braqueurs les plus audacieux de ces dernières décennies, a été sauvagement assassiné à Ritopek, dans la banlieue de Belgrade, sur les rives du célèbre fleuve. Torturé. Liquidé. Dissout. Il était l'un des cerveaux du redoutable gang des Pink Panthers, ces braqueurs des Balkans qui ont donné des cauchemars aux bijoutiers et aux policiers de la planète au début des années 2000.

De lui, les policiers serbes n'ont retrouvé que quelques traces ADN et des vêtements brûlés dans une bâtisse rebaptisée « maison de l'horreur ». Là, pendant 24 heures, ce colosse de 1,92 m a été torturé puis démembré par les partisans d'un clan rival dont les principaux représentants viennent d'être arrêtés.

Milan Ljepoja n'avait plus donné signe de vie depuis le 9 décembre, quand il avait quitté sa ville natale de Nis, au sud du pays, pour se rendre à un rendez-vous à Belgrade. Tombé dans un véritable guet-apens, il a été conduit dans cette maison de Ritopek où Veljko Belivuk, mafieux local, et ses hommes l'ont supplicié pendant de longues heures. Une fin barbare, à 44 ans, pour cet homme qui était entré avec fracas dans le « Who's Who » des braqueurs mondiaux.

300 vols à main armée dans 35 pays différents

Son « chef-d'œuvre », il l'avait signé le 15 avril 2007 à Dubaï. Ce jour-là, avec sa compagne et trois autres complices, ils avaient dévalisé la bijouterie Graff du « Wafi Mall », un luxueux complexe de la capitale des Emirats Arabes Unis. Aux volants de deux Audis, ils avaient fait irruption à l'ouverture de la gigantesque galerie dans un fracas de vitrines brisées. Moins de trois minutes plus tard, le gang était reparti avec un butin de 11 millions d'euros en poche et, quelques heures plus tard, l'équipe quittait le pays sans être inquiétée.

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Les Pink Panthers entraient ainsi dans la légende en se spécialisant dans les attaques spectaculaires et visant des lieux réputés « inviolables ». Monaco, Paris, Londres, Tokyo, Genève, Saint-Tropez, Courchevel : en une décennie, cette équipe allait commettre près de 300 vols à main armée dans 35 pays différents. Milan Ljepoja était un officier de cette véritable armée composée d'un peu plus de 200 soldats employés au gré des braquages. Pendant longtemps, seul son ADN prélevé sur certaines scènes de crimes trahissait sa présence.

Mais Ljepoja tombe une première fois au Liechtenstein. Il est incarcéré. Pas longtemps. A la faveur d'un transfert, il s'évade avec l'aide de complices qui attaquent le fourgon pénitentiaire comme une vulgaire diligence.

« Un garçon intelligent, polyglotte, séduisant »

En mai 2008, nouvelle déconvenue. Il est interpellé par des gendarmes français et des policiers suisses dans un hôtel de Gex (Ain) près de la frontière… et à proximité des bijouteries genevoises. Confondu par son ADN dans le braquage de Dubaï, sous le coup d'une fiche rouge Interpol, il fait aussi l'objet d'un mandat d'arrêt des autorités dubaïotes qui entendent bien lui faire payer ses « exploits ».

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En attendant son extradition, il est emprisonné à la Santé, à Paris. Me Sandrine Pegand va le défendre à l'époque pour lui éviter d'être envoyé vers les Emirats Arabes Unis. « Je me souviens d'un garçon intelligent, polyglotte, séduisant. Il m'avait dit que malgré toutes ces années de cavale et de prison, il se sentait finalement plus libre que tous ceux qui vivaient de l'autre côté des murs de la prison. » L'avocate lui avait finalement évité ce périlleux voyage vers Dubaï.

Après quelques années à l'ombre, Milan Ljepoja avait regagné la Serbie et sa ville natale de Nis. Mais il n'avait manifestement pas tourné le dos à ses activités criminelles. En Serbie comme ailleurs, les gangs rivaux impliqués notamment dans le trafic de drogue se mènent une lutte sans merci. C'est dans le cadre de ces rivalités que Ljepoja a été supprimé au mois de décembre. Il aura fallu deux mois supplémentaires aux policiers pour retracer sa fin glaçante. Démembré, dissout dans l'acide, il ne restait plus rien ou presque du flamboyant voleur. Juste son ADN. Ce même ADN qui avait fait sa légende et écrit les chapitres les plus spectaculaires de sa carrière.