Justice : l’inventeur d’une méthode antibégaiement relaxé

Christian Boisard, qui avait été jugé le 30 novembre pour exercice illégal de la profession d’orthophoniste, a été relaxé par le tribunal correctionnel de Paris ce mardi.

 Christian Boisard, ancien bègue, dispense des stages de lutte contre le bégaiement depuis dix-huit ans à Paris.
Christian Boisard, ancien bègue, dispense des stages de lutte contre le bégaiement depuis dix-huit ans à Paris.  LP/Aurélie Ladet

Au téléphone, son émotion est palpable. « Je respire mieux », admet Christian Boisard. Pour l'inventeur d'une méthode de lutte contre le bégaiement basée sur le souffle, qu'il a testée avec succès sur lui et qu'il dispense depuis dix-huit ans à Paris, la respiration est vitale. Et depuis quelques heures, l'air a pour lui comme un parfum de victoire. Ce mardi, le tribunal correctionnel de Paris a, en effet, prononcé la relaxe de Christian Boisard qui avait été jugé pour « exercice illégal de la profession d'orthophoniste », le 30 novembre dernier.

« Je suis soul-la-gé. Cette relaxe met fin à l'acharnement dont j'étais victime depuis 2015. Je vous assure, il fallait avoir les nerfs solides pour supporter cela. Je suis passé par tous les états, de la dépression à la gêne respiratoire, mais j'ai tenu », reprend cet ancien bègue en articulant chaque syllabe comme s'il s'agissait de l'un de ses exercices.

S'attire les foudres de la fédération des orthophonistes

Pionnier d'une méthode, dûment déposée en 2002 à l'Institut national de la propriété intellectuelle, Christian Boisard l'a ensuite développé et proposé à des bègues, venant le voir souvent en dernier recours. Au fil des ans, son affaire a prospéré. Christian Boisard a acquis une solide réputation et une notoriété certaine, relayées par son site Internet et les témoignages laudatifs de ses stagiaires, jeunes ou adultes, venant parfois de pays lointains. Ce médiatique personnage a fini par s'attirer les foudres de la Fédération nationale des orthophonistes (FNO) qui a porté plainte en mars 2005, estimant qu'il portait préjudice à la profession et que sa méthode était même « dangereuse » si elle n'est pas accompagnée d'une consultation médicale.

La procédure pénale a été longue et émaillée de rebondissements. En 2016, Christian Boisard s'est retrouvé mis en examen pour « exercice illégal de la profession d'orthophoniste ». Puis il a bénéficié en 2018 d'un non-lieu sur ce point, mais l'appel de la FNO a changé la donne et le mis en examen a été renvoyé devant le tribunal correctionnel par un arrêt de la chambre de l'instruction.

« Durant toute la procédure, M. Boisard n'a jamais été interdit de poursuivre son activité. A son procès, en novembre, le parquet avait du reste estimé que le délit d'exercice illégal n'était pas caractérisé », souligne Me Jean-Marc Descoubes, avocat de Christian Boisard. Le tribunal est allé dans le même sens en relaxant ce mardi le prévenu pour les poursuites principales d'exercice illégal. Il l'a toutefois condamné à une amende de 20 000 euros et une autre de 50 000 euros avec sursis pour « abus de confiance ». « Un défaut d'orthodoxie comptable », balaye Me Descoubes.

«C'est un magicien»

Le jugement rendu par le tribunal, dont les motivations n'ont pas encore été communiquées, donne donc raison à Christian Boisard dans ce litige judiciaire déclenché par certains orthophonistes. « C'est un magicien. Il a trouvé et mis au point une méthode qui a marché sur lui et qu'il transmet à ses stagiaires. Surtout, M. Boisard ne s'est jamais fait passer pour un orthophoniste », appuie Jean-Marc Descoubes qui avoue avoir été « bluffé » par les séances dispensées par l'ancien bègue, séances auxquelles des policiers avaient assisté de leur côté pendant l'enquête.

S'il a accueilli cette décision de justice avec un profond soulagement, Christian Boisard, lui, note que « malgré toutes ces turbulences », les personnes atteintes de bégaiement ne lui ont jamais tourné le dos. Depuis la crise sanitaire, le nombre des stagiaires a simplement dû être adapté aux mesures de distanciation, et certains exercices sont dispensés par visioconférence.