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Journaliste morte à bord du «Nautilus» : les aveux tortueux de Peter Madsen

L’inventeur, qui avait toujours parlé d’accident, a avoué dans un documentaire être à l’origine de la mort de Kim Wall dans son sous-marin… sans toutefois lever les zones d’ombre.

 « J’ai commis le crime, tout est de ma faute », dit Peter Madsen dans un documentaire, sans donner de détails.
« J’ai commis le crime, tout est de ma faute », dit Peter Madsen dans un documentaire, sans donner de détails. EPA/MaxPPP

C'est un aveu tardif, a minima et dénué de remords. Mais un aveu tout de même. Un peu plus de trois ans après le meurtre atroce de la journaliste Kim Wall à bord du sous-marin « Nautilus », Peter Madsen a (enfin) reconnu sa responsabilité dans la mort de la jeune femme, dont le corps dépecé avait été retrouvé en mer en août 2017, au large de Copenhague (Danemark). « Oui », répond simplement Madsen à la question du journaliste Kristian Linnemann dans un documentaire, fruit de plus de vingt heures de discussions téléphoniques et dont la première partie a été diffusée mercredi. « C'est de ma faute si elle est morte. C'est ma faute car j'ai commis le crime, tout est de ma faute », dit-il encore, sans se montrer plus explicite.

Si la culpabilité de l'inventeur de 49 ans faisait en soit peu de doutes, ce revirement fait figure d'événement dans cette affaire hors-norme, la plus retentissante qu'aient connu le Danemark et la Suède (pays d'origine de Kim Wall) depuis longtemps. Condamné à la perpétuité en 2018 pour avoir mutilé à des fins sexuelles, tué puis dépecé la jeune reporter de 30 ans, Peter Madsen avait toujours invoqué un accident, tout en reconnaissant avoir jeté à l'eau le cadavre - « une forme d'hommage », selon lui.

Le corps dépecé de Kim Wall avait été retrouvé en mer au large de Copenhague  en août 2017./EPA
Le corps dépecé de Kim Wall avait été retrouvé en mer au large de Copenhague en août 2017./EPA  

Cet autodidacte, objet de plusieurs documentaires, s'était fait connaître au Danemark en 2009 après avoir construit, avec une poignée de bénévoles, le plus grand sous-marin privé au monde : le « Nautilus », 38 tonnes d'acier et 18 mètres de long, devenu scène de crime. Enregistré à son insu - il a finalement donné son accord à la diffusion -, le condamné le plus célèbre du Danemark avait accepté de s'entretenir avec Kristian Linnemann, arguant qu'il était « prêt à jouer cartes sur table ». Mais le premier des cinq épisodes de « Conversations secrètes avec Peter Madsen » est loin d'avoir livré toute la vérité sur cette nuit du 10 au 11 août 2017.

« Je me souviens de chaque milliseconde de ce voyage en sous-marin », se vante l'intéressé, sans rentrer dans les détails. L'autopsie du tronc et de la tête de Kim Wall n'avait pas permis de déterminer si elle était décédée par strangulation ou décapitation. Quelques heures avant le crime, Peter Madsen avait pourtant effectué sur Internet une recherche au moyen des mots-clés « femme », « décapitation », « agonie ». Son disque dur, retrouvé en perquisition, regorgeait également de vidéos dans lesquelles des femmes sont empalées, pendues, égorgées.

Mais de tout cela, Madsen ne dit rien. « Je ne sais pas ce qui a causé la mort de Kim, concrètement, spécifiquement et physiologiquement », assure-t-il dans ce premier épisode. Rien non plus sur les mutilations subies par Kim Wall - certaines de son vivant - dans ses parties génitales. Au procès, l'homme avait nié avoir assouvi un fantasme sordide et juré, outré, qu'il n'y avait « rien d'excitant à découper un corps ».

Peter Madsen avait embarqué Kim Wall sur le « Nautilus », ce sous-marin que l’inventeur a construit lui-même./DPA/Picture-alliance
Peter Madsen avait embarqué Kim Wall sur le « Nautilus », ce sous-marin que l’inventeur a construit lui-même./DPA/Picture-alliance  

En guise de mobile, Peter Madsen, tout en euphémismes, explique donc que la mort de Kim Wall a été déclenchée par ses questions trop incisives, qui auraient fait « sauter des digues ». Lui, qui, dit-il, n'est « normalement pas violent », sinon avec lui-même… « C'est le comportement d'un psychopathe, ni plus ni moins, qui minimise et reporte la faute sur la victime », juge sévèrement Benny Egeso, demi-frère de Peter Madsen, l'un des rares proches à accepter de s'exprimer. Lui-même n'a pas l'intention de regarder le documentaire - « je n'ai ni temps ni énergie à perdre » - et a complètement coupé les ponts avec celui qu'il avait pourtant largement défendu au début de l'affaire… avant que l'avalanche de preuves ne vienne réduire à néant la défense de Madsen.

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Très vite, les enquêteurs avaient ainsi conclu que l'inventeur, qui disait avoir fait naufrage, avait volontairement coulé le « Nautilus » le 11 août au matin, de peur qu'on y découvre le sang et les sous-vêtements de Kim Wall. Puis, que celle-ci n'était pas morte percutée par une écoutille - sa tête avait été retrouvée intacte. Depuis, Madsen s'accrochait à la thèse d'une asphyxie par des gaz toxiques, clamant que la porte du sous-marin s'était refermée derrière lui, piégeant Kim Wall.

« Ses aveux ne changent rien, il nie encore la préméditation ! » tacle encore Benny Egeso. Allusion à cette scie, dépassant du sac à dos de Madsen quelques heures avant le crime et retrouvée, ensanglantée, en mer ; ces sangles et ces morceaux de métal qui lestaient les membres de Kim Wall, signes d'une minutieuse préparation. Sans compter cette « blague » de Madsen, promettant à une amie dans un SMS de « l'empaler sur une pique à brochettes »…

Benny Egeso n'est pas le seul au Danemark à désapprouver ce documentaire et cette tribune ouverte à Madsen, qui, « encore une fois, ne parle que de lui ». Pour preuve de sa mégalomanie, Benny Egeso évoque cette lettre reçue dans laquelle son demi-frère lui raconte « préparer un livre à destination des parents sur les meilleurs hobbies pour occuper leurs enfants ». « Je crois que ça ne sera pas un best-seller », ironise-t-il.