Infirmière interpellée lors d’une manifestation : «Je m’appelle Farida, je ne suis pas une criminelle»

Interpellée le 16 juin en marge d’une manifestation de soignants à Paris, Farida C. était jugée ce lundi pour outrages et violences contre des policiers. La vidéo de son interpellation avait fait polémique sur les réseaux sociaux.

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 Farida C., infirmière, a été jugée ce lundi après son interpellation par les forces de l’ordre lors d’une manifestation en faveur des soignants, à Paris le 16 juin 2020.
Farida C., infirmière, a été jugée ce lundi après son interpellation par les forces de l’ordre lors d’une manifestation en faveur des soignants, à Paris le 16 juin 2020. LP/Olivier Corsan

Farida, 51 ans, travaille au service gériatrie de l'hôpital Paul-Brousse à Villejuif (Val-de-Marne). Le 16 juin 2020, elle est interpellée lors de la manifestation des personnels soignants, sur l'Esplanade des Invalides, pour avoir lancé des pierres sur les forces de l'ordre. Les images de son interpellation avaient alors choqué l'opinion par leur violence. On y voyait l'infirmière plaquée au sol, tirée par les cheveux par les policiers.

La quinquagénaire était convoquée devant le tribunal correctionnel de Paris ce lundi 22 février pour « outrage », « rébellion », « injures » et « violences » sur personnes dépositaires de l'autorité publique. Deux mois de prison avec sursis ont été requis contre elle. Le délibéré sera rendu le 3 mai.

VIDÉO. Manifestation des soignants : vives échauffourées à Paris

Mains jointes, Farida C. s'est tenue debout face à la présidente. Avant l'audience, ses soutiens s'étaient réunis pour manifester devant le tribunal. « Elle fait partie de ces gens qui se sont battus des mois et continuent de se battre face au Covid. Elle se retrouve là où elle ne devrait jamais être : devant le tribunal. […]. Elle doit être relaxée », a déclaré Eric Coquerel, député La France Insoumise, présent sur les lieux. Des parties civiles, sur les quatre fonctionnaires des forces de l'ordre, seul le commissaire divisionnaire s'est déplacé.

Selon son avocat, Arié Alimi, l'infirmière « reconnaît avoir jeté du bitume en direction des fonctionnaires de police et avoir fait des doigts d'honneur. En revanche, elle ne reconnaît pas les insultes et encore moins la rébellion. » Il a alors révélé l'existence d'une vidéo provenant du téléphone portable de sa cliente « et dont personne n'a encore eu connaissance ». Elle permet d'entendre « l'intégralité de la scène ». C'est sur cette vidéo qui ne contient que du son, que l'on entend distinctement Farida s'exclamer avec force aux policiers : « Je m'appelle Farida C., je suis infirmière, pas une criminelle. »

Des versions divergentes

Dans une salle réservée aux grands procès, pleine de journalistes et de proches de la prévenue, il a fallu décortiquer une manifestation, qui selon le commissaire, se déroulait : « extrêmement bien ». Tout du moins au début. « Ils [ N.D.L.R les soignant s] ont des valeurs très proches de celles de la police nationale. » Puis, arrive ce qu'il appelle la « nébuleuse », les Black blocks. C'est là qu'il voit Farida, vêtue de sa blouse blanche d'infirmière. Il témoigne l'avoir entendue hurler : « Putes à Macron, sales flics de merde. » Une version démentie par les vidéos et par l'infirmière.

La procureure de la République a d'ailleurs décidé d'abandonner les charges « d'injures » et de « rébellion » : « Elle est devenue un symbole qui la dépasse », regrette-t-elle, mais pour la magistrate du ministère public « ce qu'elle a subi, elle a fini par le faire subir aux autres ». Elle requiert donc deux mois de prison avec sursis pour « outrage » et « violence » : « C'est une peine d'avertissement ».

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« Farida est une géante », plaide son avocat, spécialiste des dossiers impliquant les forces de l'ordre. « Quelques bouts de bitume envoyés en l'air ne méritent pas de la prison avec sursis, parce que c'est infamant. »