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Il y a 50 ans, Pierre a survécu à l’incendie du 5-7 : «Jusqu’à mon dernier jour, cela restera gravé»

Une cérémonie commémore ce dimanche les 50 ans de la catastrophe de Saint-Laurent-du-Pont (Isère), où 146 jeunes ont péri dans l’incendie d’une discothèque. Parmi les rares rescapés, Pierre Montillo raconte ce drame où il a perdu sa petite amie.

 Pierre Montillo, 69 ans, était au 5-7 la nuit du 1er novembre 1970 avec sa petite amie : « Elle m’a sauvé la vie en me demandant d’aller chercher cette boisson. »
Pierre Montillo, 69 ans, était au 5-7 la nuit du 1er novembre 1970 avec sa petite amie : « Elle m’a sauvé la vie en me demandant d’aller chercher cette boisson. » LP/Serge Pueyo

« Je ne pourrai jamais oublier. C'est comme si la catastrophe était arrivée hier. Jusqu'à mon dernier jour, cela restera gravé. » Cinquante ans après le terrible incendie de la discothèque du 5-7 (146 morts, des jeunes de 14 à 27 ans), les images de cette nuit d'horreur défilent toujours en boucle dans la tête de Pierre Montillo. Cet homme de 69 ans est l'un des rares rescapés de cette tragédie qui, le 1er novembre 1970, avait traumatisé toute la France. « 146 jeunes venus danser, s'amuser et qui meurent dans de telles conditions, cela a forcément été un drame national », se souvient Pierre Montillo qui dans cette tragédie a perdu Marie-José, 18 ans, sa petite copine, son premier amour.

« Ce soir-là, j'avais proposé à Marie-José d'aller au 5-7, une boîte de nuit à la mode qui attirait tous les jeunes de la région. On avait 18 ans et on habitait à Bourgoin-Jallieu. On a pris le car pour se rendre à Saint-Laurent-du-Pont. On est arrivé vers 20 heures. Un groupe de rock parisien, les Storm, se produisait dans la discothèque. Et on s'est bien amusé toute la soirée. Vers 1h30 du matin, Marie-José m'a demandé d'aller chercher à boire dans la crêperie attenante au 5-7. C'est ce qui m'a sauvé la vie. Car quand je suis revenu, tout était en feu. J'entendais des cris : Papa ! Maman ! Au secours ! On étouffe ! C'étaient les jeunes piégés par les flammes, asphyxiés par les fumées, qui appelaient à l'aide. Comme j'étais vers l'entrée, j'ai pu m'échapper. Le groupe de rock a joué jusqu'au bout. Comme sur le Titanic. Des flammes de 6 à 7 mètres sortaient du hall d'entrée de la boîte. C'était terrible. On avait l'impression qu'il y avait un lance-flammes. »

Dans la discothèque, il y a beaucoup de polyuréthane, de plastique qui favorisent la propagation du feu à une vitesse inouïe. « Beaucoup de jeunes ont tenté de fuir », se souvient Pierre Montillo. « Mais ils se sont retrouvés bloqués par les tourniquets métalliques installés pour contrôler les entrées. Avec la panique, les victimes se sont entassées contre ces tourniquets qui sont devenus un piège mortel. Les pompiers ont retrouvé à cet endroit une pile de cadavres d'un mètre de haut. Il était également impossible de sortir par les deux issues de secours car les propriétaires de la boîte avaient bloqué les portes avec des planches. Pour lutter contre les resquilleurs. Il n'y avait même pas de téléphone dans la discothèque pour donner l'alerte. »

« Et puis il y a eu un grand silence : tout le monde était mort »

Pierre Montillo est confronté à des scènes d'horreur : « Quelques jeunes ont quand même réussi à sortir. Ils étaient en feu. Je me suis précipité dans la crêperie à côté de la discothèque pour prendre une bassine d'eau. Que j'ai jeté sur un jeune en flamme. Mais il est tombé raide mort sur moi. J'ai vu un autre jeune, adossé à un mur, qui se consumait. Il s'est affaissé lentement. Et puis il y a eu un grand silence. Tout le monde était mort. »

L'incendie a ravagé la discothèque en à peine 10 minutes. Marie-José, l'amour de Pierre, fait partie des 146 victimes. « Elle m'a sauvé la vie en me demandant d'aller chercher cette boisson. Je me dis toujours qu'elle est morte par ma faute. Car c'est moi qui lui ai proposé d'aller au 5-7 ce soir-là. » Pierre a aussi perdu son copain Bernard Gillet : « Il a voulu rentrer dans la discothèque en feu pour sauver sa sœur. On les a retrouvés tous les deux décédés, main dans la main. » Après la catastrophe, on demandera à Pierre d'identifier certaines victimes qu'il connaissait. « J'ai dû me rendre à la chapelle ardente. On m'a ouvert des cercueils. Quand vous voyez des corps carbonisés, totalement méconnaissables, c'est très difficile pour un jeune de 18 ans. »

Pour les experts, l'incendie est dû à une défaillance dans la gaine du système de chauffage qui était en bois, alors qu'elle aurait dû être en aluminium. Lors du procès de la catastrophe en 1973, les deux installateurs du chauffage sont condamnés à 15 et 13 mois prison avec sursis. Le fournisseur du polyuréthane à quatre mois de prison avec sursis pour ne pas avoir signalé les dangers de ce matériau en cas d'incendie. Le maire de Saint-Laurent-du-Pont à 10 mois de prison avec sursis pour avoir laissé ouverte une discothèque qui ne respectait pas la réglementation. Enfin, l'un des propriétaires du 5-7 (les deux autres sont morts dans l'incendie) écope de 6 mois de prison ferme, 68 infractions à la sécurité ayant été constatées dans son établissement. Des peines incroyablement légères pour 146 morts. Cette tragédie fera évoluer la réglementation en matière de normes incendie pour tous les établissements recevant du public. Notamment en ce qui concerne les matériaux utilisés et les issues de secours.

« Je ne peux plus rentrer dans un cinéma, monter dans un ascenseur »

Traumatisé par ce drame, Pierre Montillo va pendant de nombreuses années garder une corde à nœud accrochée à un pied de son lit. « Pour pouvoir m'échapper par la fenêtre si un feu se déclenche. Aujourd'hui encore, je ne peux plus rentrer dans un cinéma, monter dans un ascenseur. De peur d'être pris au piège dans un incendie. » Devenu artiste peintre, Pierre Montillo a longtemps utilisé dans ces tableaux des couleurs rouges, oranges. Comme les flammes du 5-7.

A Saint-Laurent-du-Pont, un mémorial avec les noms des 146 victimes a été érigé sur les lieux de la tragédie. C'est là que sera commémoré ce dimanche à 15 heures le cinquantième anniversaire de la catastrophe, en présence des proches des victimes. Et derrière le monument ont été installés les sinistres tourniquets de l'horreur qui ont piégé tant de jeunes. Avec cette plaque : « Placés dans le hall d'entrée, ces tourniquets faits par des hommes inconscients et avides d'argent, ont provoqué la mort de 144 enfants brûlés vifs le 1/11/1970. »