«Il ne faut pas avoir peur de mettre une jupe» : appel à témoins après une agression à Strasbourg

Une jeune femme de 22 ans a porté plainte après avoir été frappée et insultée vendredi dans la rue. Elle recherche des personnes ayant assisté à son agression.

 L’agression de l’étudiante s’est produite vendredi après-midi, alors qu’elle rentrait à pied chez elle. (Illustration)
L’agression de l’étudiante s’est produite vendredi après-midi, alors qu’elle rentrait à pied chez elle. (Illustration) LE PARISIEN/Olivier Boitet

« Il ne faut pas se laisser abattre et avoir maintenant peur de sortir, avoir peur de mettre une jupe » Etudiante de 22 ans, Elisabeth a raconté à France Bleu l'agression dont elle a été victime, selon elle, en raison de sa tenue vestimentaire.

Vendredi dernier, en début d'après-midi, elle rapporte avoir croisé trois hommes dans Strasbourg en rentrant à pied chez elle. « Regardez cette p… en jupe », aurait lâché l'un d'eux. Ne voulant pas se laisser faire, l'étudiante lui demande alors de répéter. Deux de ses agresseurs lui empoignent alors chacun un bras tandis que le troisième lui assène un coup de poing en plein visage, avant que le trio ne prenne la fuite, évoque-t-elle.

« Faire ça à une femme, c'est pas être un homme, je suis désolée »

Selon la jeune femme, une quinzaine de personnes auraient assisté à la scène sans bouger, ni lui porter secours après son agression. « Ça me révolte parce que j'aimerais retrouver ces gens, ils sont capables de refaire ce qu'ils ont fait à des filles plus jeunes ou d'autres femmes. C'est horrible que ça reste impuni. Faire ça à une femme, c'est pas être un homme, je suis désolée ».

Elle a porté plainte et une enquête a été ouverte, a indiqué dans un communiqué la direction départementale de la sécurité publique (DDSP) du Bas-Rhin.

Selon la DDSP, l'agression a eu lieu quai des Alpes, un endroit fréquenté en lisière du centre-ville.

Une enquête a été ouverte « pour violences commises en réunion suivies d'une incapacité n'excédant pas 8 jours », précise le communiqué, selon lequel la police procède « actuellement au recueil de témoignages et à l'exploitation des images de vidéoprotection ».

Le Syndicat majoritaire des cadres de la Sécurité intérieure (SCSI) a lancé un appel à témoins sur les réseaux pour que des témoins se manifestent auprès de la police.

Élisabeth a posté sur les réseaux sociaux des photos de son visage après l'agression, suscitant de très nombreuses réactions indignées.

« Ce qui se serait passé à Strasbourg est inadmissible. C'est pour défendre le droit des femmes à circuler librement que nous avons créé la verbalisation du harcèlement de rue en 2018 », a indiqué la ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa, à l'origine de cette loi.

« Toutes formes de violences sexistes et sexuelles dans l'espace public sont inadmissibles et je les condamne fermement », a également réagi la ministre déléguée à l'Égalité femmes-hommes, Élisabeth Moreno, disant avoir demandé au ministère de l'Intérieur de se saisir de ce cas.

Maire EELV de Strasbourg, Jeanne Barseghian a salué le « courage inouï » de la jeune femme pour avoir pris « la parole publiquement ». « J'ai le sentiment qu'on en est encore au Moyen-Âge sur ces questions », a-t-elle ajouté.

La députée européenne centriste et ancienne maire de Strasbourg, Fabienne Keller, s'est dite « choquée par ces actes révoltants qui se multiplient dans des proportions alarmantes ».