Il avait tué sa femme atteinte d’Alzheimer : un octogénaire condamné à la prison avec sursis

La cour d’assises de Paris a estimé que le discernement de l’accusé avait été altéré par son « épuisement physique et psychique » face à la maladie.

 L’homme avait tenté de se suicider après son geste (illustration).
L’homme avait tenté de se suicider après son geste (illustration). AFP/Sébastien Bozon

L'accusation l'a décrit comme « prisonnier », avec elle, dans le « huis clos » de la maladie. Un homme de 88 ans a été condamné vendredi à Paris à quatre ans de prison avec sursis pour avoir tué à coups de couteau sa femme atteinte d'Alzheimer en 2017.

Si l'accusé « avait conscience de ce qu'il se faisait », selon le président, la cour d'assises de Paris a estimé que le discernement de Michel G. avait été altéré par son « épuisement physique et psychique », son « très grand désarroi » et « son impuissance » face à la maladie de sa femme, pour laquelle les médecins lui avaient dit qu'il n'y avait « rien à faire ».

« Il ne faut pas que cet homme aille en prison », avait demandé l'avocate générale dans un réquisitoire aux airs de plaidoirie de la défense, réclamant « de l'humanité » pour Michel G. « J'ai vu son masque tomber sous le poids des larmes qui ne cessaient de couler » pendant le rappel des faits, a-t-elle dépeint au début de son réquisitoire. « Beaucoup d'accusés se défendent en niant, en minimisant. Michel G. n'élude rien de sa responsabilité ».

« Tu veux me tuer ? »

Grand, mince, ses rares cheveux gris soigneusement peignés, Michel G. avait raconté la veille comment, en 2017, il s'était couché, puis relevé, pour tuer sa femme, car « il fallait que ça s'arrête ». Il l'avait poignardée une première fois alors qu'elle était endormie. « Qu'est-ce que tu fais, tu veux me tuer ? », avait-elle alors gémi. Il l'avait poignardée à nouveau, puis avait tenté de se suicider.

« Je regrette ce que j'ai fait. Ça me hante depuis trois ans », a dit le vieil homme, en pleurs et le corps courbé à la barre, avant que la cour ne se retire pour délibérer. « Pour comprendre comment il en est arrivé là », l'avocate générale a remonté le fil de l'histoire de ce couple décrit comme « fusionnel », « heureux et sans histoire », qui n'avait pas réussi à avoir d'enfant.

Elle est revenue sur les premières inquiétudes de Michel G. quand sa femme avait commencé à se répéter. Arrive le basculement dans « cette putain de maladie », comme l'a qualifiée Michel G. Son épouse ne le reconnaît plus, l'insulte, le prend à partie à coups de « Vous êtes qui vous ? » Michel G. avait caché la réalité à ses proches. Le couple ne sortait plus de chez lui.

« C'est un crime compassionnel », a plaidé son avocat Norbert Goutmann, « un crime d'amour, d'impuissance, d'épuisement ». « Un crime du désespoir », avait conclu l'avocate générale. Et si Michel G. « ne dit pas que c'est de la faute à autrui », son histoire pose la question, dans une société vieillissante et face à des maladies dégénératives majeures : de l'aide « aux aidants », particulièrement quand il s'agit de personnes également âgées et vulnérables.