Héritage mortel : 20 ans de prison pour avoir tué sa sœur

Le meurtre avait été commis dans la maison familiale près de Rochefort (Charente-Maritime). Loïc Duran avait ensuite incendié le corps de sa sœur dans le jardin.

 Estelle Duran, 45 ans, vivait à Saintes. Mais c’est dans la maison familiale de La Vallée, entre Rochefort et Saintes, que son corps démembré a été retrouvé.
Estelle Duran, 45 ans, vivait à Saintes. Mais c’est dans la maison familiale de La Vallée, entre Rochefort et Saintes, que son corps démembré a été retrouvé. DR

« Je ne supportais pas l'utilisation que ma sœur faisait de la maison, avec ses amis. Elle se saoulait, elle se droguait. Je désapprouvais, comme mes parents auraient désapprouvé », a fini par avouer Loïc Duran, cheveux bruns et courts, le regard fuyant. Cet homme de 44 ans était jugé depuis lundi, à Saintes, par la cour d'assises de la Charente-Maritime, pour le meurtre d'Estelle Duran à La Vallée, un village de 600 habitants situé non loin de Rochefort, dans la nuit du 5 au 6 septembre 2016. Reconnu coupable il a été condamné mercredi soir à 20 ans de réclusion criminelle.

« Obsédé » par la succession familiale à la suite des décès de leurs parents, en 2013 et 2015, Loïc Duran entretenait des relations houleuses avec son aînée. Lui souhaitait louer et conserver cette demeure et veillait jalousement sur le patrimoine de leurs parents, un ancien militaire et une mère cantinière. Sa sœur souhaitait vendre la bâtisse « construite des mains même de leur père » et était accusée par son frère de « voler » des objets. Cette mésentente, connue des proches d'Estelle Duran, aura conduit le quadragénaire à la menacer de mort avant de commettre l'irréparable lors d'une visite impromptue à La Vallée : asséner un coup de marteau à cette mère de famille âgée de 45 ans, bientôt grand-mère.

Après avoir fumé une cigarette, Loïc Duran finira par traîner son corps du salon jusqu'à un bac à sable situé dans le jardin et le brûlera en s'aidant d'huile et de carburant. Puis il chargera cette dépouille calcinée dans une Fiat Punto louée deux jours plus tôt avant de la cacher dans un bosquet à Saint-Hippolyte, une commune voisine de La Vallée. Alors intérimaire, il reprendra finalement l'autoroute pour rejoindre son poste de travail tôt le matin dans les Deux-Sèvres où il résidait alors.

« Je l'ai laissée entière »

Quelques jours plus tard, Loïc Duran reviendra dans ce bosquet pour récupérer et déplacer la dépouille. Certaines parties du corps seront découvertes sur une plage de La Tremblade, près de Royan. Mais d'autres n'ont jamais été retrouvées : une zone d'ombre parmi tant d'autres pour laquelle Loïc Duran n'a avancé aucune explication. A-t-il démembré son aînée ? « Une hypothèse qui ne peut être exclue », ont souligné les expertises. « Je l'ai laissée entière », a pourtant répété l'accusé. « Ça me procure une honte énorme. Ça n'aurait jamais dû arriver, je n'ai pas cherché tout ça », a-t-il soufflé en défendant sa version : celle d'une dispute suivie d'un échange de coups.

En empoignant un marteau posé – selon lui – sur une table du salon, Loïc Duran n'aurait fait que se défendre face à des coups assénés par sa sœur, autrefois judoka. « Je n'ai donné qu'un seul coup de marteau », a-t-il insisté tout au long du procès. « Non seulement vous l'avez tué, votre sœur, mais vous souhaitez en plus lui faire porter la responsabilité de son meurtre », s'est emporté l'avocat général, avant de brosser le portrait d'un homme « méthodique, cynique » et de requérir une peine de 30 ans de réclusion criminelle.

« Il considérait sa sœur comme une mauvaise personne »

Ses multiples mensonges, son manque d'empathie et son détachement apparent ont également interpellé la cour. « Vous n'avez eu aucun égard vis-à-vis d'Estelle. Aucun en 4 ans, aucun à l'audience », a souligné Me Anne Glaudet, l'avocate du second frère de la victime, partie civile au procès. « Heureusement qu'il n'a pas organisé une marche blanche ou pleuré devant les caméras. Loïc Duran a fait profil bas, c'est aussi un mécanisme de défense », a plaidé son avocate, Me Sylvie Haguenier, en tentant de le disculper de toute « intention homicide », de tout geste intentionnel.

Impossible selon l'avocat général : « Ce coup de marteau a été porté avec une extrême violence. Vous n'avez pu le faire pour vous défendre, accidentellement, dans une manœuvre d'évitement ». Taiseux, l'accusé n'aura jamais dévoilé le mobile exact de ce meurtre sur fond d'héritage. Une seule certitude, rappelée par l'avocat général : « Il considérait sa sœur comme une mauvaise personne et ne supportait pas sa différence. »