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«Haurus», l’ancien policier ripou de la DGSI, en garde à vue pour une affaire d’homicide à Marseille

Déjà mis en examen pour avoir détourné des moyens de police, ce brigadier est soupçonné, selon nos informations, d’avoir vendu des informations ayant facilité ensuite des règlements de compte dans le milieu marseillais.

 Le policier avait accepté de vendre sur le darknet des informations sur trois figures du banditisme phocéen, tuées peu de temps après.
Le policier avait accepté de vendre sur le darknet des informations sur trois figures du banditisme phocéen, tuées peu de temps après.  LP/Olivier Arandel

Il était considéré comme le chef du gang de la Capelette, quartier sensible de Marseille (Bouches-du-Rhône). Le matin du 5 avril 2018, Jean-Louis Grimaudo, 30 ans, surnommé « le Gros » ou « Couleur » tombe sous les balles de trois tireurs grimés et armés de kalachnikovs, au pied d'un immeuble de son quartier. Quatre mois seulement après sa sortie de la prison du Ponte, où il avait été incarcéré à la suite de la découverte d'un arsenal dans un box. Un de ses fidèles, Mahmoud Abdelhamid alias « Armando » ou « Diego », qui l'accompagne ce matin-là est également abattu.

Jean-Louis Grimaudo, ce fossoyeur de profession décrit comme « extrêmement dangereux », a-t-il été ciblé par ses ennemis grâce à des informations émanant du renseignement intérieur? Deux ans et demi après son assassinat, un ancien policier de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) de 34 ans, Cédric B. (le prénom a été changé), a en tout cas été interpellé ce mardi matin par la police judiciaire de Marseille.

D'après nos informations, le suspect a été arrêté en Normandie, placé en garde à vue pour « association de malfaiteurs en vue de commettre un crime » avant d'être conduit à l'Evêché, fief de la PJ phocéenne. Une information confirmée par la procureure de Marseille, Dominique Laurens, qui précise que l'opération s'est déroulée dans le cadre d'une information judiciaire ouverte en 2019.

Une perquisition a été menée au domicile de Cédric B. Les enquêteurs soupçonnent ce brigadier d'avoir transmis des informations tirées des fichiers de police ayant facilité plusieurs règlements de comptes dans le milieu marseillais, dont le meurtre de Jean-Louis Grimaudo. Une affaire ultrasensible. Le policier aurait notamment fourni le point de chute de l'ex-détenu à sa sortie de la maison d'arrêt, l'adresse de sa mère, ainsi que son numéro de téléphone.

Vente d'informations et de documents sur le Darknet

Cet agent de la DGSI, qui se faisait surnommer Haurus sur le Darknet, avait défrayé la chronique après la révélation par Le Parisien/Aujourd'hui en France de sa première arrestation, en octobre 2018. Les policiers de l'Ocriest (faux-papiers) et de l'Inspection générale de la sécurité intérieure (IGSI) avaient découvert que Cédric B. profitait de son poste d'enquêteur judiciaire en terrorisme à la DGSI pour monnayer des consultations dans les fichiers de police : antécédents judiciaires (TAJ), fichiers des cartes d'identité, des immatriculations ou des cartes grises…

PODCAST. « Haurus », le ripou de la DGSI vendait des informations confidentielles sur le Darknet

Ces informations confidentielles étaient notamment vendues sur la plate-forme illicite du Darknet « BlackHand » - aujourd'hui démantelée - par des internautes qui s'en servaient ensuite pour fabriquer des « doublettes », de vrais-faux documents, ou pour trouver des renseignements sur des cibles. Haurus pouvait fournir l'état civil complet d'un individu à l'aide d'un simple indice.

Etant officier de police judiciaire, le brigadier était allé jusqu'à commercialiser des géolocalisations de téléphones portables - donc des déplacements de cibles - et des listings d'appels détaillés (fadettes). Mis en examen depuis octobre 2018 pour ces faits, le policier avait été placé en détention provisoire durant un an puis placé sous contrôle judiciaire. Libéré et suspendu de la police depuis, il était dans l'attente de son procès dans ce volet des détournements des moyens de police.

Règlements de comptes entre voyous

Mais ses ennuis judiciaires s'aggravent aujourd'hui car parmi ses clients du Darknet figurait un braqueur proche du milieu marseillais, un certain Christophe N. Ce dernier a aussi été placé en garde à vue mardi matin par la PJ de Marseille. Alors même qu'il était incarcéré en 2018, ce voyou à l'ancienne de 51 ans s'était dégoté un téléphone portable, initié aux arcanes du Darknet et avait commandé à Haurus diverses informations sur au moins trois gros poissons connus du banditisme phocéen.

Parmi eux, Jean-Louis Grimaudo, abattu huit jours seulement après des recherches d'identité et d'adresses effectuées par le policier de la DGSI depuis son poste à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). Mais également un certain Adil Attar, trentenaire connu pour trafic de stupéfiants. Ce dernier avait été fauché par une rafale de kalachnikov, le 26 mai 2018, dans les locaux d'une association sportive de l'Estaque, un quartier de Marseille, quelques mois après des consultations sur la victime dans des fichiers de police par Haurus.

Un autre voyou avait été victime d'une tentative de règlement de compte, là encore curieusement après des recherches du fonctionnaire du renseignement et toujours à la demande de Christophe N. Les informations trouvées par le policier de la DGSI sont-elles tombées entre les mains des tueurs? Contacté, l'avocat de Haurus, Me Yassine Bouzrou, n'a pas souhaité s'exprimer à ce stade.

« Mes motivations étaient uniquement pécuniaires »

Lors de sa garde à vue pour son business occulte sur le Darknet, Cédric B. avait déjà été interrogé sur ces intrigantes recherches marseillaises. Le policier avait alors déclaré qu'il ignorait totalement à qui étaient destinées les informations qu'il transmettait et à quelles fins elles allaient être utilisées, expliquant ne rien savoir de ces assassinats. « Mes motivations étaient uniquement pécuniaires », avait-il déclaré aux enquêteurs, précisant que ses échanges avec les clients restaient commerciaux et d'ordre général.

Concernant le meurtre de Jean-Louis Grimaudo, il avait fait preuve de contrition auprès de la juge d'instruction et s'était interrogé : « Sincèrement, que les informations que j'ai pu divulguer ont pu conduire à son assassinat, j'en suis désolé. Mais est ce qu'il existe un lien de causalité ? Est-ce qu'une adresse que j'ai fournie est en lien avec son assassinat ? »

Le commanditaire, un simple intermédiaire ?

Egalement entendu à l'époque, Christophe N., le braqueur à l'origine des commandes litigieuses, avait également déclaré qu'il ne savait rien des projets de meurtres, se présentant comme un « simple intermédiaire » pour des clients à l'identité inconnue. Mais les enquêteurs sont restés dubitatifs. Lorsqu'il a réclamé des renseignements sur Jean-Louis Grimaudo à « Haurus », Christophe N. lui avait écrit ce message troublant : « Par contre, s'il disparaît ça ne sera pas nous car il a plein d'ennemis, le mec. »