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Groupuscule islamiste Forsane Alizza : l’assignation à résidence de son ex-chef maintenue

Selon nos informations, une note des services de renseignements révèle des éléments inquiétants à propos de Mohamed Achamlane. L’homme, toujours en lien avec le milieu pro-djihadiste, aurait même cherché à se procurer des armes début 2020.

 Mohammed Achamlane (ici en 2012, à Paris), avait été condamné en 2015 à 9 ans de prison par le tribunal correctionnel de Paris pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte de terrorisme ».
Mohammed Achamlane (ici en 2012, à Paris), avait été condamné en 2015 à 9 ans de prison par le tribunal correctionnel de Paris pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte de terrorisme ». AFP/Fred Dufour

L'audience s'est tenue à huis clos, jeudi, en plein procès des attentats de 2015 contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher, et la veille d'une attaque à Paris – qui pourrait être qualifiée de terroriste –, en présence d'un inhabituel dispositif policier.

La juge des référés du tribunal administratif de Nantes a maintenu l'assignation à résidence de l'islamiste Mohamed Achamlane, qui lui avait demandé l'autorisation de pouvoir quitter sa commune de Bouguenais (Loire-Atlantique), près de Nantes. Pour rappel, le chef de file du mouvement islamiste Forzane Alizza (« Les Cavaliers de la Fierté ») avait été condamné en 2015 à neuf ans de prison par le tribunal correctionnel de Paris pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d' un acte de terrorisme ». Il lui était alors reproché des chants menaçant de « balafrer la France », des recherches sur Internet sur la fabrication d'explosifs ou des « réunions préparatoires » sur « divers projets dont l'enlèvement d'un magistrat ».

Le 18 septembre 2020, le ministère de l'Intérieur avait renouvelé l'assignation à résidence qui lui avait été signifiée à sa sortie de détention, le 31 décembre 2019. Il est simplement autorisé à quitter Bouguenais pour les seuls besoins de l'entreprise de transports qui l'a embauché, et ne devait pas quitter la Loire-Atlantique. Mohamed Achamlane voulait que cette autorisation soit désormais étendue à « l'ensemble du territoire national » et que cesse son obligation de pointer tous les soirs à 19 heures à la gendarmerie de Bouguenais.

« Son activité professionnelle a débuté le 21 septembre 2020, et le contrat qu'il a signé prévoit une clause de mobilité sur l'ensemble du territoire national », faisait valoir son avocat. « Il n'existe pas de raison sérieuse de penser que son comportement serait constitutif d'une menace d'une particulière gravité pour l'ordre public. » L'avocat de Mohamed Achamlane estimait aussi qu'aucun élément ne laissait à penser que son client se trouvait « de manière habituelle » en relation « avec des terroristes ou des personnes suspectées de terrorisme ».

«Un comportement pro-djihadiste»

Mais « il résulte […] des éléments précis et circonstanciés d'une note blanche des services de renseignement […] que M. Achamlane est apparu, à compter de l'année 2010, profondément ancré dans la mouvance djihadiste », relève la juge des référés du tribunal administratif de Nantes dans son ordonnance. « Il a fondé et dirigé le groupuscule pro-djihadiste Forzane Alizza, et développé […] par ce biais un vaste réseau sur l'ensemble du territoire national. »

Le groupuscule Forzane Alizza, dissous par décret présidentiel en mars 2012, est « un groupe de combat appelant à l'instauration du califat et à l'application de la charia en France », rappelle-t-elle au passage. « Il résulte de la même note blanche que, durant sa détention, M. Achamlane a continué à adopter un comportement pro-djihadiste et à entretenir, dans ce cadre, des relations à cette fin », note encore la juge. « Il s'est opposé, avant sa libération, à son transfert dans un quartier de prise en charge de la radicalisation. »

« Il ressort par ailleurs du rapport d'expertise psychiatrique du 11 février 2019 […] qu'il présente un risque conséquent de récidive, dans un contexte d'absence d'évolution de sa personnalité et de remise en cause des faits pour lesquels il a été condamné », abonde-t-elle. Le renouvellement de son assignation à résidence à Bouguenais était par ailleurs « justifié par l'existence d'éléments nouveaux », et « notamment […] la circonstance, non sérieusement contestée par M. Achamlane, qu'il avait cherché à se procurer des armes à feu au printemps 2020 », conclut la magistrate.