Gestion de la crise du Covid-19 : perquisitions chez Véran, Philippe, Ndiaye et Buzyn

Ces opérations judiciaires aux domiciles et bureaux respectifs des ministres ou anciens ministres s’inscrivent dans le cadre de l’information judiciaire ouverte sur la gestion de la crise du Covid-19.

 Olivier Véran et Edouard Philippe échangent ensemble, le 25 mai 2020.
Olivier Véran et Edouard Philippe échangent ensemble, le 25 mai 2020. AFP/Michel Euler

Des perquisitions ont été menées ce jeudi matin aux domiciles et bureaux respectifs du ministre de la Santé, Olivier Véran et du directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, a indiqué le ministère, confirmant une information de BFMTV.

L'ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn, l'ancien Premier ministre Edouard Philippe, l'ex porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye et la directrice générale de Santé Publique France, Geneviève Chêne ont aussi été visés, a-t-on appris.

Jérôme Salomon avait d'ailleurs dû annuler au dernier moment son interview sur RMC et BFMTV prévue à 8h30 ce jeudi matin, invoquant un « problème personnel ». Les perquisitions se sont déroulées « sans difficulté », a fait savoir le ministère de la Santé.

90 plaintes contre des ministres

« Il nous faut l'ensemble des mails échangés par Agnès Buzyn et Édouard Philippe, puisqu'elle a dit elle-même l'avoir prévenu (NDLR : de la situation de la crise), ainsi que les notes exhaustives qui sont remontées de la direction générale au Premier ministre », clame Fabrice Me Di Vizio, l'avocat qui avait déposé le premier recours.

Ces opérations s'inscrivent dans le cadre de l'information judiciaire ouverte par la Cour de justice de la République (CJR), le 7 juillet dernier, sur la gestion de la crise du Covid-19.

La commission d'instruction de la CJR, seule instance habilitée à juger les membres du gouvernement pour l'exercice de leur fonction, agit comme un juge d'instruction et mène les investigations. 90 plaintes contre des ministres lui avaient été adressées depuis le début de la crise, mais seulement neuf d'entre elles avaient été jugées recevables.

«Ça n'est pas l'urgence aujourd'hui»

Le timing de ces perquisitions pose question puisqu'elles viennent brouiller la communication du gouvernement qui, au lendemain de l'annonce choc de couvre-feux nocturnes en Ile-de-France et dans huit métropoles, a détaillé les mesures lors d'une conférence de presse.

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« Ça n'est pas l'urgence aujourd'hui, on doit lutter contre la deuxième vague et je ne suis pas persuadé qu'on doive perdre du temps avec ça », a réagi sur BFMTV le président de l'UDI Jean-Christophe Lagarde, qui ne croit « pas à la responsabilité pénale des ministres dans cette affaire ».

« C'est la procédure normale » et « ça prouve qu'il n'y a pas deux justices à deux vitesses », a souligné de son côté, sur BFMTV, la députée (LREM) du Tarn Marie-Christine Verdier-Jouclas, qui ne « voudrait pas qu'on brouille le message le plus important : ce que nous a dit le président hier soir ».

« Je ne trouve pas que ces perquisitions soient opportunes, il y a une judiciarisation de la vie politique. C'est plus une mise en scène qu'autre chose », a déploré sur LCI le député LFI Eric Coquerel.

Les avocats se félicitent de la «célérité» des investigations

Des avocats, dont les plaintes ont été jugées recevables par la CJR, se sont au contraire félicités de « la célérité » des investigations. « Ces perquisitions démontrent que la Cour de justice de la République fait preuve d'indépendance. Nous espérons que ces investigations permettront de saisir les documents qui prouvent que certains membres du gouvernement ont commis l'infraction d'abstention volontaire de combattre un sinistre », se réjouit Yassine Bouzrou, avocat de trois plaignants dont le syndicat policier Vigi.

« L'enquête semble aller dans le sens d'une totale indépendance, c'est important compte tenu des mis en cause et de la gravité des faits », observe Me Nabil Boudi. « On voit que la CJR fonctionne, et que dépendre d'une procédure à part ne veut point dire bénéficier d'une quelconque impunité », estime Me Fabrice Di Vizio, qui défend le collectif de médecins C19.

Les auditions des plaignants ont démarré début septembre. Ceux-ci fustigent notamment « l'incohérence des mesures » prises au sommet de l'Etat ou encore « l'absence d'application des recommandations de l'OMS ». De son côté, le parquet de Paris, qui a reçu plusieurs dizaines de plaintes ciblant parfois des responsables de l'administration, a ouvert le 9 juin une vaste enquête préliminaire, notamment pour « homicides involontaires » ou « mise en danger de la vie d'autrui ».