Financement libyen : Ziad Takieddine retire ses accusations contre Nicolas Sarkozy

L’un des principaux témoins à charge contre l’ancien président de la République fait machine arrière dans une vidéo dévoilée par Paris Match et BFMTV.

 « Il n’y a pas eu de financement de campagne présidentielle de Sarkozy », affirme désormais Ziad Takieddine.
« Il n’y a pas eu de financement de campagne présidentielle de Sarkozy », affirme désormais Ziad Takieddine. AFP/Philippe Lopez

Coup de tonnerre dans l'affaire dite du financement libyen. Alors que Nicolas Sarkozy a été interrogé pendant 40 heures, début octobre, par les magistrats instructeurs, sur les soupçons de financement de sa campagne de 2007 par le régime de Kadhafi, l'un des principaux témoins à charge contre l'ancien président de la République fait machine arrière dans une interview en vidéo dévoilée par Paris Match et BFM TV.

Ziad Takieddine y explique notamment avoir accusé Sarkozy pour dire « ce que les juges voulaient entendre ». « Je le dis haut et fort, or ce juge Tournaire (NDLR : l'ancien juge d'instruction en charge du dossier) a bien voulu tourner ça à sa manière et me faire dire des propos qui sont totalement contraires aux propos que j'ai dits […] : il n'y a pas eu de financement de campagne présidentielle de Sarkozy », déclare ce sulfureux intermédiaire, en fuite à Beyrouth alors qu'il a été condamné en juin en France dans le volet financier de l'affaire Karachi.

«La vérité éclate enfin»

En réaction, Nicolas Sarkozy estime de son côté que « la vérité éclate enfin ». « Depuis sept ans et demi, l'instruction n'a pas découvert la moindre preuve d'un quelconque financement illicite. L'information judiciaire ouverte sur les seules déclarations mensongères de Ziad Takieddine se trouve aujourd'hui dans une impasse complète. Le principal accusateur reconnaît ses mensonges. Jamais il ne m'a remis d'argent, jamais il n'y a eu de financement illégal de ma campagne de 2007. »

Auprès du Parisien, l'entourage de l'ancien président de la République se dit « estomaqué » par les déclarations de Takieddine. « Cette instruction est basée à 80 % sur ce qu'il dit et là il se dédouane. Quelle que soit la folie du personnage, on ne peut pas faire comme si ses déclarations ne valaient rien. C'est une bombe cette affaire », explique-t-on.

Désormais, le camp Sarkozy demande la levée de sa mise en examen et annonce en parallèle engager « une procédure pour dénonciation calomnieuse à l'encontre de Ziad Takieddine ». Nicolas Sarkozy lui-même pourrait reprendre la parole dans les prochains jours. « On ne va pas s'arrêter là », promet-on dans son entourage.

Une enquête ouverte en 2012

L'enquête avait été ouverte après la publication par Mediapart en 2012, dans l'entre-deux tours de la présidentielle, d'un document censé prouver que la campagne victorieuse de Nicolas Sarkozy cinq ans plus tôt avait été financée par le régime de Mouammar Kadhafi.

En novembre 2016, Ziad Takieddine avait affirmé avoir remis entre fin 2006 et début 2007 cinq millions d'euros à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, et à son directeur de cabinet Claude Guéant. A plusieurs reprises, ensuite, devant le juge d'instruction Serge Tournaire, Takieddine a confirmé avoir transporté cet l'argent libyen destiné à financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. En janvier 2020, devant les successeurs du juge Tournaire, Aude Buresi et Marc Sommerer, il n'est pas revenu sur ces déclarations.

Témoignages de dignitaires libyens, notes des services secrets de Tripoli... En sept ans de travail, les magistrats ont par ailleurs réuni une somme d'indices troublants qui ont donné corps à la théorie d'un financement libyen. Toutefois, aucune preuve matérielle indiscutable n'a pour l'heure été retrouvée, même si des mouvements de fonds suspects ont conduit à neuf mises en examen à ce jour.