Financement du terrorisme en Syrie : 29 personnes en garde à vue en France

Ce coup de filet annoncé par le Parquet national antiterroriste vise un système de cyberfinancement du terrorisme qui aurait profité à des membres d’Al-Qaïda et de l’Etat islamique en Syrie.

 L’enquête du PNAT porte sur l’achat de coupons compris entre 10 et 150 euros dans des bureaux de tabac puis convertis en cryptomonnaie. (Illustration)
L’enquête du PNAT porte sur l’achat de coupons compris entre 10 et 150 euros dans des bureaux de tabac puis convertis en cryptomonnaie. (Illustration) AFP/Albaraka News

La lutte contre le terrorisme passe aussi par celle contre son financement. Ce mardi, sous l'autorité du Parquet national antiterroriste (PNAT), 29 personnes âgées de 22 à 66 ans ont été interpellées et placées en garde à vue dans le cadre d'une enquête préliminaire ouverte en janvier 2020. A la suite d'un signalement de l'organisme antiblanchiment Tracfin, les enquêteurs ont identifié un réseau de financement ayant recours à de la cryptomonnaie et soupçonné d'alimenter des djihadistes affiliés à Al-Qaida et installés en Syrie.

Dans un communiqué, le Collectif des familles unies, qui représente des parents et des grands-parents d'enfants retenus dans des camps kurdes en Syrie, s'est ému de l'audition et de la perquisition de plusieurs de ses membres. Selon les premiers éléments de l'enquête, ces familles ne semblent pas être les cibles prioritaires de l'opération.

Le réseau démantelé apparaît particulièrement bien rodé. En raison de la surveillance accrue des envois de mandats cash, les financiers se sont rabattus, à partir de 2019, sur l'utilisation de cryptomonnaie. La présente enquête porte sur l'achat de coupons compris entre 10 et 150 euros dans des bureaux de tabac répartis sur l'ensemble du territoire. « Ces coupons étaient ensuite crédités sur des comptes ouverts depuis l'étranger par des djihadistes qui se chargeaient de les convertir en cryptomonnaie sur des plateformes d'achat de bitcoins », relève le PNAT.

Plusieurs centaines de milliers d'euros transférés ?

A la tête de ce réseau, les enquêteurs ont retrouvé deux vieilles connaissances : Mesut Sekerci et Walid Fekkar, deux Français de 25 ans partis en Syrie en 2013 et qui se trouveraient actuellement dans le nord-ouest du pays, la dernière zone encore sous contrôle djihadiste. Condamnés à dix ans de prison par défaut en 2016 à Paris, et donc sous le coup d'un mandat d'arrêt, « ils sont suspectés d'être des membres du groupe terroriste Hayat Tahrir al-Cham affilié à Al-Qaïda », détaille le PNAT, qui estime à plusieurs centaines de milliers d'euros les fonds qui ont transité par cette structure pour alimenter Al-Qaïda mais aussi des groupes affiliés à l'organisation Etat islamique.

L'opération de ce mardi matin a mobilisé 360 policiers renforcés par dix équipes du RAID. Quelque 55 perquisitions ont été réalisées dans 26 départements. Sur les 29 personnes placées en garde à vue, le PNAT évoque la présence de deux personnes suspectées d'avoir joué les chevilles ouvrières du système en apportant leur aide logistique. L'identification des suspects a été rendue difficile par la possibilité d'acheter ces coupons de manière anonyme.

Parallèlement à ces placements en garde à vue, une trentaine d'auditions libres sont en cours, dont 21 personnes soupçonnées d'avoir envoyé de l'argent à leurs proches. « Seule l'aide envoyée par les familles permet aux enfants de manger de temps en temps des légumes, des fruits, quelquefois de la viande et de ne pas boire l'eau putride des réservoirs », souligne le collectif dans son communiqué, dénonçant cette opération et appelant une nouvelle fois au rapatriement des femmes et des enfants. Le recours à l'audition libre les concernant semble néanmoins indiquer que leur bonne foi n'est, à ce stade, pas remise en cause.

Six personnes suspectées d'avoir envoyé de l'argent à des proches dans le camp de Roj ont été placées en garde à vue « pour des raisons tenant aux nécessités de l'enquête », précise le PNAT. « On fait passer ces familles pour des financiers du terrorisme, c'est honteux, s'indigne Me Marie Dosé, l'avocate de quatre d'entre elles. Tant qu'il n'y aura pas de rapatriements, elles seront contraintes de passer par des intermédiaires pour envoyer de l'argent. Elles n'ont pas d'autres choix, il en va de la survie de leurs proches. »