Evacuation de migrants : à Calais, des violences « régulières » mais « invisibles »

Très médiatisée, l’évacuation violente de centaines de migrants à Paris lundi soir a suscité des critiques jusqu’au gouvernement. Ces événements se produisent pourtant « un jour sur deux » à Calais, rappellent des associations.

 Calais, le 19 novembre 2020. La police utilise des gaz lacrymogènes pour éloigner de l’autoroute des migrants qui tentent de monter à l’arrière de camions.
Calais, le 19 novembre 2020. La police utilise des gaz lacrymogènes pour éloigner de l’autoroute des migrants qui tentent de monter à l’arrière de camions.  AFP/Denis Charlet

Les « évacuations violentes » de campements de migrants, « rendues visibles » par l'importante médiatisation d'une opération controversée lundi soir place de la République à Paris, sont « régulières » voire quasi-quotidiennes mais « invisibles » à Calais, ont dénoncé ce mardi des associations intervenant sur le terrain.

« Je suis choquée, il s'est passé la même chose à Paris que sur le littoral » du Nord et du Pas-de-Calais, où se concentrent depuis des années des centaines de migrants désireux de rejoindre clandestinement la Grande-Bretagne, a déploré Claire Millot, de l'association Salam. « C'est le genre de choses qu'on voit un jour sur deux à Calais, des démantèlements de façon très brutale, où (les forces de l'ordre) prennent les tentes ou les lacèrent, prennent les couvertures, les vêtements », a-t-elle assuré.

« L'expulsion des lieux de vie, avec confiscation des bien personnels, dans un contexte violent accompagné d'interpellations […], ici c'est quotidien », a aussi affirmé Chloé Smidt, coordinatrice du Human Rights Observers (HRO) à Calais et Grande-Synthe, dénonçant une « banalisation » des violences.

Entre 600 et un millier de migrants à Calais

Contrairement aux évacuations parisiennes, « à Calais c'est aujourd'hui peu médiatisé », explique François Guennoc, représentant de l'Auberge des migrants. Alors que « tous les deux jours désormais », les autorités évacuent plusieurs petits campements simultanément, « c'est assez difficile à médiatiser : nos équipes sont éloignées du périmètre et les médias sont peu présents », poursuit-il. Face à une situation « installée » dans la durée, « il y a une certaine usure des médias ».

Les démantèlements massifs, plus rares, s'effectuent hors du centre-ville, dans des lieux souvent « difficiles d'accès ». A Paris, « il y avait aussi beaucoup de soutiens, des associatifs, des journalistes », qui devant les caméras « ont été nassés, matraqués, bousculés », ce qui a choqué l'opinion publique, ajoute-t-il.

Mais si elles sont moins visibles, ces évacuations entraînent « une dispersion importante des exilés dans la ville » rendant plus difficile l'action des associations. Entre 600 et un millier de migrants vivent actuellement à Calais selon les associations.

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Souvent mise en cause par les associations d'aide aux migrants, la préfecture du Pas-de-Calais, qui engage régulièrement des opérations de « mises à l'abri » des migrants, souligne que « l'action des forces de sécurité répond à des règles de déontologie strictes qui sont régulièrement rappelées par la hiérarchie ».