Escroquerie : les faux agents immobiliers logeaient des Africains sans papiers

L’affaire avait débuté par un banal contrôle de colis à l’aéroport de Roissy (Val-d’Oise). Onze suspects ont été interpellés en région parisienne et en province. Quatre hommes viennent d’être mis en examen à Troyes (Aube), dont deux ont été écroués.

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 La police aux frontières a démantelé un réseau de faux agents immobiliers qui surfait sur les difficultés de la diaspora à se loger.
La police aux frontières a démantelé un réseau de faux agents immobiliers qui surfait sur les difficultés de la diaspora à se loger. LP/M.G.

Pour les personnes sans papiers, se loger en région parisienne est un véritable casse-tête. C'est sur ce triste constat qu'un réseau de vrais escrocs et de faux agents immobiliers est parvenu, en exploitant cette situation difficile, à encaisser des centaines de milliers d'euros.

Quatre hommes, âgés de 40 à 45 ans, ont été mis en examen jeudi 11 février, à Troyes (Aube), pour escroquerie. Deux d'entre eux ont été écroués. Ce quatuor est le maillon final d'une chaîne que remontent depuis plus d'un an et demi les enquêteurs de la brigade mobile de recherche zonale de la police aux frontières (PAF) de Metz (Moselle).

C'est en septembre 2019 à l'aéroport de Roissy (Val-d'Oise) que cette enquête tentaculaire débute, lorsque les douaniers mettent la main sur un colis qui contient deux faux passeports et deux cartes d'identité sénégalais. Le paquet est destiné à une adresse à Troyes et les enquêteurs du groupe « filières » se mettent sur les traces de ce réseau. Ils identifient le destinataire et surveillent les activités d'escrocs béninois spécialisés dans l'arnaque aux chômeurs sur Facebook.

Des loyers pouvant aller de 500 à 1000 euros

Cette première piste va les orienter sur un autre groupe d'aigrefins d'origine béninoise, sénégalaise et ivoirienne qui a aidé les premiers à trouver des logements. « Ces hommes, installés en France depuis longtemps, profitent de la détresse des membres de la diaspora, souvent sans papiers, qui vivent en région parisienne. Ils les mettent en relation avec d'autres Africains qui leur sous-louent des appartements ou des chambres pour des loyers qui peuvent aller de 500 à 1000 euros », précise un enquêteur.

Les faux agents immobiliers encaissent au passage une commission d'un mois de loyer et fournissent également de fausses fiches de paye, des attestations d'employeur et diverses quittances pour aider à rassurer les logeurs.

Les policiers de la PAF ont placé le réseau sur écoute et ont mené des surveillances physiques. Ils ont découvert que depuis le début de l'année 2019, au moins 150 personnes ont pu bénéficier de ce système. Mais ils estiment que « le nombre de bénéficiaires est beaucoup plus important car ces pratiques perdurent depuis des années ».

Interpellés en Seine-Saint-Denis, dans les Yvelines…

Trente propriétaires de logements ont été entendus et ont expliqué qu'ils avaient accepté cette offre pour trouver des locataires. Les enquêteurs ont également découvert que cette équipe écumait les centres commerciaux pour contracter des crédits avec de faux papiers. L'idée étant d'encaisser l'argent avant de disparaître sans jamais rembourser.

Le 17 novembre 2020, les forces de l'ordre mènent une première vague d'arrestations en région parisienne et en province. Sept hommes sont présentés devant un juge de Troyes et cinq sont placés en détention provisoire. Les investigations se poursuivent et quatre autres suspects sont interpellés lundi dernier au Bourget (Seine-Saint-Denis), aux Mureaux (Yvelines), à Rouen (Seine-Maritime) et à Paris (15e).

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Durant leurs auditions, les onze personnes mises en cause sont passées aux aveux en tentant de minimiser leur implication. Dans l'ensemble, ils soutiennent qu'ils n'ont fait que rendre service en mettant en relation les logeurs avec des personnes qui avaient besoin d'un toit.

200 chômeurs escroqués sur Facebook

C’est en enquêtant sur cette affaire que les enquêteurs sont finalement remontés jusqu’à celle des faux agents immobiliers. D’autres professionnels de l’arnaque plumant les plus faibles. Sept hommes, âgés de 20 à 30 ans, ont été mis en examen au mois d’octobre 2020 à Troyes (Aube) et six d’entre eux ont été écroués. Ils sont soupçonnés d’avoir, depuis le début de l’année 2019, escroqué plus de 200 chômeurs via le réseau social Facebook.

Ces malfaiteurs d’origine béninoise ont été interpellés à Villejuif (Val-de-Marne), à Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne), à Reims (Marne) et à Troyes par les enquêteurs de la police aux frontières. Ils s’étaient spécialisés dans l’arnaque à la mise sous plis. La méthode est simple : ils ouvraient des comptes sur Facebook, proposant à des chômeurs de gagner de l’argent en mettant des courriers dans des enveloppes.

Mais, pour commencer à travailler, la victime devait recevoir une machine dédiée au publipostage. Le faux employeur envoie alors à son futur salarié un chèque volé censé couvrir son achat… avant de lui réclamer le remboursement d’une partie de la somme, environ 150 euros. La victime encaisse le chèque sur son compte en banque et fait un virement à l’escroc sur un compte PSC (carte de paiement sans compte bancaire), ouvert dans un bureau de tabac. Le préjudice provisoire est d’environ 30 000 euros pour les victimes, déjà fragiles, qui subissent souvent une interdiction bancaire après avoir encaissé un chèque frauduleux.