Enfants fauchés à Lorient : le chauffard condamné à cinq ans de prison ferme

En juin 2019, un jeune chauffard avait percuté trois enfants. Un était mort, un autre est handicapé à vie. Le jeune homme, lui, a affirmé à son procès ce lundi « n’avoir rien vu ».

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« On a vu la voiture percuter les enfants, leurs corps propulsés vers le garage. Le choc était très brutal. Je suis allé directement sur les lieux de l'accident; là, le premier enfant était gravement blessé. Son corps semblait désarticulé et il perdait beaucoup de sang. Il est décédé sous mes yeux. »

Ce lundi, à la barre du tribunal de grande instance (TGI) de Lorient (Morbihan), ce témoin de l'accident qui a coûté la vie à un enfant de 9 ans et blessé deux autres (dont un grièvement), à Lorient, le 9 juin 2019, tente de contenir ses sanglots. Ces faits, d'une grande violence, il les décrit précisément comme « une scène de guerre ». Derrière ce témoin très ému, toute la famille Arslan et leurs proches, qui occupent les bancs d'une salle d'audience bondée, se murent dans un silence déchirant. « Je suis désolé de ne pas avoir pu aider plus votre enfant. Mais au moins, j'ai été là pour lui lors de ses derniers instants. »

Ce jour-là, à la sortie du rond-point du centre commercial de Keryado, vers 17 heures, trois enfants ont été percutés de plein fouet par un véhicule roulant à plus de 70 km/h qui essayait d'échapper aux gendarmes depuis la commune limitrophe de Quéven. Bünyamin, 9 ans, est mort quelques instants plus tard. Son cousin Samet, 7 ans, a été très grièvement blessé (180 jours d'ITT au minimum) ; un autre de leurs cousins, Diyar, 9 ans, plus légèrement.

Kylian Le Reste, 20 ans, le conducteur, est connu de la justice pour usage et cession de stupéfiants, en récidive de conduite sans permis, et déjà sous contrôle judiciaire, ainsi que sa passagère, Gaëlle T. (21 ans), son ex-petite amie. Ils sortaient d'un week-end arrosé et ont poursuivi leur cavale après avoir abandonné leur véhicule, un Citroën Nemo, un peu plus loin. Lui s'est évaporé dans la nature, jusqu'à un signalement effectué, le 18 juin, grâce à la photo d'un appel à témoins, par la femme de ménage d'un hôtel de Lanester, où il se planquait depuis plusieurs jours. Gaëlle T. s'était déjà présentée d'elle-même aux autorités, trois jours après les faits.

Les histoires de cœur à l'origine de la tragédie

À la barre, Kylian, 22 ans aujourd'hui, se contente de répondre de façon laconique aux questions de la présidente : « J'ai rien vu. » A ses côtés, Gaëlle T. ne cesse de le contredire quant au déroulement présumé des faits. D'ailleurs, chaque pan de la version des faits présentée par Kylian est systématiquement réfuté par cette jeune femme impassible, au ton presque candide. Au point de faire soupirer la salle. Elle insiste pour dire qu'elle se trouvait sous l'emprise de Kylian, de qui elle était pourtant séparée depuis plusieurs mois, « mais [qu'elle] voyait de temps en temps » (sic). « Il m'a obligée à le suivre avant et après », glisse-t-elle. « Moi, je pense qu'elle veut toujours pas admettre qu'elle a encore des sentiments pour moi, même après tout ce que j'ai fait », rétorque Kylian.

La famille Arslan a pu rapidement réaliser que cette tragédie trouvait son origine dans leurs histoires de cœur. Après leur soirée en boîte de la veille, un premier accident de voiture au petit matin, et une nuit à Quimperlé (Finistère), ils devaient « reparler de leur relation » ce jour-là. Ce funeste jour où Kylian a voulu se dérober à un contrôle de gendarmerie à l'entrée de la commune où résident Gaëlle et sa famille.

« Toute la famille est morte ce jour-là »

Ce « non-couple » infernal agace passablement l'avocat des familles, Me Courtois : « Que de mensonges, incohérences et contradictions ! Ils n'ont rien vu, à aucun moment ? Et sinon, Kylian s'est posé la question d'assumer ? Et vous, mademoiselle, vous avez essayé de le convaincre de se rendre ? Cette relation n'est plus fusionnelle, elle est toxique ; elle est mortelle. » Pour le plaideur, ce jour-là, « ils ont tous deux eu conscience de cette réalité ».

A leur tour, les parents des victimes se succèdent pour témoigner de leur douleur. Les pleurs bouleversants de la mère du petit Bünyamin et le mutisme glaçant du petit Samet, aujourd'hui polyhandicapé, ont éveillé la colère du père de Diyar : « Et pourquoi il a pas de bracelet, lui ? Pourquoi il est pas en prison ? Chez nous, un enfant est mort, l'autre est handicapé à vie, et le dernier fait des cauchemars ! Chez nous, toute la famille est morte, ce jour-là. »

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Le parquet a requis à l'encontre de Gaëlle T. un an avec sursis. « Au vu de son mépris de la loi et d'autrui », il a réclamé huit ans de prison ferme à l'encontre de Kylian Le Reste et 150 euros d'amende, avec interdiction de repasser le permis pendant dix ans. L'homme a finalement été condamné à six ans de prison dont un an avec sursis probatoire pendant trois ans, assortis d'une obligation de travailler, d'indemniser les victimes, de soin, et d'une l'interdiction de paraître à Lorient. Il a été placé sous mandat de dépôt. Sa passagère a quant à elle écopé d'une peine d'un an de prison assorti d'un sursis probatoire de deux ans et d'une obligation de travail et de soins.