AbonnésFaits divers

En Gironde, l’espion se cachait à la mairie depuis trois ans

Un logiciel malveillant permettait de prendre le contrôle à distance d’ordinateurs, dont celui du maire de Salles. Les gendarmes tentent de démasquer l’auteur de ce piratage.

 A l’hôtel de ville de Salles (Gironde), quatre ordinateurs étaient contrôlés à distance depuis 2017 par un mystérieux espion.
A l’hôtel de ville de Salles (Gironde), quatre ordinateurs étaient contrôlés à distance depuis 2017 par un mystérieux espion.  Google Street

C'est un peu Big Brother à la mairie de Salles… Depuis quelques jours, une drôle d'histoire d'espionnage plombe l'atmosphère de cette commune de 7500 habitants proche du bassin d'Arcachon, en Gironde.

Cette mystérieuse affaire commence, par hasard, mi-septembre. Contrairement à son habitude, une employée de la mairie décide de rester à son bureau pendant sa pause déjeuner pour avancer sur ses dossiers. Et là, elle n'en croit pas ses yeux. Alors qu'elle ne touche pas le clavier de son ordinateur professionnel, celui-ci fonctionne sans son intervention.

« Les commandes de son poste lui échappaient. Les fichiers s'ouvraient tout seuls. Quelqu'un semblait agir dessus alors qu'aucun accord de contrôle à distance n'avait été demandé », raconte un membre de la mairie. L'employée donne l'alerte.

Très vite, l'équipe municipale constate que quatre ordinateurs — ceux du maire, du responsable du service comptabilité, du juriste et du secrétaire général — fonctionnent à distance. Le plus stupéfiant reste à venir : le responsable informatique de la mairie découvre un logiciel malveillant, probablement installé depuis… 2017 !

« Une affaire qui porte atteinte à la démocratie »

Le nouveau maire de Salles, élu cette année sous l'étiquette de l'Union de la gauche, ne comprend pas. « C'est surprenant, perturbant. C'est un choc. La mairie, ce n'est pas ultrasensible, ce n'est pas Bercy, mais il y a quand même des données personnelles, comme l'état civil, qu'il faut protéger », réagit Bruno Bureau. Depuis, par précaution, le maire a demandé que les puces GPS qui équipent les véhicules de la commune et le système de vidéosurveillance du site soient désactivées.

Son prédécesseur, Luc Dervillé (divers droite), en poste au moment où le système de piratage a été installé il y a trois ans, s'interroge également : « Ce n'est pas de mon fait car je n'allais pas m'espionner moi-même. Je n'ai pas d'hypothèse, mais c'est une affaire très grave qui porte atteinte à la démocratie. »

Plainte contre X

Bruno Bureau a déposé plainte contre X. Une enquête a été ouverte et confiée à la gendarmerie de Belin-Béliet. Une équipe de gendarmes de la brigade de lutte contre la cybercriminalité de Bordeaux s'est rendue sur place. Les ordinateurs piratés sont analysés en profondeur afin de remonter la piste du logiciel malveillant et d'identifier le ou les auteurs de cet acte de malveillance. Depuis, les appareils ont été nettoyés et sécurisés.

Reste la question principale : qui a commis cet acte de cyberespionnage pendant trois ans et pourquoi ? Piste politique, crapuleuse, acte isolé d'un hackeur, ou autres ? De source proche de l'enquête, on indique que toutes les hypothèses sont étudiées. Depuis, Salles tente de retrouver sa quiétude habituelle. Mais chacun espère vite savoir qui est l'auteur de ce piratage.