«Elle est passée sur le chemin Fourniret» : les propos troublants du tueur en série sur Lydie Logé

Pendant près de trente ans, la disparition de cette jeune femme dans l’Orne est restée un mystère pour la justice. Michel Fourniret, qui vient d’être mis en examen, a reconnu à demi-mot son implication après des découvertes troublantes.

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 «Je ne crois pas que cela puisse être quelqu’un d’autre que moi», a confessé Michel Fourniret (ici en septembre 2018) en garde à vue.
«Je ne crois pas que cela puisse être quelqu’un d’autre que moi», a confessé Michel Fourniret (ici en septembre 2018) en garde à vue. PHOTOPQR/L’Yonne Républicains/Jérémie Fulleringer

Elle serait la douzième victime recensée de Michel Fourniret. Celle qui permet aux enquêteurs et magistrats, qui tentent depuis vingt ans de retracer son itinéraire meurtrier, de cocher une case dans cette fameuse période blanche, entre 1990 et 2000, durant laquelle aucun crime n'a pu lui être relié. Lydie Logé, une femme de 29 ans disparue dans l'Orne en 1993, est désormais comptabilisée dans le palmarès sanguinaire du tueur en série depuis que celui-ci a été mis en examen pour « enlèvement suivi de mort » sur sa personne le 22 décembre dernier.

« Je ne crois pas que cela puisse être quelqu'un d'autre que moi qui aie mis fin à son parcours de vie », a confessé le septuagénaire, sibyllin, lors de sa garde à vue. Son ex-épouse, Monique Olivier, a été mise en examen le 8 janvier pour « complicité » dans cette affaire longtemps perdue dans les limbes judiciaires.

Lydie Logé, 29 ans, a disparu en 1993 dans l’Orne. DR
Lydie Logé, 29 ans, a disparu en 1993 dans l’Orne. DR  

Les investigations, dont nous avons pris connaissance, avaient en effet mal commencé. En 1993, Lydie Logé, jeune documentaliste aux cheveux bruns domiciliée à Saint-Christophe-le-Jajolet (Orne), traverse une séparation douloureuse après sept ans de mariage. Le 18 décembre après-midi, après avoir bu le café chez sa voisine, cette mère d'un enfant de sept ans part faire des courses de Noël et acheter un sapin à Argentan. À son retour chez elle, vers 19 heures, elle téléphone à ses parents puis s'évapore.

Le lendemain, son ex-mari découvre son pavillon vide, volets fermés. La voiture de Lydie est garée devant la maison, clé sur le contact. On croirait à un départ précipité : les chauffages sont allumés, une casserole est encore sur le gaz, du linge est dans la machine… Quelques affaires personnelles – maquillage, bijoux, paires de chaussures – ont disparu. Fuite volontaire, pensent les enquêteurs qui dressent le portrait d'une femme « fragile, précaire et dépressive, vivant mal son divorce en cours » et qui « avait déjà fait une tentative de suicide ». Il n'y a guère que son mari pour faire office de suspect – en raison de rumeurs de violences conjugales non confirmées – mais rien ne l'incrimine.

Le fils de Fourniret a résidé dans l'Orne à cette époque

En 2016, les policiers de l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) ouvrent de nouvelles perspectives. Dans le cadre de deux affaires de meurtre pour lesquelles Michel Fourniret est mis en examen – Mouzin et Parrish –, des analyses génétiques sont menées sur « 736 éléments pileux découverts dans le véhicule C25 » de l'Ogre des Ardennes. Un camion acquis en 1996, mais où le tueur entreposait « des coussins qu'il utilisait déjà dans un autre véhicule ». Plusieurs empreintes ADN extraites par les scientifiques demeurent inconnues.

«Elle est passée sur le chemin Fourniret» : les propos troublants du tueur en série sur Lydie Logé

Une liste de 20 victimes potentielles de Fourniret est établie par les policiers en vue de comparaisons ADN de « parentèle » (par un proche de la victime). Parmi elles, Lydie Logé. En décembre 2018, le procureur d'Argentan ordonne de nouvelles expertises dans ce dossier déjà classé deux fois. Trois mois plus tard, premier rebondissement : l'ADN d'un cheveu qui se trouvait sur le tapis plain bleu découvert sous la banquette du véhicule C25 de Michel Fourniret établit une correspondance avec celui de la mère de la documentaliste. Une contre-expertise valide ce résultat sans appel.

Les enquêteurs se replongent alors dans le passé de Fourniret pour trouver la trace d'un périple dans l'Orne en 1993. S'il vit alors à Sart-Custinne (Belgique), il apparaît que son fils Nicolas a résidé dans le département normand à une époque proche. Il est décédé en 1995 lors d'un accident du travail au Ménil-Berard, une commune proche de Saint-Christophe-le-Jajolet. Un coup d'œil à son agenda montre aussi que le tueur avait des amis dans le secteur. Sans compter que, après son arrestation dans les années 2000, il avait déclaré aux policiers belges avoir agressé une femme « après 1993 » avec une arme volée à la police aux frontières, sans que la victime n'ait jamais été identifiée…

Une femme affirme avoir été abordée par Fourniret en 1990

Mais il y a un hic : une note de frais laisse penser que Fourniret travaillait sur un chantier en Belgique le jour de la disparition de la documentaliste. Un faux fabriqué pour se constituer un alibi? « Ça aurait bien été dans son style », lâchera son ex-femme, Monique Olivier, en garde à vue. En mai 2019, nouvel indice : après avoir lu un article du Parisien sur l'affaire Lydie Logé, une femme contacte les enquêteurs et affirme avoir été abordée par Michel Fourniret et Monique Olivier en 1990, dans une commune proche de Saint-Christophe-le-Jajolet. Âgée de 11 ans à l'époque, elle raconte que le couple aurait tenté de la faire monter dans sa voiture avant d'y renoncer à l'arrivée d'un voisin.

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« Ce témoignage démontre que le couple Fourniret-Olivier a pu sévir dans la région du lieu de disparition de Lydie Logé », tranche l'OCRVP dans une synthèse. En octobre 2019, plus troublant encore : lors d'une perquisition dans la cellule de Fourniret, la juge Khéris met la main sur un écrit évoquant « les marnières de Tinchebray » situées à quelques kilomètres de Saint-Christophe-le-Jajolet. Interrogé à ce sujet, le tueur lâche qu'il n'est « pas impossible qu'il ait déposé un corps là-bas »…

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Placé en garde à vue à l'OCRVP en novembre, Fourniret est confronté à plusieurs photos de Lydie Logé. Il multiplie les formules ambiguës laissant penser qu'il est impliqué dans sa disparition. « Je suis pas sûr mais ce visage-là, je le connais. Ces traits ne me sont pas inconnus, répète-t-il. […] Pour moi, c'est quelqu'un que j'ai déjà rencontré. » Et l'ADN? « Alors là, je tombe des nues », s'exclame Fourniret. Avant de s'autoincriminer : « C'est un âge qui correspond à ce que je cherchais. […] Si cet ADN a été découvert, c'est qu'elle est passée sur le chemin Fourniret. » En clair, le tueur balaye lui-même la thèse selon laquelle il ne s'attaque qu'à de jeunes vierges!

Pas d'aveux circonstanciés

Au fil des discussions décousues, le tueur en série imagine comment Lydie Logé aurait pu le déstabiliser durant son enlèvement, ce qui aurait précipité le meurtre. « Cette personne est témoin de mon incapacité […] Elle est là et témoin de votre faiblesse […] À partir de ça, il suffit d'un simple regard. Cela vous prend de court, vous êtes paumé, il faut que la situation cesse vite, vite vite », développe-t-il en fondant en larmes. Puis se met à mimer un étranglement… « Je ne vous garantis pas que ce fut la situation… mais cela doit s'en approcher », glisse-t-il aux enquêteurs. Mais jamais Fourniret ne livre d'aveux circonstanciés, plaidant les problèmes de mémoire. En toute fin de garde à vue, il lâche ces derniers mots en forme d'épitaphe : « Quel connard j'ai été ! ». Tout en ajoutant aussitôt qu'il parle « en général » et non pour « une situation en particulier ».

« Jamais mes clientes n'avaient envisagé la piste Fourniret. Cette révélation a été un choc », confient Mes Didier Seban et Corinne Herrmann, les avocats de la mère et des sœurs de Lydie Logé. En garde à vue, Monique Olivier, a, elle, clamé que cette affaire lui était totalement étrangère. « Jusqu'à preuve du contraire, ma cliente n'a rien n'a voir dans ces faits, insiste son avocat, Me Richard Delgenes. Ces dernières années, quand elle a pu aider la justice, elle l'a fait. »