Drame de Rochefort : l’enquête est close, 5 ans après la mort de 6 adolescents

En 2016 un camion de chantier avait découpé un car scolaire, tuant 6 collégiens et lycéens à Rochefort. 5 ans après le drame, le juge a enfin clos son enquête, ouvrant la voie au procès du chauffeur et d’Eiffage, la société propriétaire du camion.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 A Rochefort, le 11 février 2016, la ridelle d’un utilitaire du groupe Eiffage avait découpé un bus scolaire d’un bout à l’autre, à hauteur des vitres.
A Rochefort, le 11 février 2016, la ridelle d’un utilitaire du groupe Eiffage avait découpé un bus scolaire d’un bout à l’autre, à hauteur des vitres. LP/Yann Foreix

« J'attendais cela depuis 5 ans. Je ne sais pas s'il faut rire ou pleurer », souffle Alexandra Moreau, en larmes. Ce mercredi, cette mère de famille rochefortaise a pris connaissance d'un « avis de fin d'information » délivré par le juge d'instruction de La Rochelle. Voilà cinq années qu'elle guettait ces mots, synonymes d'un futur procès : « L'instruction est terminée ». Le 11 février 2016 à Rochefort (Charente-Maritime), son fils de 17 ans, Yoni Havy, et cinq autres jeunes trouvaient la mort dans un accident de car scolaire.

La ridelle d'un utilitaire appartenant au groupe Eiffage l'avait découpé d'un bout à l'autre, à hauteur du pare-brise et des vitres latérales. Deux autres adolescents avaient été blessés grièvement dans ce drame au retentissement national. Depuis, les familles des victimes comme leurs avocats butaient sur le silence du juge d'instruction rochelais, englué de son propre aveu dans de « nombreuses expertises chronophages » et « la complexité des faits ».

«Nous avons obtenu un rapport d'expert qui incrimine le véhicule et, par corrélation, son propriétaire»

En novembre dernier, ce dossier avait déjà pris une tournure nouvelle que les parties civiles réclamaient de longue date. Eiffage, transnationale du BTP, était à son tour mis en examen pour homicide involontaire. Mais l'information a été portée à la connaissance des familles voilà seulement… deux semaines. « Nous n'avions plus aucune nouvelle depuis près de 2 ans. C'est une très bonne nouvelle, le groupe est aussi responsable que le chauffeur », témoigne Anthony Coupeau, le frère aîné de Bastien Coupeau décédé alors qu'il venait tout juste de fêter ses 18 ans le 27 janvier.

Jusqu'à cette mise en examen du groupe Eiffage, seul le conducteur rochefortais – 24 ans aux moments des faits – était mis en examen pour homicide involontaire et blessures involontaires. Son camion de 13 t venait ce 11 février 2016 de quitter son dépôt, à vide, et roulait à 49 km/h avec sa ridelle latérale gauche inclinée à 90 degrés. Long d'un mètre, ce panneau métallique avait percuté le car scolaire à 7h16, ce matin-là. Me Thierry Sagardoytho, son avocat depuis l'automne 2016, se félicite de cette seconde mise en examen. « C'est l'évolution logique des expertises et de l'enquête. L'entretien du véhicule et sa conformité aux normes posent indéniablement difficulté dans la survenance du drame. A force d'expertises techniques approfondies, nous avons obtenu un rapport d'expert qui incrimine le véhicule et, par corrélation, son propriétaire », estime-t-il.

«Il aurait eu 22 ans»

« Cette mise en examen est normale. Le camion appartenait à Eiffage, chacun doit assumer ses responsabilités », juge Alexandra Moreau. Mercredi, cette mère de famille s'est rendue sur les lieux du drame avec ses deux autres enfants. « Je vais déposer une rose. Il aurait eu 22 ans », souligne-t-elle. Yoni Havy était né un 10 février. « On devait fêter son anniversaire le samedi suivant le drame… Je n'ai même pas pu lui offrir son cadeau », expliquait-elle au Parisien l'an dernier. Cinq ans après ce tragique accident, la ville de Rochefort a décidé d'organiser ce jeudi matin « un ho€mmage silencieux » en présence des familles et des autorités locales. « Je ne voulais pas y aller, reconnaît Alexandra Moreau. Ce n'est pas facile, il faut s'attacher aux bons souvenirs. Mais la sœur de Yoni et la meilleure amie de mon fils souhaitaient y assister. »

Eiffage, de son côté, ne souhaite formuler « aucun commentaire ». Le parquet de La Rochelle doit maintenant formuler ses réquisitions, avant un éventuel renvoi au tribunal du chauffeur et d'Eiffage.