Disparition de Cécile Vallin : «Aucun deuil n’est possible», confie son père, noyé dans l’incertitude

Jonathan Oliver, le père de Cécile Vallin, disparue en 1997, veut toujours croire à la résolution de cette affaire. Un dossier à retrouver ce jeudi dans l’émission « Non élucidé » en partenariat avec RMC Story.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Depuis bientôt 24 ans, Jonathan Oliver se bat pour que Cécile, sa fille disparue sans laisser de traces, ne tombe pas dans l’oubli.
Depuis bientôt 24 ans, Jonathan Oliver se bat pour que Cécile, sa fille disparue sans laisser de traces, ne tombe pas dans l’oubli.  LP/Frédéric Dugit

« Je n'oublie Cécile aucun jour de mon existence ». Depuis bientôt 24 ans, Jonathan Oliver, le père de Cécile Vallin, 17 ans, disparue à Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie), se bat pour que l'enquête ne tombe pas dans l'oubli.

Le 8 juin 1997, Cécile quitte sa maison, sans plus jamais donner signe de vie. Plusieurs pistes ont été suivies depuis et au printemps dernier, l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) de la Direction centrale de la police a été saisi du dossier. De quoi redonner espoir à Jonathan Oliver qui, depuis sa petite maison de bord de mer dans le Calvados, n'a jamais baissé les bras.

Un nouveau chapitre s'est ouvert au printemps dernier, comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?

JONATHAN OLIVER. C'est absolument formidable. Ces nouveaux enquêteurs accordent ainsi un statut particulier au dossier de Cécile, qui devient officiellement un « cold case ». C'est une remise à plat par une équipe dédiée. Je les ai rencontrés en novembre, ils devaient se rendre à Saint-Jean-de-Maurienne en janvier.

Vous êtes l'une des dernières personnes à avoir parlé au téléphone avec Cécile cet après-midi-là, que vous a-t-elle dit ?

Elle était embêtée car elle avait invité des amis la veille dans le logement de fonction du lycée où elle vivait avec sa mère et son beau-père, proviseur. Il était interdit à Cécile d'y inviter des élèves. Elle voulait leur dire qu'elle avait fait cette petite fête. Pour moi, elle était gênée mais pas dans un profond désarroi. C'était une gêne passagère. Je lui ai dit que le plus important, c'était son baccalauréat et ses révisions. Ses derniers mots pour moi ont été : Je vais m'y mettre

Newsletter L'essentiel du matin
Un tour de l'actualité pour commencer la journée
Toutes les newsletters

Mais, elle ne s'est pas mise au travail. Cécile est sortie de la maison…

Elle a essayé de joindre sa sœur aînée Chloé, sa confidente. Elle lui a laissé un message sur le répondeur de son fixe. Ensuite, elle est sortie. Des jeunes qui la connaissaient ont témoigné l'avoir vue. La dernière fois qu'elle a été aperçue, elle marchait sur une route juste en dehors de Saint-Jean-de-Maurienne.

PODCAST. Qu'est-il arrivé à Cécile Vallin, 17 ans, disparue en 1997 ? 23 ans après, la justice relance l'enquête

Vous n'avez jamais envisagé la piste de la fugue ou d'un geste plus malheureux ?

Je n'ai pas de scénario particulier en tête. Je me dis simplement que Cécile n'a pas disparu toute seule. Je n'imagine ni la fugue, ni le suicide. Elle n'était ni déprimée, ni solitaire. Elle avait plein d'amis, d'activités et avait un projet, celui de s'installer à Grenoble avec une copine après son bac. Et puis, il n'y avait pas d'antécédents. Il n'y avait aucune ombre au tableau.

Beaucoup de pistes ont été explorées depuis, dont celle de Michel Fourniret. Y croyez-vous ?

C'est une piste plausible mais elle ne m'obnubile pas. Et puis ça correspond au grand trou dans l'emploi du temps de ce tueur. ( NDLR : entre 1990 et 2000, les mouvements de Michel Fourniret sont toujours une énigme ) Les gendarmes de l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN) ont cherché l'ADN de Cécile dans la camionnette du tueur mais ils ne l'ont pas trouvé. Ce serait de toute façon épouvantable de savoir que cette piste-là est la bonne. Cela suppose une abominable douleur et une issue fatale.

Cécile Vallin a disparu en juin 1997 à l’âge de 17 ans.LP/Frédéric Dugit
Cécile Vallin a disparu en juin 1997 à l’âge de 17 ans.LP/Frédéric Dugit  

En 2008, un juge d'instruction a ordonné la fouille de l'autoroute A43, en chantier à Saint-Jean-de-Maurienne à l'époque de la disparition.

C'était une initiative importante et coûteuse. Un géo-radar a sondé les cavités de l'autoroute, au cas où quelqu'un y avait enterré Cécile. Ils n'ont pas trouvé. Mais ça ne veut pas dire qu'un ouvrier du chantier n'est pas responsable de sa disparition. Beaucoup d'ouvriers qui travaillaient sur ce chantier étaient sans papier, il a été impossible de retrouver toutes leurs traces.

Vous étiez très proche de votre fille cadette malgré la distance…

Nous nous appelions au moins une fois par semaine et nous avions pris la décision de se voir au minimum une fois par mois. Cécile était très affectueuse. Elle m'avait écrit un petit mot dans un cahier d'école avec un petit dessin juste avant la disparition, elle me disait : C'est super qu'on se voit au mois de juin. Bisou mon p'tit papa. Elle m'aimait, je l'aimais.

Depuis sa disparition, vous avez fait de l'affaire Cécile le combat de votre vie ?

C'est une évidence de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour alerter et répondre aux demandes des médias. Si je ne sais pas ce qu'il s'est passé, aucun deuil n'est possible. Des gens me disent de tourner la page, mais il est impossible de tourner la page sur son enfant. Ce que j'ai accepté par contre, c'est que peut-être je ne saurais pas ce qu'il s'est passé avec Cécile. Ce n'est pas de la résignation, j'ai toujours espoir. Je ne souffre pas tous les jours de sa disparition mais la plaie ne se refermera jamais. Je lui dis des mots d'amour tous les jours, comme un petit refrain. C'est ma façon de vivre avec Cécile et sans Cécile.

« Non élucidé », l'affaire Cécile Vallin. Diffusion le jeudi 4 février à 21 heures sur RMC Story.