De la pub au règlement de compte : la descente aux enfers d’un ancien directeur de Publicis

Selon nos informations, l’ex-directeur régional de Publicis à Nantes aurait mené une expédition punitive au pistolet-mitrailleur pour récupérer une dette de stupéfiants de… 60 euros.

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 Burn-out, perte de son emploi, divorce difficile, puis dépression… En trois ans, la vie de l’ex-directeur régional s’est effondrée.
Burn-out, perte de son emploi, divorce difficile, puis dépression… En trois ans, la vie de l’ex-directeur régional s’est effondrée. CLOD

L'homme n'a plus beaucoup de cheveux. A 60 ans, il a un peu perdu de sa superbe, même si l'on décèle dans son maintien les muscles d'un sportif. Sa passion, c'était le cyclisme sur route, qu'il pratiquait avec des amis quand sa fonction de directeur régional du groupe Publicis lui laissait un peu de temps. Derrière son masque, on décèle la fragilité d'un homme qui a perdu pied. Pas le profil du candidat idéal pour semer la terreur à Nantes (Loire-Atlantique) avec un pistolet-mitrailleur.

Pourtant, il a reconnu les faits devant le juge d'instruction. Il serait l'auteur des coups de feu entendus dans la nuit du 1er au 2 juillet 2020 vers 2h30 rue Félix-Lemoine. Une femme, résidente dans l'appartement visé par les tirs, a été gravement blessée au ventre par « une balle perdue ».

Il était passé à l'appartement du couple quelques heures plus tôt, avec une amie qui l'aurait incité à les menacer. « Elle était très insistante sur cette dette », aurait-il déclaré au juge. L'expert psychiatre qui a examiné l'ancien publicitaire ne relève pas de « dangerosité psychiatrique ». Plus ou moins sous emprise de son amie, « il voulait se sentir important à ses yeux », pense le médecin pour expliquer le passage à l'acte.

Un sac pour récupérer les douilles

C'est pour cela qu'il revient en pleine nuit, équipé d'un pistolet-mitrailleur dont le chargeur est équipé d'un sac plastique « pour récupérer les douilles ». Pendant toute l'intervention, lui et son amie ont éteint leurs portables pour éviter une localisation. Il tire sur les volets de l'appartement, une balle ricoche et traverse la fenêtre pour venir se loger dans le ventre de la victime, qui sera transportée à l'hôpital en urgence.

Quand les policiers viennent l'interpeller à son domicile quelques jours plus tard, grâce au témoignage des victimes, ils trouvent un véritable arsenal de guerre dans son appartement. Deux kalachnikovs, des pistolets, des fusils d'assaut, quinze grenades, deux mortiers et trois obus. Si la plupart des armes étaient démilitarisées et faisaient partie d'une collection, plusieurs fonctionnaient encore.

La descente aux enfers

Comment un homme influent, très à l'aise financièrement se retrouve-t-il au RSA à traquer un couple pour une dette de quelques dizaines d'euros ? « C'est l'histoire d'un homme fragile qui s'est construit sur une image, explique Me Matthieu Créach, l'avocat de l'ancien cadre. Il a vécu une véritable descente aux enfers depuis trois ans. » Tout commence par un burn-out suivi de la perte de son emploi, couplé à un divorce difficile. Il fait une dépression. L'homme à qui tout souriait, perd ses attributs de pouvoir en un rien de temps. Il est obligé de vendre un appartement à La Baule et de pointer au RSA pour rester à flot et garder les apparences.

Heureusement, il peut compter sur ses parents qui, même s'ils sont très âgés, lui versent de l'argent tous les mois pour subvenir à ses besoins. Il tente de remonter une entreprise, mais ça ne fonctionne pas vraiment. Il commence à inventer des histoires « pour continuer à exister ». Il vit dans un appartement bien au-dessus de ses moyens, dont le loyer est payé par ses parents. Il fait croire à ses amis qu'il a un cancer des poumons. « J'étais allé voir mon médecin pour mes problèmes de santé, explique-t-il. Il a pensé que j'avais peut-être un cancer. Ça m'a fait un choc et j'en ai parlé autour de moi. Quand j'ai su que ce n'était pas ça, je n'en ai plus reparlé et je n'ai pas démenti. »

Une histoire difficile à avaler pour le parquet qui fait appel cette semaine de son placement sous bracelet électronique. « A-t-il été manipulé à une période difficile de sa vie ? A-t-il rencontré une personne toxique ? S'interroge l'avocate générale de la chambre de l'instruction de Rennes. Ce n'est pas si simple que ça. Il est passé à l'acte avec facilité et en préparant son coup. Ça ne ressemble pas à un coup de colère. »

Maintien en détention provisoire

Dans une agglomération nantaise durement touchée par l'usage des armes à feu au cours de l'année passée, les autorités ne souhaitent pas faire preuve de mansuétude. Avec 35 fusillades en 2020 et 64 en 2019, certains quartiers sont en proie à des règlements de compte sur fond de trafic de stupéfiants. Rien à voir avec le profil de ce sexagénaire en manque de reconnaissance. Il est décrit comme « un grand sportif, qui ne boit pas, ne fume pas et évidemment ne prend pas de drogue ». Son amie semblait cependant fournir de la cocaïne par-ci par-là.

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Le couple s'est revu lors d'une confrontation le 29 janvier dernier où chacun est resté campé sur ses positions. Lui, reconnaît les faits mais affirme que c'est elle qui l'a poussé à agir. Elle, au contraire, dit qu'il avait tout prémédité. Alors qu'il espérait sortir de prison pour reprendre la gestion de la petite entreprise d'art qu'il a créée en 2018, la chambre de l'instruction a décidé jeudi de son maintien en détention à la suite de l'appel du parquet. « L'expertise psychiatrique montre pourtant que ce n'est pas un homme dangereux, déplore son avocat. Maintenant que la réalité de sa situation a été révélée, il a réalisé l'ampleur de ce qu'il avait fait. Il n'y aura plus de passage à l'acte. »