Coup de filet dans le milieu de la mafia géorgienne Vory v Zakone

Selon nos informations, 24 personnes, venues de Géorgie mais résidant en France, ont été interpellées, dont un «vor», un chef identifiable à ses célèbres tatouages. Un réseau spécialisé dans les vols et les cambriolages en tout genre.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Parmi les signes distinctifs des «vory v zarkone», les tatouages traduisent le parcours et la spécialité de chaque membre.
Parmi les signes distinctifs des «vory v zarkone», les tatouages traduisent le parcours et la spécialité de chaque membre.  FUEL/Arkady Bronnikov

Vols de bijoux, de voitures, de grands crus, contrebande de cigarettes, extorsion, cambriolages… un réseau de Vory v Zakone, - « les voleurs dans la loi » surnommés aussi « sportifs » ou « boxeurs » - soupçonné d'avoir commis de nombreuses exactions dans les départements de l'ouest de la France a été démantelé ce mardi matin. Selon nos informations, 24 malfaiteurs présumés, venus principalement de Géorgie mais résidant en France, ont été interpellés à La Roche-sur-Yon (Vendée), Bordeaux (Gironde), dans les Deux-Sèvres ou les Pays de Loire par les enquêteurs de l'Office central de lutte contre la criminalité (OCLCO) avec l'appui des forces d'intervention du Raid et de la Brigade de recherche et d'intervention. L'enquête qui a démarré il y a deux ans a pour nom « Bratva » (confrérie) dans l'argot des organisations criminelles russes. Ce mercredi, deux nouvelles interpellations ont eu lieu dans les Pays-de-Loire : un des lieutenants du Vor, qui revenait de Belgique avec son épouse. Ils ont été interpellés sur la voie publique, ce qui porte à 26 le nombre d'interpellations.

Parmi eux beaucoup de « soldats » mais aussi une tête couronnée, un « vor », âgé de 58 ans. Ce chef identifiable par ses tatouages d'étoiles à huit branches a été arrêté à La Roche-sur-Yon. Les perquisitions qui n'étaient pas encore terminées dans l'après-midi se révèlent fructueuses. Outre 20 000 euros et un fusil à canon scié retrouvés, les enquêteurs ont saisi plusieurs voitures, une centaine de cartouches de contrebande, des vêtements, une vingtaine de grands crus de Bordeaux, du matériel permettant les effractions…

Le mode opératoire était toujours identique : des cambriolages dans des maisons d'habitation ou des entreprises, des vols pratiqués à grande échelle par des « soldats » qui partaient par petit groupe ratisser les secteurs choisis. Certains vols donnaient lieu également à des extorsions avec violence. La marchandise était écoulée en partie dans des épiceries tenues par des Géorgiens (notamment les cartouches de contrebande de cigarettes). Deux garagistes, interpellés dans les Deux-Sèvres, font partie aussi des gardés à vue.

Les «vors» implantés dans toute l'Europe

Les enquêteurs de l'OCLCO ont agi sur commission rogatoire délivrée par un magistrat de la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Rennes pour des faits de « vols, recel en bande organisée, contrebande de cigarettes, blanchiment aggravé et association de malfaiteurs ». Les gardes à vue qui doivent durer 96 heures risquent d'être peu fructueuses car en général les « voleurs dans la loi », régis par un code d'honneur strict, se montrent peu bavards.

Ces malfaiteurs font partie d'une des organisations criminelles les plus structurées, disposant d'une hiérarchie et de moyens importants. « Ingénieuse et opportune, la criminalité organisée géorgienne ne cesse de se développer sur le territoire, profitant de la mondialisation et se jouant des failles juridiques de l'espace Schengen » note le Service d'information, de renseignement et d'analyse stratégique sur la criminalité organisée (SIRASCO) (NDLR : chapitre consacré à la criminalité géorgienne dans le rapport du Sirasco 2020).

Apparu dans les années 1920 en Russie, cet ordre dispose de chefs de région, les « vors », qui dirigent les « smotryachi », ces lieutenants affectés à un secteur et chargés du contrôle des « chestiorki », les voleurs. En échange de la protection du « vor » et d'une aide en cas d'incarcération, les voleurs versent une sorte de dîme, l'« obshak » à la mafia. La Turquie est le pays de transit privilégié des « vors » pour entrer en Europe, selon le Sirasco. Ils profitent de la possibilité de changer facilement d'état civil en Géorgie.

Newsletter L'essentiel du matin
Un tour de l'actualité pour commencer la journée
Toutes les newsletters

Les chefs de clans se livrent parfois une guerre sans merci. En mars 2018, un règlement de compte en France entre « vors » au pistolet automatique avait conduit à la blessure de l'un d'entre eux et la mort de son épouse. Les tueurs étaient venus de Géorgie en voiture. Le 25 janvier 2021, trois « vors » ont été respectivement condamnés à 10 et 8 ans dans une précédente affaire réalisée par l'OCLCO dans laquelle 35 malfaiteurs Géorgiens ont été poursuivis.