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Coup de filet antipédophile : «Nous avons ciblé les individus au profil inquiétant»

Le commissaire Eric Berot, chef de l’Office central pour la répression des violences aux personnes, révèle au Parisien-Aujourd’hui en France les dessous de l’opération qui a abouti à l’interpellation d’une soixantaine de personnes soupçonnées de téléchargement de fichiers pédopornographiques.

 « Cela fait plusieurs semaines que notre service réalisait une veille sur ces réseaux pédophiles », explique le commissaire Berot. Illustration.
« Cela fait plusieurs semaines que notre service réalisait une veille sur ces réseaux pédophiles », explique le commissaire Berot. Illustration. LP/Arnaud Dumontier

Les chiffres donnent le vertige : 65 suspects en garde à vue, plus de deux cents enquêteurs mobilisés, une trentaine de départements concernés, plus de 71 dossiers judiciaires ouverts… Tel est le résultat du vaste coup de filet antipédophile réalisé par la police judiciaire entre lundi 5 et ce jeudi 8 octobre au matin. Directeur de l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP), service qui a coordonné les opérations, le commissaire divisionnaire Eric Berot dresse un état des lieux de la lutte contre la pédopornographie en France.

En quoi cette opération est-elle inédite ?

ERIC BEROT. Nous avons mis un très gros dispositif sur l'ensemble du territoire national, avec 220 fonctionnaires des DIPJ (NDLR : directions interrégionales de la police judiciaire) mobilisés, dont une cinquantaine de spécialistes en informatique. L'idée de cette opération était de mettre un coup de pied dans la fourmilière et de montrer que la lutte contre la pédopornographie sur Internet est journalière à l'OCRVP, que la vigilance est permanente. Cela fait plusieurs semaines que notre service réalisait une veille sur ces réseaux pédophiles. Nous avons ciblé des individus qui avaient des profils inquiétants du fait de leur profession, qui étaient déjà connus pour des faits semblables ou inscrits au Fijais (Fichier des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes) ou enfin qui sont soupçonnés de se livrer à du téléchargement de fichiers pédopornographiques de masse. Il s'agit donc de personnes potentiellement dangereuses. Nous n'avons pas interpellé des internautes qui ont téléchargé de façon fortuite ces contenus.

Des soupçons de viols ont été découverts lors des analyses informatiques… La consultation de fichiers pédopornographiques favorise-t-elle le passage à l'acte ?

Cette question mériterait d'être posée à un psychiatre. En tout état de cause, déjà quatre individus parmi les suspects interpellés ont été incriminés pour des viols sur mineurs et nous ne sommes qu'au début des investigations. Il n'est pas exclu qu'il y en ait d'autres. Si nous atteignons 10 %, ce sera déjà un pourcentage inquiétant. Cela montre que le fait de télécharger des fichiers pédopornographiques n'est pas anodin. Cette activité crée une excitation propice au passage à l'acte. Les auditions des suspects nous apprennent qu'Internet les a désinhibés. Ces personnes ont parfois des pulsions qu'ils refrènent, mais quand ils vont sur Internet, et en particulier sur le Darknet, ils se rendent compte qu'ils sont des centaines. Et cela crée une émulation dans cette communauté d'adeptes de la pédophilie, où l'on s'entraide, on se félicite, on se pousse à passer à l'acte, on se donne des conseils juridiques… « C'est le festival », nous a dit une fois un suspect qui a découvert ce monde sur Internet.

Sur le plan technique, les méthodes de pédophiles ont-elles changé ?

Il y a une utilisation de plus en plus répandue du Darknet, c'est certain. Les suspects s'adaptent aussi à nos techniques d'enquête, d'où notre discrétion à ce sujet. Ils se donnent des informations entre eux, connaissent bien la loi et savent par exemple la différence juridique entre une agression sexuelle et un viol. Ils font donc très attention dans leurs auditions sur ce qu'il faut dire ou ne pas dire pour ne pas voir leurs charges alourdies lors d'un attouchement ou d'une pénétration par exemple. Néanmoins, à l'OCRVP, nous avons des outils informatiques précieux pour les détecter. Il n'y a aucune impunité sur Internet. Il nous faudrait maintenant une coordination nationale des actions de lutte contre la pédopornographie qui serait coordonnée par l'OCRVP, comme cela existe dans la lutte contre le trafic de drogue.

Comment peut-on être certain que ceux qui ont téléchargé ou consulté les fichiers pédopornographiques sont bien les titulaires de l'adresse IP détectée ?

Effectivement, certains suspects piratent parfois les adresses IP de proches ou de collègues de travail. On a connu par deux fois ce cas de figure. Une personne s'était fait pirater son adresse IP par un voisin, une autre par un individu qu'il hébergeait. En général, des investigations classiques permettent d'y voir clair rapidement et de vérifier.

Y a-t-il un profil type de consommateur de pédopornographie ?

On retrouve toutes les classes sociales et tous les âges, du jeune au retraité. Ce phénomène touche toutes les professions : employé, cadre, professeur, éducateur… C'est un délit qui traverse toutes les couches de la population.

La pédopornographie est-elle un phénomène à la hausse ?

On a constaté une hausse des connexions durant le confinement. Ce qui paraît logique car les gens sont plus restés chez eux. Globalement, c'est un phénomène en augmentation depuis plusieurs années. Plus de 100 000 connexions pour de la consultation d'images pédopornographiques sont détectées par an.