AbonnésFaits divers

Traitée de «travelo», une artiste attaque Laurent Ruquier en justice

L’imitatrice Ludivine Valandro, homme qui a choisi de devenir femme, a porté plainte pour «violences psychologiques» contre l’animateur après avoir été brocardée aux «Grosses Têtes» en 2017.

 Ludivine Valandro a porté plainte pour «violences psychologiques». (Capture d’écran)
Ludivine Valandro a porté plainte pour «violences psychologiques». (Capture d’écran) Facebook/Ludivine Valandro

Émission culte de RTL, « les Grosses Têtes » ont-elles mordu le trait en se payant celle de Ludivine Valandro le 29 mai 2017 ? Trois ans après avoir été comparée à un « travelo » par Laurent Ruquier, cette artiste de 51 ans, imitatrice vocale et visuelle installée dans l'Allier, a porté plainte le 2 octobre auprès du procureur de Cusset pour « violences psychologiques » contre le célèbre animateur ainsi que le journaliste Christophe Dechavanne, membre de la bande ce jour-là.

Si le terme de « travelo » l'a autant meurtrie, Ludivine Valandro l'explique avant tout par son histoire : celle d'un homme devenu femme après une opération. Un changement de sexe et une sérénité de gagnée. « Je m'étais réalisée dans ma vie personnelle et professionnelle », relate « la femme aux mille visages » transformiste et chanteuse. En 2017, elle adorait être le sosie - officieux - de Cristina Cordula, l'animatrice télé des « Reines du Shopping » et sociétaire des Grosses Têtes.

Un «coming out forcé»

Ce 29 mai, Laurent Ruquier raconte à Cristina Cordula, invitée, qu'il l'a vue sur une affiche en se promenant à Vichy (Allier). Il s'agit en fait de l'annonce d'un show de Ludivine Valandro dans un centre commercial de la ville. La vraie Cristina s'insurge : « c'est un travesti, c'est grotesque. » Ruquier enchérit - « Si ça se trouve, y en a qui ont passé la nuit avec elle, y a peut-être 15 mecs qui se disent Je me suis tapé Cristina Cordula » -, et Christophe Dechavanne parachève - « et qui se disent qu'elle a quand même une grosse b… » -, déclenchant l'hilarité générale sur le plateau. Autant de propos qui n'ont pas du tout fait rire l'animatrice.

« Ça m'a fait énormément de mal, je me suis sentie humiliée, d'autant que la vidéo a été mise sur les réseaux sociaux », confie la plaignante qui affirme avoir souffert des conséquences de ce « coming out forcé » : « Retour de mon bégaiement, peur de sortir seule, perte de contrats alors que le sosie de Cristina représentait près de 40 % de mon activité au cours de laquelle on m'avait jamais traitée de travelo »

«Je veux qu'ils soient condamnés»

« Notre cliente est désormais marquée du sceau de la transphobie. Cette violence psychologique a encore des retentissements chez elle », soutiennent Mes Gilles-Jean et Jean-Hubert Portejoie qui ont versé l'expertise d'une psychologue à l'appui de leur plainte. « Ludivine Valandro a été victime d'insultes ségrégatives sur une radio nationale à une heure de grande écoute […] Une partie de sa famille a appris ce que personne n'avait à savoir sans qu'elle ne le décide […] Avec ce mot « travelo » elle est ramenée à une identité qui n'est pas la sienne », relève, entre autres, la psychologue.

« Tout cela est d'autant plus étonnant que tout le monde connaît l'esprit de tolérance de Laurent Ruquier », notent encore Mes Portejoie père et fils. Leur cliente assure qu'à l'époque, elle a demandé en vain une sorte de droit de réponse et qu'elle se serait contentée de simples excuses. « Aujourd'hui, alors que la vidéo est toujours en ligne, accessible à tous, je veux qu'ils soient condamnés », indique l'artiste pour justifier son action en justice.

Dechavanne prêt à s'en expliquer

Sollicité mercredi, Laurent Ruquier n'a pas souhaité s'exprimer. Contacté de son côté, Christophe Dechavanne a admis ne pas se souvenir de cette émission qui remonte à plus de trois ans. Mais il s'est montré soucieux de comprendre.

« Si cette personne, dont j'ignorais qu'elle avait été un homme, a été blessée ce jour-là par des propos, dont les miens, j'en suis profondément navré », a réagi Christophe Dechavanne avec une sincérité manifeste. « C'est une évidence, je ne me serais jamais permis de dire cela en connaissance de cause (NDLR : le changement de sexe de l'artiste raillée), insiste le célèbre animateur et producteur, notant qu'il était prêt à s'en expliquer avec cette femme.