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Cold cases : «Ces affaires ne doivent pas tomber dans l’oubli»

Le colonel Fabrice Bouillié détaille le fonctionnement et la mission de la «Division cold case» créée par la gendarmerie.

 Fabrice Bouillié est à la tête du service central du renseignement criminel et chef de la nouvelle « Division cold case » de la gendarmerie.
Fabrice Bouillié est à la tête du service central du renseignement criminel et chef de la nouvelle « Division cold case » de la gendarmerie. DR

Complexes, anciens, ils ont mis en échec des dizaines d'enquêteurs et continuent de hanter des familles entières. Les cold cases constituent « un enjeu humain très fort », estime le général Bernard Thibaud, sous-directeur de la PJ de la gendarmerie. Pour tenter de résoudre certains de ces dossiers insolubles, la gendarmerie vient d'officialiser la création d'une « Division cold case ». Ses 33 gendarmes seront dirigés par le colonel Fabrice Bouillié.

Pourquoi cette division peut-elle aider à résoudre des cold cases ?

FABRICE BOUILLIE. Depuis la cellule Ariane et l'enquête sur Nordahl Lelandais, nous avons appris à travailler avec des profils très différents. On fait collaborer des analystes, des enquêteurs, des scientifiques, des psycho criminologues… C'est une méthode efficace sur les cold cases car cela apporte un œil neuf. Notre mission est de faire émerger de nouvelles hypothèses ou d'aider les enquêteurs à sortir du tunnel dans lequel ils peuvent se trouver quand ils ont poussé une piste qui n'a pas abouti. Mais par respect pour les victimes et les familles, ces affaires ne doivent pas tomber dans l'oubli.

La division s'appuie sur des psycho criminologues. Quel est leur apport sur un cold case ?

Cette spécialité n'existait pas au moment de certains crimes qui restent encore non résolus. Ces experts sont capables de dégager des pistes qui n'avaient pas forcément été imaginées. Grâce à une scène de crime, ils peuvent par exemple déterminer le profil d'un auteur. Si une victime est recouverte après des sévices, on peut par exemple voir que le tueur la connaît, qu'il a eu honte de son crime. On va donc se concentrer sur des proches, des gens qui fréquentaient la victime.

Comment vous servez-vous des évolutions de la science ?

Quand nous prenons un dossier, des analystes reprennent tous les scellés. Ils font un tri en fonction des expertises initiales, de l'état de la science à l'époque. Ensuite, ils vont déterminer ce qui mérite d'être réanalysé à l'aune des nouvelles technologies. Enfin, l'œil neuf offert par la division peut pousser les experts à se pencher sur des scellés écartés à l'époque… Si on dégage de nouvelles pistes, des scellés qui semblaient sans intérêt il y a 20 ans et n'avaient donc pas été analysés peuvent devenir la clé d'une enquête.

Sur combien de dossiers travaille actuellement la division ?

Nous gérons 14 dossiers en lien avec les sections de recherches saisies. Pour certains, nous sommes dans une étude de faisabilité : il s'agit d'évaluer si nous pouvons dégager de nouvelles pistes, analyser de nouveaux éléments. D'autres dossiers sont plus avancés…